CHAPITRE VI
Pierre était considéré par beaucoup, dès les premiers temps, comme une fable ridicule, et en appelle aux ' témoignages mêmes qu’Eusèbe fait valoir, deTertullien, saint Cyprien, Lactance et Arnobe'.
Il faut bien le dire aussi : Eusèbe, en donnant comme base première à son récit la chronique de Papias, qui confondait Rome avec Babvlone, et celle d’Hégésippe, qui parlait d’un épiscopat avant duré vingt-cinq ans , sans laisser aucune trace historique, a gravement compromis une croyance qui, après s’être formée peu à peu, devait devenir d’une importance capitale. Cet auteur lui-même, en parlant de Papias, dit que « c’était un es-
* prit burné-, qu’il a laissé après lui plusieurs choses qui « sentent par trop la fable, et ipi’il a fourni à plusieurs « écrivains ecclésiastiques, venus après lui, et entre au- « très h saint Irénée, l'occasion de tomber dans rerreur,
• à cause du prix qu’ils attachaient à l’ancienneté (îe ses € récits. »
On voit par cet aveu que si Eusèbe est vraiment un auteur sincère, il ne nous montre pas du moins comme étant bien recommandable le premier témoignage dans lequel il voit poindre le fait dont il s’agit.
Sont venus dans les temps modernes les polémistes protestants et les libres penseurs, à commencer du XVII' siècle. Ils ont généralement repoussé la croyance que saint Pierre ait été à Rome; mais quelques-uns, Calvin et Leibnitz entre autres, ont admis la possibilité que l’Apôtre y fût venu après avoir longtemps évangélisé l’Asie-Mineure, et s’y fût rencontré au moment
• Allatius, DeEccle*. Occident, et Orient. Confess.,\\\i. I, c. ii.
même de la cruelle persécution dont il aurait été une victime. Il y a donc eu parmi les protestants quelques concessions sur ce point, ou plutôt quelques doutes; et c’est ce qu’a dit en ce peu de mots Owen : « ^4» Pe~
« tnif fuerit Romœ, sub judice Us est »
De nos jours, la discussion n’a pas paru épuisée, et elle ne saurait l’étre avant que le temps n'ait fait justice des passions et des intérêts, qui seuls lui donnent de l’importance. San Domingo, il n’y a guère plus de vingt ans, s’exprimait ainsi : « Saint Luc qui écrivait, en 61, « à Rome les Actes des Apôtres, ne dit pas un mot tou- « chant le voyage ou la présence de suint Pierre dans « cette ville. Saint Paul garde le même silence à ce « sujet dans ses Epîtres, où il raconte que l’an 66 il se « défendit lui-même devant Néron des accusations por- « tées contre lui. Quoi ! saint Pierre aurait été évêque à « Rome en 43, et saint Luc ne dirait pas un mot de
• son Pontificat, lui qui mentionne les moindres parti- « cularités relatives aux autres Apôtres et à Céphas lui- « môme ; lui qui signale tous les voyages de Pierre en « Judée, en Samarie, dans les années 41, 43, 57, .59? « Comment saint Luc, qui nous raconte les entrevues « de saint Paul avec les Juifs à son arrivée et durant
• son séjour à Rome, aurait-il gardé le silencfe sur les ■ entretiens qui eussent été si précieux à recueillir,
• entre les deux grands Apôtres réunis dans lu capitale « du monde? Les Epitres de saint Paul s'accordent avec « les écrits de saint Luc, pour établir que saint Pierre « ne fut jamais à Rome. Dans l’Épître aux Galates, saint « Paul fait voyager Céphas de Jérusalem à Antioche en « 57 et 58. Il raconte qu'il le blâme hautement de com- < muniquer le Saint-Esprit aux Gentils. Enfin, saint