CHAPITRE III
d’un aubergiste, en Dardanie, et le plus ignorant des empereurs qu'eût vus jusqu'alors le trône romain, il n'avait pour se guider en cette circonstance ni les lumières de la raison, ni celle de l’Évangile. C’était un valeureux soldat d’une ambition excessive. La bataille de Turin lui avait ouvert les portes de Rome; mais celle qu’il livra près de cette ville, à Saxa-Rubra, est devenue plus célèbre par l’apparition (qu’Eusèbe avait oublié de mentionner dans son histoire, et qu’il a racontée vingt-six ans plus tard dans un opuscule spécial) d'un signe céleste en forme de croix, avec cette inscription : In hoc signa vinces! Les chefs des chrétiens recherchèrent naturellement l’appui et la protection de ce prince. Lactance fut le premier à prendre sur lui quelque influence; il venait d’écrireson ouvrage: DtvtnarumirMlt- Mionum; il le lui dédia. Il s'introduisit même si avant dans sà oonflance qu’il était parvenu, de concert avec Eusèbe, à lui faire réciter devant le peuple des sermons qu'il débitait avec force, sur les vérités chrétiennes, et dans lesquels il ne faisait pas difficulté, une fois en verve, de mêler au nom de Jésus-Christ les noms d’Apollon, de Jupiter et de la sibjlle d’Erithrée. L’opinion était parmi le peuple, que Constantin avait eu le bonheur de contempler en face la majesté divine, et qu’un règne long et glorieux lui avait été promis. Eusèbe allait jusqu’à publier que Constantin avait été élevé au trône par Dieu lui-méme, et les chrétiens marchaient sous les ordres de cet empereur avec la conviction d’être toujours victorieux. Cependant on assure que plus on s’efforçait de le faire entrer sérieusement dans l’intelligence du christianisme, moins il en pratiquait la morale. On le vit, dans la même année, convoquer le concile de Nicée, et
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ordonner le meurtre de son fils*. Sa vanité et un peu de duplicité, sans doute, le retinrent longtemps encore un pied dans le paganisme. Il existe des médailles qui le montrent à l’âge de quarante ans, représenté sous la forme d’Apollon, dieu de la lumière et de la poésie*. Ce ne fut qu’après cet âge qu’il se fit représenter dans une posture humble et suppliante et qu’il cessa d’offrir ses vœux à Jupiter Capitolin.
L’accumulation des richesses chez les chrétiens produisit les plus funestes effets. Les charges de l’Eglise furent envahies par un grand nombre d'hommes ardents à se les disputer. A Rome, par exemple, où le préfet Juventius, lieutenant de l’empereur, s’efforçait de faire régner le bonheur et la paix, la tranquillité de son gouvernement fut troublée plusieurs fois par des séditions sanglantes ayant pour mobile l’intérêt. L’ardeur avec laquelle Damas et L'rsin se disputaient le siège épiscopal surpassait la mesure de l'ambition humaine. Ils s'attaquaient avec une fureur extrême dans les rues de la ville, à la tête de leurs partisans. Ce fut au point quelle préfet, ne pouvant ni apaiser ni réprimer la guerre civile dans laquelle ces furieux plongeaient la cité, fut contraint de se réfugier dans un faubourg. Après un de ces combats opiniâtres dans lequel la faction de Damas obtint une victoire complète, on trouva cent trente-sept cadavres dans la basilique de Sicinius, aujourd’hui Sainte-Marie-Majeure , où les chrétiens tenaient leurs assemblées religieuses. Ammien, qui raconte ces faits avec une grande simplicité, ajoute ;
' Gibbon, Histoire de la décadence de l'empire romain.
* Oocange et Bandieri, les Médailles.
OHAPITIIK 111.
« Je ne suis pas surpris qu’une charge si précieuse en- « flamme le désir des hommes ambitieux et produise les « débats les plus violents. Le candidat qui réussit est
• assuré d’être enrichi par la libt'ralité des matrones ; t il sait qu’après avoir orné sa personne d’une parure « élégante, il pourra parcourir les rues de Rome dans « son char, et que la table des empereurs n’égalera pas « la sienne en délicatesse et en profusion. Combien ils
• feraient mieux, ajoute riionnéle païen, s’ils imitaient
• la sobriété et la modestie d’autres évêques de la pro-
■ vince, dont plusieurs rendent leurs vertus agréa-
• blés'. »
Cette peinture est d’ailleurs modérée en comparaison de celle que saint Grégoire de Nazianze fait du luxe des prélats des villes impériales : « Leurs chars dorés, « leurs chevaux fougueux, leur suite nombreuse, la foule « s’écartant devant eux, comme elle aurait pu le faire « devant des bêtes feroces’l » Aussi appelait-on les sectaires de Damas du nom de Auriscalpkes matronarum, cure-oreille des femmes. Le préfet Prétextatus, pressé par cet évêque de se faire chrétien, lui fit cette réponse :
■ Je le veux bien si l’on m’accorde l’évcché de Rome ! ■ De tels abus résultant de cette invasion des richesses dans les églises, furent cause que cinquante ans après les édits rendus par Constantin, l’empereur Valentinien le Vieux se vit obligé, pour satisfaire aux vœux de la chrétienté, de défendre sévèrement aux prêtres et aux moines de recevoir soit par testament, soit par donation, aucun bien-fonds ou mobilier des veuves, des
• Amm.,27.
* Grég., Oral. 32.
vierges, ou de quelque autre femme que ce fût. La prévoyance de ce prince interdisait de plus aux ccclésiastitiues toute espèce de rapport avec ce sexe « dont ils n’avaiciU que trop abusé jusque-là. » Saint Jérôme et saint Ambroi.se s'élevaient avec véhémence contre la licence scandaleuse à laquelle ils se livraient. Le premier de ces Pères s’écriait avec l'accent de la douleur ; « C'est la rougeur au front que je le dis; les prêtres « idolâtres ne sont pas compris dans la loi qui nous 1 défend de recueillir des héritages. Je ne me plains « pas de la loi, je me plains de ce que les chrétiens « ont mérité cette honteuse distinction ' »
Cependant la prudence de l'empereur Valentinien ne fut pas imitée par ses successeurs. Marcien et Théodose le Jeune, circonvenus par les évêques, donnèrent un libre cours aux dispositions faites en faveur des établissements religieux de toute sorte; la piété des chrétiens, secondée par les exemples et les édits impériaux, augmenta de jour en jour les richesses du clergé, dans toutes les parties de l’Empire. Quoique l’Église n’eût fait, avant le sixième siècle, aucun précepte formel pour obliger les fidèles à payer au clergé la dlme et les prémices de leurs biens, beaucoup d’entre eux continuaient, par esprit de dévotion, à présenter ces sortes d'oftrandes qui étaient en usage durant les premiers temps de la société chrétienne, par une imitation juive. Quelques docteurs de l'Église et des mieux intentionnés, tels que saint Jérôme et saint Augustin, professaient des opinions voisines du communisme, encourageaient les donations de toutes sortes aux églises , et confondaient constam-
' Hierotn., ad Xfpotian.
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