CHAPITRE Vil
formant un seul corps dont les membres sont unis par la foi et la charité. Ce Père voit avec Tliêodoret toutes les Églises se réunissant en une seule, par I liarmo}iie du dogme primitif'. Enfin, saint Jérôme proclame que l’Eglise est composée d’une multitude de personnes, mais qu’elle est une par la foi*. Telle était la doctrine adoptée généralement par les Pères et docteurs des premiers siècles ; ils n’auraient pas cru qu’on pût la détruire sans détruire l’ordre et les libertés de l'Eglise, et les sept premiers conciles œcuméniques l'avaient reconnue et consacrée.
Nous avons nommé saint Grégoire qui occupa le siège épiscopal de Rome de 590 à 601. l.es périls que renfermait à la fois l'établissement d’un chef unique et le dualisme que les prétentions à cette souveraineté ecclésiastique occasionnaient entre Rome et Constantinople, n’échappèrent pas h son bon sens et h sa sincérité. Il aurait voulu, pur un retour difficile, ramener les temps où un certain nombre d’Eglises principales, ayant un évêque à leur tête, vivaient en sœurs sous la simple loi de l'Evangile, et présentaient l'aspect d’une confédération de famille- Le patriarche Jean de Constantinople ayant pris le titre de catholique ou universel, en fondant sa prétention sur ce que son siège était établi dans la ville impériale, saint Grégoire mit tous ses elforts et déploya toute son éloquence à le dissuader d’une ambition si peu conforme à la modestie évangélique et à la confraternité chrétienne. Dès les premiers temps de son épiscopat, il écrivit une
' Thi'odorrt, l’.-al. 47.
- Saint Jcrôim’, l'fal. 23.
lettre de communion aux quatre patriarches des Églises considérées et définies par les conciles comme étant autant de métropoles : Constantinople, Antioche, Alexandrie et Jérusalem. 11 parle, dans ces diverses lettres, des devoirs que lui impose son élévation, et de celui qu’ont tous les évéques de ne point se laisser aller aux préoccupations des choses terrestres. Il termine cette lettre en faisant une profession de foi, dont il résulte qu'il s’est rais en rapport avec ses collègues, uniquement pour s'unir de sentiment à toute l’Eglise, et concourir ainsi à l’unité. Le saint évêque ne dit pas un seul mot qui ait trait à une suprématie de son siège*. Mais la lettre qu’il adresse ensuite en particulier au patriarche Jean de Constantinople est conforme aux vrais principes de la constitution apostolique. On y voit que ce saint Père jugeait qu’un titre comme celui qu’il s’était arrogé faisait disparaître l'unité morale de Jésus-Christ dans l’Église, pour lui substituer l’unité matérielle de l’homme, exposant par là l'Eglise aux plus grands périls. Il employa donc tous les moyens de persuasion pour dissuader Jean de suivre une voie qu'il considérait comme funeste. 11 lui écrivit une trèslongue lettre dont nous extrayons seulement les passages principaux :
• Grégoire à Jean, évêque de Constantinople :
« Votre Fraternité se souvient de la paix et de la « concorde dont jouissait l’Eglise lorsqu’elle fut élevée « à la dignité épiscopale. Je ne comprends donc pas « comment elle a osé prendre un titre qui peut occa- « sionner du scandale dans l’esprit de tous les frères.
' Saint Grégoire, Ep. XXV, liv. I.
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CHAPITHK vri.
« Vous qui avant d’être élu disiez hautement que vous « étiez indigne de l'épiscopat, vous y avez à peine été « élevé que, méprisant vos frères, vous avez ambi- « tionné d’avoir seul le titre d’évêque. Pélage mon « prédécesseur, de sainte mémoire, avait adressé à « Votre Sainteté des observations fort graves à ce
• sujet...
« Après la mort de Pélage, ayant été élevé, malgré « mon indignité, au gouvernement de l’Eglise, j’ai eu
• soin d’engager Votre Fraternité, de vive voix d’abord « par mes envoyés, et ensuite par l’entremise de Sabi- « nien, de renoncer à une telle présomption. Je pleure
• de voir que mon frère n'ait pas voulu revenir à l'hu-
< milité, lui qui n’a été établi dans la dignité épisco-
• pale que pour ramener les âmes des autres à l’hu- « milité.
« Réfléchissez donc, je vous en prie, que par cette « présomption téméraire , vous troublez la paix de
■ l’Eglise entière, et que vous vous déclarez contre la
< grâce qui a été donnée à tous en commun. Plus « vous croîtrez en cette grâce, plus vous serez humble « à vos propres yeux. Vous serez d’autant plus grand
• que vous serez éloigné d'usurper ce titre extrava-
■ gant et orgueilleux d'universel. Vous serez d’autant
• plus riche, que vous chercherez moins à dépouiller
< vos frères à votre profit. Aimez l’humilité de tout « votre cœur ; c’est elle qui maintient la concordé
• entre les frères, et qui conserve l’onit^ dans la sainte « Église universelle.
« Lorsque l'apôtre Paul entendait certains fidèles « dire: Moi je suis disciple de Paul; moi d'Apollon ;
■ moi de Pierre ! il ne pouvait voir sans horreur dé-
• chirer ainsi le corps du Seigneur et le rattacher à « d’autres tètes qu'îi celle de Jésus-Christ, alors même « que ces têtes étaient des Apôtres. Que diriez-vous au « Christ qui est la tête de l'Cglise universelle, que « lui diriez-vous au jugement dernier, vous qui, par O votre titre d'universel, annoncez la prétention de O vous soumettre tous ses membres? Par ce titre per- ” vers, vous imitez celui qui, méprisant la légion des “ anges , qui étaient ses compagnons , s'eft’orta de O monter au faite pour n ôtre soumis à personne et « être seul au-dessus des autres et qui dit : Je monte-
• rai dans le ciel; je m’élèverai un trône au-dessus des
• astres du ciel, je serai semblable au Très-Haut !...
« Que sont vos frères, tous les évêques de l’Cglise « universelle, sinon lt!S astres du ciel? Lorsque, par un « titre aiid)itieux , vous voulez vous élever au-dessus » d’eux, et rabaisser leur titre eu le comparant au « vôtre, ne dites-vous pas ces paroles du démon : Je « monterai dans le ciel ; j’élèverai mon trône au- " dessus des astres du ciel ?
« Pour moi, quand je vois tout cela à travers mes « larmes, je crains les jugements secrets de Dieu. Je « m'afllige que Jean, cet homme si saint, séduit par « les llatteries de scs familiers, ait pu concevoir un tel « degré d’orgueil et prendre un titre si pervi'rs, et « qu’il s’eff’orce de se rendre semblable à celui qui, « en voulant être semblable à Dieu, perdit la grâce de « la ressemblance divine qui lui avait été accordée, par " amour d’une l'ausse gloire...
« Je sais bien (jiie ce titre d’universel a été donné O à Votre Sainteté par des familiers qui la trompent. « C’est pourquoi je demande que Votre Fraternité