CHAPITRE V
et les vem-es doivent être poursuivis devant l’évéque en première instance, et devant le jufi^ séculier seulement en cas d'appel. — Ën maiiire etimineüe, ils peuvent être poursuius devant l'évèque ou devant le juge séculier, au choix de l'accusateur ;
3° Les économes des églises et les administrateurs des hôpitaux ne peuvent être poursuivis que devant l’évéque pour les défauts de leur charge, et en cas d’appel devant le métropolitain ou le patriarche';
4“ Les évôcjues ne peuvent être poursuivis devant les juges séculiers pour quelque cause que ce soit, mais seulement devant le métropolitain ou le patriarche, qui doit terminer la cause dans le prochain concile provincial'.
Dès le règne de Justinien donc, non-seulement la juridiction fut acquise définitivement au clergé , mais dans le dualisme que constituait ce mode de législation , il avait assurément la meilleure part. Et dans cette position magistrale, nous nous plaisons à le reconnaître, l'influence du clergé dut généralement être favorable à l’administration de la justice; car ce n'est pas précisément dans cette administration que l’unité est nécessaire : elle a besoin , au contraire , du contrôle mutuel des corps qui la constituent ; et pour le clergé , comme pour les magistrats civils, il y avait encore une justice supérieure, celle de l’empereur en son conseil. Le plus grand mal qui en résultât était pour la religion. Le clergé, au lieu d’étre tout entier, comme c’était son devoir, aux fonctions spirituelles, à l’enseignement des pauvres, à l’étude des vérités morales, à l’administration des sacrements, à la visite des malade et d^ prisonniers , ee trouvait
• Cod. lust., lib. I, tit. iv, de Epitcopali audientia.
transfoniié en magistrature et surchargé de toutes sortes d'affaires contentieuses Aussi les prêtres vérita-
blement pieux souffraient-ils de cet étrange état de choses et d’un tel surci'oit de charges j)our l'Église. Les écrits de saint Augustin, de saint Ambroise, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Chrjsoslôme et de beaucoup d'autres évêques attestent qu'ils avaient peine à subvenir aux embarras que les atlaires séculières leur donnaient. Ce dernier Père, dans son honnête f‘ranchis(% répugnait particulièrement à ce mélange d'éléments hétérogènes dans le saint ministère , et déplorait les fâcheuses conséquences qui en découlaient pour l’orthodoxie ecclésiastique. 11 osait dire hautement que « bien peu d’évêques seraient sauvés , en comparaison de ceux qu'attendait la condamnation éternelle.... » Il dépeignait les ecclésiastiques comme abandonnant le soin des âmes pour se livrer aux fonctions de procureur, d'huissier, de commis des gabelles , occupations indignes de leur ministère*.
L'Église cependant se montrait attentive à saisir les moyens et les occasions de s’assurer la possession des avantages temporels qui lui étaient accordés par les empereurs. C’est ainsi que nous voyons le troisième concile de Carthage, tenu en 397, décerner la peine de déposition contre les évêques, prêtres, diacres et autres clercs qui, ayant la liberté de porter leur cause au tribunal ecclésiastique, la porteraient à un tribunal séculier. Un quatrième concile, tenu l’année suivante, va plus loin : il excommunie mêrm les laïques qui porteront leur cause à des juges hirétiques ou infidèles! On trouve cette
' Saint Chrysostomc, Hom. III, tn Act. Aposl., et Homél. X.WI, IR Mattk.
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deniièi’e et importante disposition renouvelée par une multitude de conciles postérieurs.
Une conséquence naturelle de la juridiction temporelle des évêques était le droit d'infliger aux coupables des peines afflictives, telles que la prison, la flagellation, les amendes pécuniaires, la confiscation, et même l'exil et les supplices*. C'est ainsi que le cinquième concile de Carthage inflige à certains pécheurs des amendes pécuniaires, et qu'un concile de Rome, tenu en 503, prononce la peine de l'exil contre les personnes qui avaient médit des évêques. Quant aux peines du supplice, elles étaient réservées aux hérétiques, c’est-à-dire aux opinions libres et dissidentes. Le parti radical et absolu qui s’était intitulé catholique, et qui dominait avec violence dans l'Église , ne manquait pas de s'en prévaloir contre ses adversaires. C'est ce que saint Augustin laisse voir clairement dans une lettre qu'il écrivait, vers l’an 412, au tribun Marcellin, pour l'exhorter à ne pas punir les donatistes telon la rigueur de la loi. Le saint docteur émet le vœu « qu'on n'emploie contre eux ni les chevalets, ni les ongles de fer, ni le feu, mais seulement les verges, plus en harmonie avec un châtiment employé par un père envers ses enfants’.
L’Église, encouragée dans cette voie, où elle avait constamment en perspective et pour but de son activité le pouvoir suprême, maintenait son unité par la fréquente réunion des conciles, et accroissait sa consistance de toutes les forces et facultés dont l’empire se dépouillait.
C'est dans une telle position qu’était à peu près l’Église lorsque les barbares du Nord se jetèrent sur
* Thomassin, Ane. et nouv. Discipl., t. Il, liv. I||.
' Saint Augustin, Ep. CXX.XIII, ad Mareell.
diverses provinces de l'Empire, qu'ils trouvèrent presque sans résistance. Elle sut, quoique souvent froissée par les gouvernements de la conquête, se plier aux circonstances ; et comme ces gouvernements manquaient d'éléments réguliers d'administration, elle eut quelque facilité à leur faire adopter les lois impériales qui consacraient pour elie tant de précieux privilèges. Les évêques rendirent, au milieu de la désolation générale, d'importants services aux populations, et détournèrent plus d'une fois la foudre prêle à les frapper. Neutres, pour ainsi dire, dans cet Empire, n'ayant ]ms fait un seul mouvement pour sa défense, et parlant aux barbares la langue universelle de la religion, ils surent, ainsi que les couvents, se mettre à l'abri des violences qui renversaient tout sur leur passage. On en vit se porter h la rencontre des armées étrangères et, par des paroles propres à exciter la miséricorde des vainqueurs, arrêter ou modérer leurs déva.siaiions.
Deux fois la France, vers ees mêmes temps, trouva dans le zèle intelligent de plusieurs de ses prélats une puissante ressource contre le fléau de la guerre. La ville de Troyes, en particulier, dut son salut à la médiation de son évéque, saint Loup, auprès d'Attila; celle d'Orléans vit de même le fier conquérant calmer ses fureurs dé\'ant les supplications de saint Aignan. L'empereur Jules Népos, au rapport de Sidoine Apollinaire, voulant négocier un accord avec les Goths, en 474, ne trouva pas de plus favorables intermédiaires que des évêques, au moyen desquels il obtint les conditions (pi'il désirait. Un peu de savoir secondait merveilleusement la chtu'ilê et le zèle qui inspiraient au clergé ces actes d'utile intervention, dans lesquels, il faut le dire aussi, il trouvait