‹ Du PapeChapitre 41 sur 192 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

des concessions immenses, aucun cependant ne se rendit précisément complice de la transformation de la religion en une souveraineté politique. On n'avait pas encore imaginé, si superstitieux que l’on fût dans l’ancien temps, qu’il fallût un royaume à un évêque, pour être plus libre dans l'exercice de son autorité spirituelle, et que la vérité divine eût réellement besoin de quelques lieues carrées de terres stériles. De tous les empereurs de Constantinople, aucun n'alla plus loin en fait de concessions que Justinien, puisqu'il établit véritablement le clergé à la tête de la magistrature, comme nous l’avons vu ; mais un fait qui prouve combien peu il songeait à céder aucune part du pouvoir impérial, même dans l’Occident dont il était si éloigné, c’est sa pragmatique sanction, en vertu de laquelle il rétablit et régla le gouvernement d’Italie, et qu'il envoya h Narsès son lieutenant, qui gouvernait Rome pour lui Incontestablement donc, au vi‘ siècle du christianisme, l’Eglise n’était arrivée sur aucun point de l'univers à réaliser le pouvoir politique ou temporel.

Disons en peu de mots quelle était la situation de l'Occident après le v* siècle, époque où commence le moyen ûge. L'autorité des empereurs de Constantinople allait toujoui's s'y affaiblissant ; elle rencontrait même

' C'est sous le règne de Justinien que furent recueillis les immortels ouvrages contenant les lois romaines, le Code, les Pandectes et les Insiitules, par de savants jurisconsultes à la tête desquels était Tribonieii, génie universel. Les lois romaines et le Code de Gratien, reformés en quatone mois par ces mêmes jurisconsultes, portèrent le nom de Code Juitinien. Par un autre travail. Trilvmien, assisté de dix-huit collègues, composa les Panf'ectet et le Diqeiile. La bihliothèque de Tribonien fournit seule les matériaux (ii30-5:t.'i).

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parfois la mauvaise volonté, sinon la rébellion des nobles ou ducs des provinces. Après la mort de Théodose, ses deux fils, Arcadius et Honorius, s’étant attribué, le premier le gouvernement d’Orient et le dernier celui de rOccident, ou commenta à s'habituer h deux empires. 11 y eut de fait, à partir de cette sorte de partage, un empire d’Occident, auquel se succédèrent plusieurs princes qui ne reconnaissaient pas constamment la supériorité de celui d'Orient. Les intrigues et la corruption de la cour de Constantinople semaient autour du trône les dissensions de famille , les femmes s'inspirant d’ambition à l'instigation de quelques évêques qui n’étaient pa.s toujours satisfaits des largesses excessives des empereurs, et qui voulaient avoir le gouvernement de l'Occident. C’étaient la sœur et la fille de l'empereur, Placidie et Uonoria, élevées dans la haute dévotion. De telles intrigues ouvrirent plusieurs fois aux invasions des Barbares les portes de l’Empire. La première eut lieu au commencement du v* siècle. Alaric, Genseric, Théodoric, chefs de bandes armées, et en particulier Attila, ont laissé des noms célèbres. On raconte qu'Honoria s’était amourachée de ce guerrier terrible, sur la réputation qu’il s’était acquise, et, quoiqu’il fût fort laid, voulut l'épouser, et que c’est à l'instigation de cette femme qu’il cntrcprit.la conquête de l’Occident. 11 arriva en Italie renversant tout sur son passage ; cependant il n'osa point entrer à Rome. Actius, brave général d’Honorius, lui livra bataille et lui fit d'habiles offres de la part de l’empereur, afin qu’il s’en retournât en Hongrie. Attila, ébranlé par la résistance qu’il venait de rencontrer, et redoutant peut-être pour son armée le sort de Radagaise, qui venait de perdre cent

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