‹ Du PapeChapitre 54 sur 192 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

seignement dans la ville de Jérusalem jusqu'à l’époque où il écrit ses deux Épitres, qui en sont le résumé et qu'il date de Babylone.

On voit en effet dans l'Écriture que l’apôtre Pierre ouvre le premier la carrière de k mission divine aussitôt après l’Ascension de Jésus-Christ; qu’il convertit en deux prédications huit mille Juifs, et fonde ainsi, avec l’assistance de tous les autres Apôtres, l'Église de cette Jérusalem où s’étaient accomplis les grands mystères de la Rédemption, et qui, pour ce double motif, fut justement appelée par des saints Pères et notamment par saint Augustin : notre mère! Vient la dispersion des Apôtres, après le meurtre d'Étienne. Us se répandent dans la Judée, évangélisant les Juifs. Au bout d’uii certain temps, la moisson leur ayant paru abondante à recueillir, même parmi les Gentils, ils élèvent la question de savoir si le inomeut ne serait pas venu de généraliser l'émission de la parole divine. Le concile de Jérusalem est réuni pour cet important objet. Dans cette réunion, où se trouvent tous les Apôtres, les disciples et tous les membres de l'Eglise, saint Pierre témoigne de son désir d’étre employé à évangéliser les Gentils. Mais il est reconnu particulièrement apte à instruire les Juifs, sur lesquels il a dtqà acquis un grand ascendant et qui veulent rester dans l’usage de la circoncision, même en adoptant la foi chrétienne.

L’Église, d'un accord unanime, décide, au contraire, que Paul est propre à étendre son enseignement aux Gentils, avec lesquels, du reste, il avait plus d’adinité que Pierre, étant, par droit de cité, citoyen romain, et doué d'une grande variété de talent. Le concile, disonsnous, se prononce en faveur de Paul, et lui adjoint Bar-

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nabé. Pierre, se trouvant à Antioche, oublie un instant, par excès de zèle, l'ordre établi. Il communique en secret avec des Gentils, mange avec eux, et leur parle de l'Evangile, contrairement à la décision de l'Église et au risque de blesser la susceptibilité jalouse des Juifs qui le considèrent comme exclusivement à eux. Des disciples surviennent, blâment vivement Pierre d’avoir violé lu règle. Alors Pierre, toujours prompt au repentir, rompt avec les Gentils et rentre du coté des Juifs : « 11 se retira aussitôt, dit-saint Paul, de crainte de blesser les circoncis. »

Depuis cette circonstance, nous ne voyons plus saint Pierre en rapport aucun avec les Gentils, ni ailleurs qu’en Orient. Il a soin, dans l'adresse desesÉpitres, de mettre : Auj chrétiens d’Orlent, et de recommander à ses prosélytes de vivre dans une vertu jalouse, et comme (les étrangers parmi les Gentils! Cela prouve assez que non-seult'ment saint Pierre ne s’était plus écarté de la mission qu'il avait reçue d’évangéliser spécialement b'S Juifs dispersés dans l’Orient, mais encore qu’il aurait voulu, par un sentiment de sainte émulation, que le peuple, autrefois choisi do Dieu, dont il faisait partie, eût encore sa distinction au sein de la société chrétienne. Tels sont, on peut s'en convaincre par la lecture de ses Épitres, les sentiments de l’apôtre saint Pierre, et ils sont tellement empreints dans son âme, qu’il les professe abondamment jusqu’à l’approche de sa dernière heure. Du reste, pas un mot dans les Actes des .\pôtres ou les Épitres qui donne à supposer que saint Pierre ait été en Occident, ni même en Grèce et dans l'Archipel, ou qu’il se soit mis en rapport, par correspondance, avec les cln étiens de ces contrées.

r.HAPITllE VI.

Saint Paul, au contraire, nous montre une tendance constante à diriger ses travaux vers l'Occideut. « Le « Saint-Esprit lui a défendu de porter lu parole de Dieu ■ dans l’Asie, et Jésus-Christ l’en a empêché *. » 11 passe on Grèce, dans les îles de l'Archipel, à Philippes, àThessalonique, ii Samothrace, à Athènes. C’est parmi les Grecs qu'il s'essaye à lu mission qu'il doit porter aux Latins. Saint Luc nous dit avec précision un grand nombre do circonstances remarquables, dans lesquelles l’AjMitre fait entendre avec succès et éclat la parole divine, notamment devant l'aréopage d'Athènes assemblé.

Paul attendait le moment et l’occasion de se rendre à Rome. Elle se présente enfin. Ce n’est pas à travers les nuages d’une obscure tradition que le récit de ce voyage nous est transmis. Rien de plus circonstancié. Paul monte sur un vaisseau d’Adriunelte; il arrive à Sidon, cotoie Chypre, traverse les mers de Cilicie et dePamphilie, passe en vue de l’ile de Crète, vers Salmone. Lue tempête survient, qui pousse le vaisseau à l’ile de Malle. L’Apôtre y fuit un séjour de trois mois, après lesquels il se rembarque sur un navire d'Alexandrie, qui avait hiverné dans nie et qui a pour nom Caslor et PoUux. Sur ce navire, Paul aborde à Syracuse, passe devant Reggio, et se voit porté de là en doux jours à Pouzzoles, dans le golfe de Naples. Là saint Paul trouve des Juifs qui le retiennent sept jours, au bout desquels il se met enfin eu route pour la capitale de l'Empire Suivons avec attention ce qui se passe à l’arrivée de saint Paul à Rome.

« Lorsque les frères de Rome eurent appris des

' Act., ch. XVI, v. 6 et 7.

ni! PAPE.

« nouvelles de notre arrivée, ils vinrent au-devant de « nous jusqu’au lieu appelé le marché d'Appius, et « Paul les avant vus, rendit grâce à Dieu et fut rempli « d’une nouvelle confiance. Quand nous fûmes arrivés « à Rome, il fut permis à Paul de demeurer oü il vou- « drait avec un soldat qui le gardait.

O Trois jours après, Paul pria les principaux d’entre « les Juifs de venir le trouver, et quand ils furent venus, « il leur dit : Mes frères, quoique je n’eusse rien fait « contre le peuple ni contre les coutumes de nos pères, « j’ai été arrêté à Jérusalem et mis entre les mains des

« Romains C’est pour ce sujet que je vous ai priés

« de venir ici, afin de vous voir et de vous parler; car « c’est pour ce qui fait l’espérance d’Israël que je suis « lié de cette chaîne

« Ils lui répondirent : Nous n’avons point reçu de « lettre de Judée sur votre sujet, et il n'est venu aucun » de nos frères de ce pays-là qui nous ait dit du mal de

« vous Mais nous voudrions bien que vous nous

« dissiez vous-même vos sentiments; car ce que nous « savons de cette secte, c’est qu’oii la combat par- « tout

« Ayant donc pris jour avec lui, ils vinrent en grand « nombre le trouver dans son logis, et il leur prêchait le « royaume de Dieu, leur confirmant ce qu’il leur disait » par plusieurs témoignages; et depuis le matin jus- « qu'au soir, il tâchait de leur persuader par la loi de « Moïse et par les prophètes ce qui regarde Jésus- « Christ.

« Les uns croyaient ce qu’il disait, les autres ne le « croyaient pas; ils se divisèrent à ce sujet.

” Paul (lenitMira deux ans entiers dans un logis qu’il

CHAl’ITUE VI.

• avait loué, où il recevait tous ceux qui venaient le « voir, prêchant le royaume de Dieu et enseignant ce « qui regarde Jésus-Christ, en toute liberté, et sans « que personne l’en empêchât »

Voilà, ce nous semble, la position de saint Paul clairement établie pour ce qui regarde l’initiative de l’apostolat et la fondation de l’Cglise chrétienne dans la capitale de l'Empire, .\ucun Apôtre n’y a porté la foi avant son arrivée; aucun ne l’a précédé en Occident.

Les Actes disent : ■< Les frères de Rome vinrent audevant de nous. »

La première impression que produit ce mot les frère.s porterait à croire qu'il s’agit de jwi sonnes converties au christianisme. Mais saint Paul nous fait immédiatement connaître qu’il s’agit simplement de Juifs, non encore convertis. Les ayant priés de venir le voir, il leur adresse la parole en les appelant mes frères; il leur dit que s’il est accusé, c’est pour la cause d’Israël et les doctrines de nos pères.

Les frères lui font réponse qu'ils n’ont reçu aucune lettre de Judée à son sujet ; qu’ils ignorent ce qui a rapport aux chrétiens, autrement que par les persécutions dont ils sont l'objet; ils prient l’.Apôtre de leur faire connaître la doctrine dont il s'agit ; Ce que nous sapons de cette secte, c’est qu’on la combat partout; nous voudrûms bien que vous nous dissiez vous-même quels sont vos sentiments Tel est irrécusablement l’historique de la fon-

dation de l’Eglise de Rome. Personne n’y a enseigné avant saint Paul le christianisme, et cet Apôtre, durant

' Act., cb. xxvm, V. de là à 31 .

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