‹ Du PapeChapitre 53 sur 192 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

raconté son voyage à Jérusalem, il ajoute « que ceux qui étaient les plus considérables y avaient reconnu que la charge de prêcher les Gentils lui avait été donnée, comme à Pierre celle de convertir les circoncis...» car, ajoute-t-il, • Celui qui a agi efficace- « ment dans Pierre pour le rendre Apôtre des circon- « cis, a aussi agi efficacement en moi pour me rendre « Apôtre des Gentils. Ceux mêmes, dis-je, qui parais-

■ sent comme les colonnes de l’Église, Jacques, Céphas « et Jean, ayant reconnu la grâce que j’avais reçue, « nous donnèrent la main à Barnabé et à moi, pour « marque de la société et de l’union qui étaient entre « nous, afin que l’Évangile fût prêché aux Gentils et « aux circoncis...

« Or, Céphas étant venu à Antioche, je lui résistai en « face, parce qu’il était répréhensible ; car il commu- « niquait avec les Gentils ; mais il s’en sépara, craignant « de blesser les Juifs '. »

Dans la circonstance dont il s’agit, ce ne fut pas seulement Paul qui blâma Pierre de vouloir initier les Gentils, contrairement à la convention arrêtée ; Pierre eut encore à s’excuser et s’excusa effectivement devant les Apôtres et les disciples présents, qui lui avaient adressé de vifs reproches*.

Saint Paul , écrivant aux Éphésiens, confirme dans sa lettre ce qu’il a dit précédemment : • C’est pour que • vous soyez de la maison de Dieu que j’ai reçu mon « ministère, moi. Paul, qui suis prisonnier de Jésus- « Christ pour vous autres Gentils ; car vous avez appris

■ sans doute de quelle manière Dieu m’a donné la

' Ad. des Apôt, ch. ii, v. 7, 8. 9, H et t2.

• Ad., ch. XI, V. 2, 3 et i.

« grâce de l’apostolat, pour l’exercer envers vous

« J’ai reçu, moi, qui suis le plus petit d’entre tous les « saints, la grâce d’annoncer aux Gentils les richesses ■ de Jésus-Christ *. »

Enfin, saint Paul dit encore dans son Épttre â Timothée : « J’ai été établi prédicateur et Àpôtre (je dis la « vérité et ne ments point) ; j’ai été établi, dis-je, le « docteur des nations dans la loi et dans la vérité »

Il résulte donc do cet ensemble de témoignages, tiré non de traditions plus ou moins rapprochées des temps apostoliques, mais des écrits mêmes des Apôtres, que saint Pierre n’eut point la mission d’évangéliser les Gentils, mais les Juifs, et que saint Paul, au contraire, avait reçu cette mission : d’abord, par une apparition au prêtre Ananie, et ensuite à Paul lui-même, du Seigneur, qui lui avait dit qu’il l'avait destiné à lui rendre témoignage dans Rome comme il l'avait fait dans Jérusalem ; ensuite par deux consécrations dans ce but qui eurent lieu de sa personne et de celle de Barnabé, la première à Antioche par la réunion des Apôtres, des prêtres et des docteurs, et plus solennellement encore au concile de Jérusalem, par les Apôtres et les prêtres avec toute l'Église, c’est-à-dire par la plus grande autorité chrétienne qui ait jamais existé.

Dans une circonstance, Pierre s'est oublié à intervertir l’ordre ; il est réprimandé par les Apôtres et réduit à se retracter, et renonce volontairement à des communications qu'il n’avait entreprises que par excès de zèle et à l’insu des autres disciples. Ces faits sont

' Saint Paul aux Eph., ch. iii, v. i, 2 et 8.

* Saint Paul à Timot., ch. ii, v. 7.

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CHAPITBE VI.

attestés par les Actes des Apôtres et pur saint Paul luimême, qui explique les raisons qui avaient déterminé l'Église naissante à reconnaître que lui, Paul, avait reçu la grâce d’étre l’Apôtre des Gentils, de même que Pierre avait reçu la grâce d’être l’Apôtre des Juifs.

La mission de Paul et celle de Pierre sont donc distinctement et irrécusablcment établies. Les deux Apôtres l’ont-ils remplie, chacun de son côté, conformément à l'ordre du Seigneur et au plan arrêté d’un accord unanime par les .\pôtres et tous les fidèles réunis au concile de Jérusalem? Voilà maintenant la suite de la question, et la voie par laquelle nous arriverons u une solution qui, si elle ne satisfait pas des systèmes préconçus et des idées fixes, sera du moins conforme à la vérité et au sens commun.

li’Apôtre Pierre, sans aucun doute, évangélisa les Juifs; il le fit avec un grand soin et une ail'ection particulière, comme on le voit dans ses Épîtres, où il leur dit « qu’ils sont à la fois le peuple choisi de Dieu et < l'objet de l’alliance nouvelle de Jésus-Ohrist. » L’Écriture et la tradition nous le représentent parcourant dans tous les sens l’Asie-Mineure, allant jusqu’en Assyrie, faisant 'de longs séjours dans les principales villes, telles qu’ Antioche et Babylone.

Les Épitres de saint Pierre, qui ont pour but de résumer sa doctrine, et qui la présentent en effet sous l’aspect synthétique d'un esprit dès longtemps exercé à la pensée et à l'expression, sont destinées à réveiller et à entretenir 1a foi parmi les prosélytes qu’il a faits dans le cours de ses travaux, et adressées exclusivement aux chrétiens d’Orient, répandus dans les provinces du Pont , de la GaUlée, de la Cappadoce, de t Asie-Mineure et de la

Bythinie'. Non-seulement Pierre a circonscrit sa mission dans la sphère qui lui a été assignée par le concile de Jérusalem d’évangéliser exclusivement les Juifs, mais il s’applique encore à donner à ses disciples une sorte de distinction au milieu des Gentils, car il leur parle fréquemment d’Israël, d’.\braham, du choix dont ils ont été l’objet de la part de Dieu, choix justifié par l'alliance que Jésus-Christ a faite avec eux et qu'il fera un jour avec tous les fils d’Israël. ■ Soyez comme des étrangers, • leur dit-il, conduisez-vous parmi Ut Gentils d’une « manière sainte »

C’est évidemment sur la fin de sa vie et après un long apostolat que l’apôtre Pierre écrit en ces termes aux diverses Églises d’Orient qu’il a évangélisées; car, outre que ses Épitres respirent toute la maturité de l’âge, il déclare positivement à ses disciples qu’elles sont comme son testament ; qu’il leur renouvelle ses instructions pendant que Dieu veut qu’il soit encore de ce monde , mais qu’il sait devoir quitter la vie prochainement, le Seigneur le lui ayant révélé : * Pendant que je « suis encore dans ce corps comme dans une tente, je « vous réveille en vous renouvelant la mémoire, car je « sais que dans peu de temps je dois quitte^ cette tente « comme notre Seigneur Jésus-Christ me l’a fait con- « naître * »

L’Écriture ne nous apprend rien de plus au sujet de saint Pierre ; mais elle présente néanmoins dans sa brièveté un point de vue assez général sur son apostolat, car elle nous le montre depuis le début de son en-

' Ép. I, ch. I, V. t,

* Ép. 1, ch. Il, V. 12.

* Ep. 11, ch. I, V. t.t, 44 PI 4 5.

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