CHAPITRE VU
désaccord avec un des plus grands Papes, saint Grégoire le Grand, qui l’enseigne de la manière la plus claire. Cette rectification faite, je n’ai aucune peine à le déclarer, Monseigneur, nous exaltons par de grands éloges les saints évêques de Rome qui ont fleuri avant la malheureuse séparation des Églises; nous les nommons fondements de l’Église, coTiducteurs de l’Église, premiers entre les pasteurs, prédicateurs de la vraie doctrine, etc.
*« Mais n’en tirez pas les conséquences exagérées, généralement reçues dans votre Église, Monseigneur ; des éloges pareils sont accordés, dans nos rituels, aux saints et grands évêques d’autres sièges, comme saint Basile, saint Grégoire le Théologien, saint Chrysostôme, saint Pierre d’Alexandrie, saint Melèce d’Antioche, saint Cyrille de Jérusalem et beaucoup d'autres. En effet, les Apôtres étant égaux, leurs successeurs le sont également.
« Parmi les saints évêques de Rome que nous louons, que nous prions, dont nous proposons la vie à l’imitation des fidèles, nous respectons particulièrement saint Grégoire le Grand ; car tout en se regardant comme le successeur de saint Pierre, il ne refusait pas le même titre à ses frères d’Alexandrie et d’Antioche; tout en étant patriarche du premier siège, il a défendu l’honneur et la liberté de tous les évêques contre les prétentions de quelques-uns d’entre eux. Fidèle à la constitution apostolique de l’Église, il repoussait toute concentration du pouvoir entre les mains d’un seul; il voyait dans cette concentration un grand danger pour l’Église.
« Vous formez des vœux. Monseigneur, pour que
toutes les nations revienneut à l’unité. Ce vœu, digne de voire caractère épiscopal, nous le partageons, Monseigneur; ce vœu chrétien, nous le fortifions en nous par la prière ; plût à Dieu que nous fussions aussi unanimes sur la doctrine de l’unité.
« Pensez-vous, Monseigneur, que l’unité soit dans l'homme pécheur et faillible; qu’elle soit ailleurs qu’en Jésus-Christ, qui est seul exempt de péché, et qui est la source de toute vérité? I/unité que vous désirez cqnsisle-t-elle dans i’acceplalion de quelques opinions humaines qui peuvent subir mille modifications, ou bien dans la foi révélée et re(.‘ue par l’Eglise telle qu'elle l'admettait avant la séparation, telle qu’elle a été définie par les sept conciles œcuméniques? L’unité dont vous parlez est-elle simplement extérieure, cimentée par la volonté absolue d’un seul, ou bien est-elle basée sur la constitution ancienne de l’Église? Notre unité à nous. Monseigneur, c’est celle qui repose sur Jésus-Christ, sur la foi des sept conciles œcuméniques cl sur la constitution primitive de l’Église. C’est à celte unité que nous convions tous les chrétiens.
« En tra(;anl ces lignes, je n’ai pas oublié un seul instant que j’écrivais à l'évéque de Lyon, à un successeur de saint Irénéc. L(> sentiment de respect que je porte à tout évêque est corroboré, en cette circonstance, par un doux sentiment de la parenté qui existe entre l’Eglise de Lyon et l'Eglise orientale. Vous avez sans doute hérité , Monseigneur, l’amour de la paix qui vous anime, de votre saint prédécesseur, dont le nom signifie yaci^ateur. Mais votre exhortation indirecte à la paix, vous l'avez adressée à l'Eglise orientale. Saint Irénée, lui, l’adressait à Rome, à un des prédéces-
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seurs de Fie IX. C'est à Rome qu'il voyait la cause de la séparation ; il y voyait un zèle excessif, l’esprit de domination, un défaut de respect pour la liberté des autres successeurs des Apôtres, une tendance au gouvernement despotique de l’Eglise, trop de conRaiice enfin dans les décisions d’un seul pasteur. Soyez, Monseigneur, rirénée de notre siècle. Tout en donnant vos conseils à l’Eglise orientale, ne les ménagez pas à cette Eglise romaine que votre saint prédécesseur respectait sans doute, mais à laquelle il ne se soumettait pas. >
Telle fut la réponse de M. l’aumônier Wassiliew à Monseigneur de Ronald. Elle s’applique également à de Maistre, de qui l’observation de l’honorable cardinal est littéralement empruntée.
Tous les esprits, assurément, n’étaient pas à la hauteur de cette unité abstraite que professaient les saints Pères, et qui constituait la religion dans sa liberté propre, excluait toute domination de l’individu sur l’Eglise et sur les consciences. La multitude inculte, comme il arrive constamment, favorisait l’idée de l’unité personnelle, plus sensible à son faible entendement. Un chef! c’est toujours ce que demande la foule; avec l’appui de la foule, les hommes de- parti continuaient d’organiser la hiérarchie sacerdotale sur le modèle de l’Empire, et s’effoi;çaient de faire monter vers l’évêque de Rome , personnage devenu plus important après la désertion des empereurs, le plus qu’ils pouvaient d’influence et d’autorité, et d’en faire, sous le manteau de la religion, un rival d’abord, et plus tard un maître de l’Empire.
Quant aux Pères de l’Eglise, comme les évêques en
général des provinces, ils restaient étrangers à ces secrètes intrigues, et jetaient leurs paroles immortelles au milieu des épines, où elles devaient disparaître pour longtemps, laissant la place a\ix Décrétales vraies et supposées de la Papauté du moyen âge. Le matérialisme l’emportait ainsi sur le spiritualisme; les bases du pouvoir temporel étaient jetées au sein du christianisme avec le germe des discordes que l’amour de la ' domination y apportait.
Oui, dans ces temps même on l’on voyait encore tant de foi et de sainte ferveur dans l’Église, il y avait déjà une réaction subversive et satanique, un génie fatal qui, dans l’impossibilité d’oser attaquer de front l’Évangile, tendait à en corrompre l’esprit et la morale par des transformations insensibles. Aurait-on jamais cru, cependant, dès l’épdque dont nous parlons, qu’au désintéressement systématique et doctrinal de Jésus-Christ et des Apôtres, on substituereiit une théocratie à la fois spirituelle et temporelle, se disant fondée par Jésus- Christ lui-même ; qu’au désintéressement absolu dont les Apôtres avaient donné l'exemple pour suivre le Divin Maître, succéderait, dans le sacerdoce, l'amour des richesses, des honneurs et de la domination ? Aurait-on cru que, par une amère dérision, l’Apôtre Pierre, en particulier, serait un jour représenté comme ayant été le mattre, le princ$ des autres Apôtres ses frères en l’apostolat; et qu’il y aurait un jour dans l’Eglise ellemême, à la place de Jésus-Christ, des hommes capables de se poser comme les successeurs particuliers du modeste et saint Apôtre, sur un trône de saint Pierre, et de porter la couronne et le manteau des souverains, au nom de Celui qui n’eut qu’une couronne d’épines et