‹ Du PapeChapitre 28 sur 192 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

des fidèles ne se manifesta pas seulement par des aumônes passagères et habituelles, mais encore par l’établissement d’un grand nombre d’asiles publics, destinés au • soulagement de toutes les misères de l’homme. Ducange, dans la description qu’il fait des monuments élevés à Constantinople, sous les empereurs chrétiens, compte dans cette ville jusqu’à trente-cinq maisons de charité, destinées à diverses sortes de pauvres et d’infortunes. On y voit une maison destinée à recevoir les enfants à la mamelle; un hospice des orphelins, un hospice des voyageurs, l’hôpital général des pauvres, etc., etc. On n’épargnait rien dans ces établissements pour le soulagement des souffrances de l’humanité. Des évêques, qui avaient la direction de ces établissements, s’occupaient aussi d’assurer la sépulture des pauvres et du rachat des prisonniers faits dans la guerre de l’invasion des Barbares. il y en eut qui vendirent jusqu’aüx vases sacrés pour ces sortes de bienfaits. C’est ce que fit saint Ambroise pour le rachat des captifs enlevés par les Goths sous les règnes de Valens et de Gratien. Vers le même temps saint Exupère de Toulouse réduisit, pour un usage seniblable, son église à une telle pauvreté, qu’il était obligé de se servir d’un calice de verre pour l’office divin.

lin autre genre de charité qui fut surtout particulier à la primitive Église et dont le clergé des premiers temps donnait l’exemple, c’était le rachat et l’affranchissement d’esclaves devenus chrétiens et appartenant à des maîtres juifs ou païens. Dès l’origine du christianisme cet acte de charité avait été considéré comme un des plus recommandables. Ce fut pour en favoriser l’exercice, au rapport de l’abbé Gosselin, que Constan-

tin permit, dès l’année 321, de faire les affranchissements dans les églises, en sorte que la seule présence du peuple et du clergé tint lieu des formalités précédemment requises pour leur validité*.

C’est ainsi que, malgré les nombreux abus faits aux dépens de la charité fervente des fidèles, l'institution chrétienne régnait cependant sur les consciences. Partout où la piété trouvait de sincères organes dans le clergé, elle était soutenue par le dévouement des fidèles. Nous avons pu citer comme des modèles de désintéressement saint Ambroise et saint Exupère ; mais il y eut sur le siège de Rome même, dans les premiers siècles, des évêques ou Papes d'une vertu et d’une probité non moins austères : Gelase I" se réduisit volontairement à la pauvreté pour nourrir une multitude de malheureux, et saint Grégoire le Grand se montra constamment animé de celte vertu qu'on appelle l’amour du prochain, et qui renferme toutes les autres vertus.

Avant d'aller plus loin, cependant, nous déposerons dans ces pages un amer regret; c’est que la doctrine chrétienne ne soit pas restée renfermée dans les limites d’une école strictement définie par son divin fondateur et par ses Apôtres. Morale pure et simple, entièrement détachée des choses matérielles, nullement fortune, nullement administration, moins encore gouvernement, elle eût régénéré la société romaine, sans briser les institutions précieuses que cette société possédait, et sans plonger dans l'abîme une civilisation arrivée à un remarquable degré d'élévation. Prenant un point d'appui sur le besoin universellement senti de sa présence, se-

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