‹ Du PapeChapitre 42 sur 192 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mille hommes et la vie sous les murs de Fiezole, ou celui d'Àlaric, à qui son obstination avait été fatale, renonça à son dessein et se retira effectivement en Scy> thic, où il mourut ^ Les auteurs ecclésiastiques, dans leur préoccupation d'une influence dont personne ne songe à diminuer le mérite, n’ont pas tenu compte du motif palpable qui avait arrêté Attila aux portes de Rome. Ils se sont plu à n’y voir que l'effet d’une puissance toute spirituelle. Attila, selon leur dire, aurait fléchi la tête devant saint Léon, alors évêque de Rome, et se serait même prosterné à ses pieds. Malheureusement, les évêques ne réussirent pas constamment à dompter ces terribles conquérants, et pour ce qui est du pape Léon, il est tout au moins certain que le zèle louable dont il fit preuve dans une circonstance analogue, en se portant avec son clergé au-devant de Genseric, fut sans aucun succès. Genseric dédaigna les supplications du saint évêque, entra à Rome, qu’il livra au pillage durant quatorze jours, et fit encore plus de mal que n'en avait fait précédemment Âlaric, entré également, malgré toutes les supplications du clergé. Des historiens assurent que ce Genseric avait été appelé d’Afrique par la princesse Eudoxie, qui voulait, elle aussi, régner sur l’empire d'Occident.

Après le départ d’Attila, les empereurs d’Orient semblaieul avoir abandonné à son sort l'Italie. Une lueur d’indépendance vint luire sur elle, et l’on put croire que sur tant de ruines allait s'élever sa nationalité. Un Goth, du nom de Racimère, homme de distinction et d’illustre race, qui avait été favori de l’empereur Va-

‘ Rotta, Sloria d'Ilalia.

lentinien, se déclara, à la tête du sénat romain, protecteur de l’Italie, et Tltalie, nation indépendante. Les actes y furent rédigés au nom des Italiens unis'. Mais Racimère eut l'ambition de devenir empereur, et l'imprudence de rechercher à cet effet l’appui de l'empereur d’Orient. Les Romains le chassèrent et élurent h sa place Antemius, que Racimère renversa après être rentré victorieux dans Rome. La guerre civile vint compromettre l’empire italien à peine établi. Augustulc cependant y régnait en paix, lorsque Odoacre, Italien d’origine et fils d’un ministre d'Attila, se jeta sur lui avec le corps des Hérules qu'il commandait, détrôna Augustule, supprima le titre d’empereur d'Occident et gouverna l'Italie, sans vouloir d’autre titre que celui de patriee. Odoacre était un homme de talent ; il avait renversé l’Empire, mais conservé la liberté à l’Italie. Terrible dans la guerre, il devint pacifique, et, ‘durant quatorze ans, il fit aimer son règne par la paix.

Mais le malheur de ces temps -là voulait que la guerre fût l’unique but de l’activité humaine. Des troubles survinrent et Odoacre se brouilla avec Théodoric, roi des Goths, qui s’était fixé en Gaule. Théodoric passa les Alpes en 488, avec une puissante armée, défit Odoacre et envahit l’Italie, mais avec le dessein bien arrêté de respecter sa nationalité et de continuer l’ère de prospère bonheur qui s’était levée sur cette contrée.

Théodoric était un homme rempli de qualités naturelles et de raison, quoique ne sachant ni lire ni écrire ; il songea à pacifier tout l’Occident. Il commenta par restaurer à Rome et dan.s les provinces les ruines que

• Stor. d'Ilnl.

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la {guerre y avait semées; il eiieouragea les peuples aux travaux de l’agriculture et de l’iiiduslrie, cherchant tous les moyens de leur inspirer la confiance et l’affection. Le sé'iiat romain n'avait pas cessé d’exister ; Théodoric lui rendit hommage et appuya son autorité; conllrma l’administration intérieure, qui se composait du préfet, des consuls, des patriciens, des questeurs et des maréchaux de camp, et ordonna que les seuls Italiens pussent être munis de ces charges. Il fit fouiller les lois romaines et voulut qu’elles fussent appliquées généralement, même à ses propres sujets ou soldais. Il ne se réserva que le commandement dos armées. Théodoric organisa ainsi un gouvernement libre, dont il ne fut que le protecteur. Il porta la sagesse jusqu’à vouloir que personne ne fut gêné dans son culte et dans sa liberté de conscience. Il fut libéral et juste envers tout le monde. Cassiodore, qui fut son secrétaire, n'a pas peu contribué à la louange de ce gui'rrier ; mais d'autres historiens, et en particulier Procope, qui était grec, n'ont pas apporté la moindre restriction à honorer dans ce prince des vertus plus que royales. Les soldats, à son exemple, furent des modèles de modération et même de continence. Leurs mœurs faisaient contraste avec celles qu’ils avaient trouvées à Rome en y arrivant, et plus encore, sans doute, avec celles de la cour deConstautinople, qui affichait tous les genres de dépravation. Le contraste de la sage libéralité de Théodoric, avec les terribles édits encore récents des empereurs contre les hérétiques, lui attira la haine du clergé, qu’il ne continua pas moins à traiter avec beaucoup d’égards : rare exemple pour ces temps-là. I n certain Réotius et son beau-père, ayant été convuiiuus de haute trahison.

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furent mis à mort, et quelques historiens ont insinué qu’il les avait immolés b sa haine contre le catholicisme, étant lui-même arien. Mais un démenti formel de cette insinuation découle de ce que Béotius n’était pas catholique mais platonicien. Dans une circonstance où les catholiques se disputaient le siège épiscopal de Rome, il convoqua les évêques, les invita à faire un choix sous sa protection et approuva celui qu’ils firent de la personne de Symmaque, qu’il leur avait lui-même indiqué comme en étant digne.

Théodoric mourut âgé, après avoir régné trente-huit ans, et donné pendant cet espace de temps la liberté et la paix à l’Italie et à toutes les contrées où il put étendre son influence. Il avait eu le dessein de perpétuer ses bienfaits en léguant l’empire à son petit-fils âgé seulement de dix ans, â qui il recommanda d’honorer le sénat, d’aimer le peuple romain et de cultiver l'amitié des empereurs de Constantinople. Sa so*ur Amalasunte, qu’il chargea de la régence, s’efforça de remplir dignement ce rôle. Elle fit élever son pupille dans les lettres grecques et rechercha la protection tout à la fois des empereurs de Constantinople et du sénat de Rome, à qui elle ne cessait de dire que ses soldats, les Goths, n’étaient que l’armée de l’Empire. Mais Atalaric vint à mourir, et pour conserver à ses peuples leur position, elle épousa un de ses parents, homme infâme, qui la fit reléguer sur un rocher au milieu du lac Bolsena, où il la fit ensuite étrangler, de crainte que ses malheurs n’inspirassent la pitié.

L'Italie vit encore le règne de Totilla, que les historiens ne s’accordent pas à reconnaître aussi digne que Théodoric, mais dont les intentions furent peut-être de

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