CHAPITRE VI
grande persécution contre les chrétiens, allèrent vers s^int Pierre et lui dirent : « Voilà que des jours mau- ■ vais approchent ; sauvez votre vie qui nous est pré-
• cieuse; fuyez! » Et Pierre s’en alla de Rome, par la
voie Appienne. Parvenu au delà de la porte qu’on nomme aujourd’hui Sainte-Marie ad pastus, il vit Jésus- Christ debout devant lui. Il lui dit : Domine, quo vadis? { Où allez-vous, Seigneur?) Jésus lui répondit : — Je vais à Rome, pour y être de nouveau crucifié. — Ah! dit l’Apôtre, ce ne sera pas vous. Seigneur, qui serez crucifié à Rome, mais moi-méme. — Va donc, lui dit le Maître, et prends possession de la ville par le martyre. Quelques jours après, le premier Pape était immolé sur le mont Janicule. C’est ainsi que fut fondé à Rome le Pontificat suprême des chrétiens. Trente Papes se firent égorger dans cette ville, afin d’y conquérir un siège audessus de tous les autres >
Voici où en était venue dans son expression la plus affirmative, au sortir du moyen âge, la question, et comment nous la trouvons exposée dans un ouvrage spécial publié au commencement du xvii* siècle : ■ Le bien- « heureux Pierre, Apôtre et prince des Apôtres, d'An-
• tioche, fils de Jean, de la province de Galilée, siégea « d'abord sept ans à Antioche. De là il se rendit à c Rome, sous le règne de Néron. Là, il occupa le siège
< épiscopal durant vingt-cinq ans, deux mois et trois
• jours. Là, il écrivit deux Épîtres et l’Évangile attri-
< bué à saint Marc, parce que saint 3Iarc fut son audi- « teur et son fils par le baptême... Là, il ordonna deux
• évêques, Liu et Clet; Pierre, dans cette position,
' Poujoulat, Hisl. des Papes.
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DU PAPK.
« instruisait le peuple par la prédication et la prière. Il € y eut plusieurs discussions publiques avec Simon le « magicien, tant en présence de Néron qu’en présence « du peuple. 11 souffrit le martyre avec Paul trente- « sept ans après la passion de Jésus-Christ'. »
Enfin, en 1862, on lit dans r.i»nuatr« pontifical :
« Saint Pierre de Bethsaïda en Galilée reçut de
« Jésus-Christ la puissance suprême du Pontificat, pour • la transmettre à ses successeurs. Il siégea à Antioche « jusqu'à l'an 42, et depuis lors à Rome, où il finit ses « jours sous Néron, l’an 66 »
Si la tradition, qui rapporte que saint Pierre fut évêque de Rome, put se reproduire dans le clergé d’abord et se voir ensuite favorablement accueillie par les masses, beaucoup plus disposées en faveur de saint Pierre le pécheur qu’en faveur de saint Paul le docteur, il n’en fut pas de même lorsque des évêques de Rome, faisant concorder une certaine primauté apostolique avec l'importance de leur résidence, voulurent que leur siège eût la primauté par droit de succession. Si, d'une part, le besoin de l’unité semblait faire une loi à l’Église de constituer dans son sein une autorité arbitrale, en vue des discussions qui s'y élevaient sur les points les plus capitaux de la doctrine, et de placer naturellement cette autorité dans la capitale du monde, il y avait de l'autre, dans l’épiscopat, soit des réticences, soit des distinctions métaphysiques, soit même des dénégations formelles portant contre le fait que jamais saint Pierre eût été à Rome.
-Allatius ne craint pas de dire que l'évêché de saint
' Thomas Ramon, De Primatu diri Pétri.