CHAPITRE V
occasion de faire ressortir sou importance et d’ accroître son autorité.
De pareils services rendus par le clergé chrétien dans toutes les parties de l’Empire, firent que les évéques acquirent une notable influence sur toutes les institutions qui s'établirent dans ce temps-là. Les conciles de l’Église, animés du sentiment de la conservation, en raison directe d’une confusion qui menaçait de tout engloutir, retenaient et fortifiaient dans leur sein la précieuse influence morale dont ils disposaient. Les évéques, les abbés des couvents et autres membres du clergé, s’offraient à tout surveiller, et parvenaient généralement à tout diriger.
« Ce fut un immense avantage, remarque à cette occasion un auteur, notre contemporain, que la présence d’une influence et d’une force, qui reposaient uniquement sur les convictions, les croyances et les sentiments moraux, au milieu de ce déluge du forces matérielles qui vint fondre à cette époque sur la société européenne. Si l'Église chrétienne n'eût pas existé, le monde entier eût été livré à la force matérielle. L'Eglise exerçait seule un pouvoir moral. Elle faisait plus, elle entretenait, elle répandait l’idée d'une règle, d’une foi supérieure à toutes les lois humaines. Elle professait cette croyance fondamentale pour le salut de l’humanité, qu’il y a audessus de toutes les lois humaines une loi appelée, selon les temps et les mœurs, tantôt la raison, tantôt le droit divin, mais qui est partout la même loi sous des noms divers *. >
Hâtons-nous de le dire toutefois* bien que les empe-
* Guiiot, Hiit. de la dvii. rn Europe,
reurs de Constantinople eussent comblé le clergé chrétien de privilèges et eussent conféré à l’Église les attributs de la magistrature judiciaire, jamais, tant que dura leur puissance, ils ne lui cédèrent rien du pouvoir suprême. Les membres du clergé, sans en excepter les évêques, les patriarches ou Papes, restèrent sujets des empereurs et soumis de leurs personnes comme de leurs biens, même dans les élections dont ils étaient l’objet. C’est vainement que ce point important de l’histoire a pu être obscurci tant par les malheurs des temps que par des efforts intéressés. Elle nous a encore transmis des faits qui ne laissent aucun doute à cet égard, .\insi, les évêques assemblés au concile de Nicée s’accusent tour à tour et en réfèrent à Constantin, qui jette au feu tous leurs libelles. Dans une autre occasion, l’empereur juge Cécilien accusé par les donatistes; il condamne à l’exil saint Athanase, accusé du crime de lèse-majesté. Constance, son fils, au rapport de Théodoret, ordonne qu’une cause contre Etienne, évéque d’Antioche, soit instruite dans son palais, et cet évéque étant convaincu, se voit condamné. Valentinien condamne a raniendc l’évéque Cronopius et exile Ursicin, avec ses partisans, comme perturbateurs du lepos public. Les évêques, comme le remarque Dupin, eurent recours dans une occasion à Gratien et à Valentinien, pour le supplier de vouloir bien juger des accusations qu’ils portaient contre leur collègue Damasse.
Nous verrons par la suite une foule de témoignages qui prouvent que les empereurs de Constantinople ne cédèrent jamais le pouvoir temporel à qui que ce soit du clergé, et que si plusieurs crurent utile à la considération de l’Église et à leur propre autorité de lui faire