SAINT PIERRE FUT-IL ÉVÊQUE DE ROME
L’histnrion Eust^be. — Lue chronique de l'évèque Papias, et une autre d’Hégésippe, deviennent cauac première de l’erreur commune. — Saint Ignace, saint Iréiiée, saint Clément , Tertullien , Lactance, Amobe. — Contestation des auteurs catlioliqiies et protestants. — Allatius traite de fable l'évéché de saint Pierre et met en contradiction les auteurs invoqués par Eustb»-. — Il faut abandonner des traditions obscures pour cliercher la vérité du sujet dans le Nouveau Testament. — Les Actes des Apétres et les Épitres. — Saint pierre .\potre des Juifs, et saint Paul Apôtre des Gentils par ordre de Dieu. — Concile de Jérusalem. — Iæs Apétres Paul et Pierre remplissent leur mission selon l'ordic établi, .saint Paul & Rome et saint Pierre en .Asie. — Où sont morts les deux Apôtres’ — Réfutation d'Eusi'be. — Les conciles dans la question de la suprématie épiscopale. — Les spiritualistes et les matérialistes dans la question de l'unité de l'Église. — Ces derniers tendent h dominer dans l'Église et dans l'État.
.Nous avons dit que, dans les premiers siècles du christianisme, on était loin d'admettre généralement que saint Pierre eût évangélisé Rome, et eût été, comme premier évéque de cette capitale, placé à la tête de la hiérarchie pontificale. Nous voulons, avant d’aller plus loin, e.xaminer un sujet auquel l’Église catholique a attribué, par la suite des temps, une importance capitale, et qui, avec les fausses Décrétales et la donation
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supposée (lo Constantin, a servi de fondement principal à sa théorie de domination universelle.
Avant Eusèbe, évêque de Césarée, qui écrivait au IV' siècle, on n’avait pas attaché autant d'intérêt qu’on le fit, par la suite, à un débat de cette nature. Le fait était vaguement énoncé par les uns, sans aucun témoignage direct, et traité d’absurdité par d'autres. Eusèbe, cependant, entre à ce sujet dans l’affirmation la plus positive : « Pierre, dit-il, fut le premier qui ouvrit, par « la prédication de la parole du salut, la porte du « royaume céleste à la ville de Rome'... Pierre, Gali- « léen de nation, le premier Pontife des chrétiens,
• après avoir fondé l’Église d’Antioche, part pour « Rome, où il prêche l’Evangile, et dont il reste évêque « vingt-cinq ans*... Au temps de l'empereur Claude, « Pierre, le premier et le plus grand des .\pôtres, ainsi « que le prince et le maître des autres, vient à Rome,
• par une faveur spéciale de la divine Providence, pour « s’opposer à Simon le magicien, cette honte et ce fléau » de la race humaine’... Néron étendit ses cruautés « aux .\pôtres eux-mémes. La tradition rapporte que « sous lui, Paul fut décapité à Rome, et que Pierre fut « crucifié ; et cette narration est confirmée par les mo- « numents des Apôtres, qui portent encore aujourd'hui « leurs noms dans les cimetières de Rome‘... » Eusèbe nous indique les sources d’où il tire scs renseignements. Ce sont Papias, évêque d'Hiéraple en Phrygie, qui avait été disciple de saint Jean l'Evangéliste et compagnon
* Eusèbe, Hùt. ecclés., liv. 11, cli. ii>.
* Eu-sèbe, CAronir., ann. il.
’ Eusèbe, Hùt., liv. 111, ch. xiv.
* Eusèbe, Huit., liv. 11. ch. xxv.
de saint Polycarpe; Hégésippe, juif converti au christianisme, qui, après avoir fait le voyage de Rome, rédigea, eti témoignage de sa foi, un catalogue des évêques de Rome jusqu'à Eleuthère, qui fut le treizième; saint Ignace, qui avait vu les Apôtres ; saint Irénée, qui fut disciple de saint Polycarpe ; saint Denys de Corinthe et saint Clément, Pape, auteurs plus ou moins rapprochés des temps apostoliques.
Descendant d'âge en âge la tradition, Eusèbe arrive jusqu’à des auteurs du mérite de Tertullien, saint Cyprien, Arnobe, Lactance, et se fait un appui de quelques passages de leurs écrits, qui semblent ne laisser aucun doute, que le fait du martyre de saint Pierre, sinon celui de son épiscopat, ne fût l’objet d’une tradition assez répandue dès les ii* et m* siècles chrétiens.
Les autorités invoquées par Eusèbe ne sont d’abord que comme une rumeur vague et dissonante; une allusion , une phrase énonçant incidemment les faits sans les expliquer, et enfin quelques passages d’auteurs ecclésiastiques qui semblent leur donner plus de consistance, et les présenter comme une opinion reçue de leur temps. Eusèbe s’empare de ces éléments épars, les condense, et en fait sortir les paroles affirmatives, presque dogmatiques, que nous venons de rapporter, en les entourant d’un soin qui n’est pas étranger, peutêtre, au projet conçu dès lors, par plusieurs des principaux chrétiens, d’avoir un centre d’autorité, au moyen duquel les Églises pussent abriter la doctrine contre le débordement des discussions théologiques.
Papias, qui est l’autorité la plus ancienne, ne valait peut-être pas la peine d’être cité. Cet auteur ne fait qu’indiquer sa propre opinion indirectement, et par une