CHAPITRE VI
■ Paul, dans si^ni Epitre aux Romains, ne dit pas un
€ seul mot de saint Pierre* »
Santo Domingo aurait pu ajouter que dans cette der> nière Épitre l'Apôti’e saint Paul salue tout particulièrement, avec autant de ferveur que de respect, vingt-huit personnes et plusieurs familles de l’Église de Rome, sans que saint Pierre soit compris dans ce nombre. Une telle omission n’est pas, nous l'avouons, une preuve affîi-mative ; mais il est peu probable que le saint Apôtre eût commis l’inconvenanèe d’oublier saint Pierre qu’il devait saluer tout le premier s’il était le chef de l’Église. Un tel oubli de la part de saint Paul eût été d’autant plus inconcevable, qu’il dit que l’Église de Rome était dans la maison d’Aquilas et Prisque, auxquels il fait ses politesses, comme ayant été particulièrement ses collaborateurs et lui ayant sauvé la vie en le mettant à couvert des persécutions. Saint Paul aurait donc salué nombre de chrétiens en particulier et l'Église de Rome, en omettant d’en saluer le chef vénérable ! 11 est plus que difficile d’admettre un tel fait.
Certains des protestants se sont montrés impitoyables dans ce même genre d’opposition statistique. ■ 11 est « probable, au plus haut degré, dit Bost, que saint
■ Pierre n’a jamais paru à Rome, et certain que s’il y
• fut jamais (ce qui est peu admissible], c’a été pour un « temps extrêmement court. Selon la tradition catho-
■ lique, qui fait mourir saint Pierre à Rome en 66, « après vingt-cinq années de pontificat, cet Apôtre au-
• rait dû, d’après les dates mêmes de la Bible, y com- « mencer son s^our en 41. Or, saint Pierre n’était pas
' Santo Domingo, E$prtl ie* Papet.
DU PAPK.
« à Home en i4, car l’Évangile qui le montre k Jéru- « Salem jusque vers l’an 39, nous l'y montre encore K en 44, emprisonné par Hérode. 11 n’y était pas non O plus en 51, époque du concile de Jérusalem, auquel ” il assista. 11 n’y était pas en 52, époque vers laquelle « saint Paul et plusieurs autres Apôtres le trouvent à « Antioche. Depuis ce moment, le Nouveau Testament « ne parle plus de Pierre. En 61, Paul arrive à Rome; « il s’y établit pour deux ans; il écrit de là quatre « Epilres, et jamais un mot de saint Pierre; et ainsi « jusqu’en 63, époque oü, stdon les catholiques, saint « Pierre était évêque depuis vingt-deux ans. Luc, écri- « vaut à Rome les Actes des Apôtres; Paul, écrivant de « Rome quatre Épîtres; Paul, arrivant de Rome, pas- « sant deux ans à Rome, ne disent mot sur saint Pierre! « Bien sûrement donc, en 63, saint Pierre n’avait ja- « mais été à Rome. Enfin, Paul revient à Rome une « seconde fois, et écrit de là sa seconde Lettre à Timo- « thée, et pas le mot de Pierre; où est donc cet « .Apôtre que l’on dit avoir évangélisé avec lui les Ro- » mains’?... »
Ces arguments avaient déjà été mis en avant par plusieurs auteurs de l’Eglise réformée, et en particulier par Spanheim^ Ils n’ont jamais été réfutés avec la même précision. Les théologiens, mis en demeure d’y répondre, .se sont toujours reportés sur des citations plus ou moins diffuses, propres k rendre impossible la solution. Ils ont attirmé de plus fort, et sur leur foi, que saint Pierre avait le premier évangélisé les Romains, et que Paul n’était venu qu’après. Faisant allusion à
' Bost, Appel à la conscience des catholiques.
* Spanheim, Du prétendu voyage île saint Pierre à Borne,