‹ Du PapeChapitre 5 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

quelconque? Non, évidemment. Le pouvoir qu’il laisse aux Apôtres, Jésus-Christ désigne assez sa nature en ajoutant immédiatement : Allez donc, instruisez les peuples, les baptisant et leur apprenant toutes les choses que je vous ai commandées. Mais Jésus-Christ définit encore d'une manière plus claire, dans saint Jean, sa toute-puissance, lorsqu’il déclare qu’elle lui a été donnée sur tous les hommes, afin qu’il leur donne la vie éternelle; et que la vie éternelle consiste à connaître Dieu! Ceci explique, à n’en pouvoir douter, le rapport qu’il y a entre la déclaration faite par Jésus de sa toutepuissance au ciel et sur la terre, et l’ordre qu’il fait suivre immédiatement quand il dit ; Allez donc enseigner les peuples ' /

Jésus-Christ, non-seulement veut que sa doctrine constitue une autorité purement morale et impersonnelle, mais encore il affecte de ne prendre aucune des dispositions hiérarchiques que d’autres auraient jugées indispensables à une influence d’école. Nous voyons, en effet, dans l’Évangile, qu’ayant choisi douze Apôtres, et par la suite, soixante-douze autres disciples, il les envoie prêcher deux à deux dans les villes où lui-même se propose d’aller*. 11 ne se montre nullement préoccupé, après cette double élection, de choisir aucun d’entre eux pour être au-de.ssus des autres et les diriger. Et de quelles précautions plus ou moins artificielles avait-il besoin? Toute la mission des Apôtres ne consistait-elle pas h répandre l’Évangile et ü prêcher la foi? Le Christ, en un mot, léguait aux Apôtres l’Esprit

' Saint Jean, ch. xvii, v. 2 et 3.

-■ Saint Marc, ch. v, v. ", R. a.

et le Verbe de Dieu, et, par ce précieux héritage, l’unique autorité qui ressort, par essence, de la morale évangélique, quand elle se manifeste par la prédieation.

On a quelque peine à concevoir, avec les notions purement rationnelles , ce système qui sort absolument des voies battues, et semble la subversion de toute règle ordinaire. Mais si l'on réfléchit que le but de la mission du Christ consistait précisément à jeter, au milieu de sociétés étreintes par le formalisme exagéré d’alors, le principe d’une nouvelle vie, on comprendra que ce type de doctrine, absolument spirituel, avait sa raison d’étre, non-seulement dans le sens de la révélation, mais encore selon la logique des nécessités sociales. 11 venait apporter un contre-poids au matérialisme du monde ancien, et le régénérer. Si le christianisme eut un succès si prodigieux dans l’empire romain, c'est parce qu'il contenait ce qui manquait essentiellement aux sociétés de l’époque, le spiritualisme et la liberté ! 11 fallait un type absolument inverse du type existant alors, pour renouveler et féconder en lui la civilisation.

L’absence systématique de tout organisme dans l’ordre évangélique est manifeste , et cette abseno» dérive de la nécessité pour toute doctrine, et particulièrement pour la morale chrétienne, de n’avoir d’autre mobile et d'autre autorité que la foi ; de se mouvoir dans une sphère antipathique à toute forme, et de ne pouvoir, par conséquent, devenir instrument de règne ou gouvernement.

Quand Jésus -Christ avait dit : Betidez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qtd appartinU

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