‹ Du PapeChapitre 64 sur 192 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

« veille avec soin sur eux, et qu’elle ne se laisse pas « tromper par les flatteries...

« Je vous aime d un amour ardent; mais lorsqu’il « s’agit des préceptes de l’Evangile, des institutions « canoniques, de l’a\antage des frères, je ne puis pré- • férer une personne, inèiiie celle que j'aime ardein- « ment... Si je rencontre votre refus, il ne me restera € que la ressource d’un appel à l'Eglise'. »

On voit par cette première lettre de saint Grégoire sur cette importante question : 1° que selon lui l’autorilé ecclésiastique réside dans l’épiscopat , et non point dans tel évêque, quelque élevé que soit son rang et riiqportance de la situation de son siège ; 2“ que ce n’était point la causo particulière du .siège de Rome que saint Grégoire défendait contre l’évêque de Constantinople , comme on l’a prétendu , mais celle de l’Églisr; collective ; 3“ qu’il ne se reconnaissait pas le droit de juger lui-métm; celle cause, mais qu’il devait en référer à l’Eglise.

Ecrivant sur le même sujet au diacre Sébastien, son envoyé à Constantinople, saint Grégoire lui dit formellement de n’avoir aucun rapport avec l’évêque Jean, et de ne rien faire qui puisse avoir l’air d'adhérer à son litre; car, ajoute-il, adhérer à ce titre coupable, ce n’est rien moins que perdre la foi’ !...

Dans une lettre à l’empereur Maurice lui-méme*, le saint évèiiue rappelle que saint Pierre qui avait la primauté dans le collège apostolique, comme un frère aîné

' Trailiiclion tie l'abbé Gactlé : La Papauté moderne, itc., brndiuri'.

’ Lettre» de saint Créijoirc, liv. V, loUio 19.

> Liv. V, lettre 20.

a la primauté de la naissance dans la famille, n’avait jamais songé qu’il pût y avoir pour lui une autorité ou pouvoir dans cette primauté ; qu’il avait été humblement soumis au précepte de paître les brebis du Seigneur. Cette lettre offre cela de remarquable, que saint Grégoire s’autorise de l’exemple de saint Pierre et de la modestie de l’Apôtre pour combattre l’ambition, tandis que d’autres se sont autorisés de son nom pour fonder une autorité non-seulement universelle, mais absolue.

Le saint évêque terminait sa lettre à l'empereur par cette sentence : « Votre Piété Impériale considère « comme chose frivole le titre que prend l'évéque de « Constantinople, et n’y voit qu’un mot? Je prie votre

• Piété Impériale de bien remarquer qu’il y a des

■ choses frivoles qui sont très- nuisibles dans leurs « conséquences. Quand l’Antéchrist viendra et dira :

• Je suis Dieu, le mot en lui-méme sera chose de peu « d’importance, mais le sens en sera très-pernicieux. « Moi je dis sans la moindre hésitation, que quiconque « s’appelle l'évéque universel ou désire ce titre, est,

■ par son orgueil, le précurseur de l'Antéchrist ! »

Saint Grégoire soutient constamment qu’il n’y a

qu’une seule autorité qui puisse être une et universelle, l’autorité de Dieu. Ses écrits sont d’irrécusables preuves que l’Église des premiers siècles se montra toujours fort émue quand elle vit un de ses membres tenter de s’élever au-dessus des autres. L’Église entière comprenait qu’une telle autorité ne pouvait exister, sans que l’épiscopat tout entier fût privé de son droit le plus cher et même de ses libertés. En effet, d’après l’institution divine, le gouvernement de l’Eglise est, de sa

ClIAPITÜi: VII.

nature, collectif ; ses pouvoirs ne peuvent résider que dans le corps de tous les pasteurs, et non dans un seul en particulier. L’autorité universelle d'un seul détruit nécessairement le droit de tous, et substitue l’action de l'homme à celle de l'Esprit-Saint. « L'homme, quel qu’il soit, ajoutait saint Grégoire, est sujet à l’erreur ; s’il résume l’Église , l’Église s'élève et tombe avec lui'. » D’autres lettres de saint Grégoire écrites à des évéques de son temps, ne font qu’insister sur le même sujet et propager la même doctrine, comme étant la seule que l'Église doive reconnaître et professer.

Des théologiens qui. ne pouvaient méconnaître les vives réclamations de saint Grégoire contre l’évéque de Constantinople , ont écrit que ces réclamations avaient pour but de faire prévaloir la supériorité épiscopale du siège de Home, et qu’en un mol il combattait pour son propre intérêt.

Une pareille thèse tombe devant une lettre qu’il écrivait à Éuloge, évêque d’Alexandrie. Ce dernier lui ayant fait réponse qu’il ne donnerait plus désormais au patriarche de Constantinople le titre d'universel, et le lui donnant à lui-même, saint Grégoire, blessé de la méprise de son collègue, se hâta de lui expliquer l’erreur dans laquelle il était à son égard : « Votre « Béatitude, lui écrit-il, a pris soin de me dire qu’elle « ne donnera plus au patriarche de Constantinople « un titre fondé sur l’ambition et l'orgueil, et elle me « le donne k moi-même ! Je vous eu prie, ne me dites « jamais ce mot ; car je sais qui je suis et qui vous ■ êtes ; par votre siège vous êtes mes frères, par vos

• Liv. Vil, lettre 27.

• vertus vous êtes mes pères ; vous ne devez pas plus « donner le titre orgueilleux d’universel et de Pape à « mai qu’à d’autres. Que votre douce Sainteté n’agisse « plus ainsi à l’avenir, je l'en prie ; car vous ôtez aux « uns ce que vous donnez de plus à un autre en par- « ticulier. Je ne demande pas à grandir en titres mais « en vertus. Je ne regarde pas comme un honneur, ce « qui fait perdre à mes frères leur dignité ; mon hon- « neur , c’est celui do toute l’Église. » Nous voyons dans la même lettre à Euloge, que saint Grégoire se défend de lui avoir donné des ordres : « Je n’ai point

• ordonné, dit-il, j’ai pris soin d’indiquer à mon frère « des choses qui m’ont paru utiles. » Dans une autre lettre à Anastase le Jeune ou le Sinaïte, évêque d’Antioche, saint Grégoire, parlant de l’autorité, explique qu’elle n'est que dans l'Eglise, et que « l’Église n’a et « ne peut avoir d’autre fondement que celui qui a été « indiqué par saint Paul aux Corinthiens, c’est-à-dire

• Jésus-Christ. » Il qualifie le titre de Pape universel,

• de titre attentatoire, sacrilège, impie, inepte '.! *

Saint Grégoire avait une opinion tellement élevée de

l’autorité de l’Église, qu’il ne pouvait entendre parler de la placer dans un homme sujet à toutes les passions ainsi qu'à toutes les infirmités. Il définissait l'unité de l’Église universelle, l’ensemble (compagn) du corps de Jésus-Christ'. Cette unité ressortait des rapports réciproques des chefs de l’Église et de leur bon accord dans la foi et dans le but chrétien. 11 voyait dans les Églises particulières des membres de la grande Église, dont chacune était gouvernée par ses pasteurs, L’au-

' .Saint finVoirr, liv. l. Ép. \t,VH.

CHAPmtB vu.

torité était la même pour tous. Il professait que les trois patriarches de Rome, d’Antioche et d’Alexandrie, qui exerçaient par droit ecclésiastique une haute surveillance, avaient le même droit à revendiquer l’honneur de la chaire de saint Pierre. 11 écrivait positivement à l’évêque d’Antioche et à celui d’Alexandrie que saint Pierre avait occupé leur siège, et qu’ils possédaient aussi bien que lui-méme la chsire de cet Apôtre*.

^ Il faut bien le dire aussi, il y avait parmi les Pères et docteurs en général une opinion conforme h celle de Tertullien et de saint Cyprien relativement à la succession de saint Pierre. Tous les évêques étaient considérés comme successeurs de saint Pierre. Tertullien avait dit : • Le Seigneur a donné les clefe à Pierre et par lui à l’Église. » Saint Cyprien ajoute: « Totts les évêques sont également successeurs de Pierre. ■ Saint Gaudens de Bresse appelle saint Ambroise le successeur de saint Pierre. Pierre do Blois écrivant à un évêque le qualifie de vicaire de saint Pierre ; enfin , tous les évêques d’un concile de Paris déclarent être les vicaires du prince des Apôtres. C’est Joseph de Maistre qui nous fournit ces dernières observations*.

Au reste, la doctrine de saint Grégoire sur l’autorité collective des évéques assemblés n’est pourtant que la pure doctrine des Pères de l’Église, dont la tradition saintement maintenue à travers les abus du moyen âge, vint se manifester avec le plus grand éclat dans les grands conciles de Constance et de Bâle, et que nous croyons destinée â faire le salut et l’indépendance de l’Église, du jour où elle aura ouvert les yeux sur ses

* Saint Grégoire, Ut. Vlll, Ép. II.

• De Maistre, Du Pape, liv. 1. ch. vi.

Di: PAPE.

véritables iiUérèls. Les Églises d’Oricnl qui sont peu connues chez nous, dans leur modeste et sainte existence, ont conservé précieusement la doctrine ecclésiastique, si bien définie par saint Grégoire et les autres saints Pères. Nous en avons un récent témoignage dans une correspondance qui a eu lieu au mois d’avril dernier, entre M. l’arehevéque de Lyon, cardinal de Bonald, et M. l’arcbiprètre VVassilicw, aumônier de l’ambassade russe à Paris. M. de Bonald avait écrit à .M. Wassiliew une lettre qui se terminait par le passage suivant : « J’admire dans vos livres liturgiques les

■ hymnes eu l'honneur du prince des Apôtres : O saint « Pierre, prince des Apôtres ! primat apostulUiue ! pieire « inamovible de la foi, etc. Vous n’oubliez pas dans vos « rituels quelques successeurs de saint Pierre, dont « vous parlez en termes magnifi([ues.

« Si dans vos livres liturgiques, Monsieur, on lit ces « choses avec plaisir, ce n’est pas sans un serrement « de eceur qu'on les parcourt. Tous ceux qui aiment « l’Église et qui sont vraiment chrétiens, font des vœux

■ pour que toutes les nations reviennent à l'unité... »

Voici quelle fut la réponse de M. Wassiliew à la lettre

du vénérable cardinal : « Vous dites, Monseigneur, que vous admirez dans nos livres liturgiques les hymnes en l’honneur de saint Pierre. Ce n’est pas moi qui serai en désaccord avec vous sur la beauté et l'orthodoxie des livres liturgiques de l'Église catholique orientale. Seulement, en les admirant, il faut bien se garder de s'attacher trop à quelques expressions isolées, et de leur attribuer un sens exagéré , absolu. Kneouragé par l’exemple de MM. J. de Maistre, Hosaven, Gagarin et d’autres, vous êtes tombé. Monseigneur, dans l’erreur

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