CHAPITRE VII
une croix saiiglniite pour symbole de su gloire ot du salut du genre humain ?
C’est à quoi travaillait sans relâche et occultement l’esprit de parti, secondé par la confiance de quelques Pères trop enclins â craindre les attaques des sophistes et à vouloir constituer, en dehors de l’Empire, une sorte de socialisme dont le christianisme avait bien l’esprit, • qui est dans l’amour et la charité, mais uon pas l’instrument qui suppose la science. Ce parti, aussi patient qu’acharné â la conquête du pouvoir, veillait à côté même des saints évêques qui avaient illustré le siège de Rome par le martyre et donné l’exemple de l’humilité sainte. 11 n’attendait que le jour où il pourrait arriver à ses fins, sous le manteau de la religion et à travers l’obscurité qu’il s'eft’orçait de répandre partout sur les esprits.
Vers la fin de ce vir' siècle, dont saint Grégoire avait vu les premières années, un événement, que nous allons rapporter, vint favoriser l'ardente convoitise du parti catholique. Les évêques d’ürient croyaient, comme n’avaient cessé de le proclamer jusque-là les chrétiens, en haine du culte païen, que les images religieuses étaient des objets d’idolâtrie. Les empereurs Bordanus Philippe et son successeur Léon l’isaurien, pensant, d’après cela, faire chose ortliodoxe, ordonnèrent la proscription, même la destruction de toutes celles qui avaient été placées dans les églises d’Orient. Poussant plus loin, tout naturellement, ce zèle de proscription, ce dernier empereur envoya des ordres en Occident contre les images. L’exarque Maurice, qui gouvernait à Rome pour l’empereur, se mit en devoir de les faire exécuter. Mais comme tout ce qui venait de Constanti-
iiople rencontrait, depuis longtemps déjà, 1 antipathie de Rome et de l’Occident, on s’y trouva opposé à une semblable mesure, et partisans déclarés des images. L'agitation fut grande. Le patriarche Grégoire II, qui occupait alors le siège épiscopal de Rome, se fit le pivot de la résistance ; il déclara que la vénération des images était de foi dans l’Église, et que ceux qui les ^ proscrivaient étaient des hérétiques... Grégoire conseilla le refus des impôts et intéiessa les nobles d’Italie à cette querelle, d'autant plus facilement (jue ceu\-;ci ne demandaient qu'à s’émanciper dans les châteaux fortifiés où ils s’étaient retirés après la paix. On se battit à Rome; l’exarque de l’empereur périt dans une échauffourée où le triomphe fut acquis au parti du Pape*.
Vers ces temps-là, des Normands avaient commencé à s’établir en Italie, voyageant d’abord comme pèlerins et ensuite en y exerçant le brigandage. Ils se fixèrent en Sicile, où ils se firent une réputation d’indomptables. De retour dans leur patrie, ils vantèrent la beauté du pays et la douceur du climat. Sur ce, un certain duc de Normandie, qui avait douze fils, en envoya trois courir les aventures dans ce pays. Ils s’établirent dans le duché de Salerne et lieux circonvoisins, en guerroyant à la ronde, et chassant les Grecs qui y conservaient encore quelque empire*. Ces aventuriers furent une bonne fortune pour Rome, dans la circonstance. Le Pape redoutant la colère de l’empereur de Constantinople pour son acte de félonie, eut recours à ces Normands et les intéressa, ainsi que les nobles des provinces, à secouer
' Gianone, Slona civile del regno de
* Botta, Storia d' Kalia.
CIIAPITRK VII. 221
le joug de l'empire d'Ürient, et devint ainsi le chef de la ligue.
Or, il y avait aus.si, depuis longtemps déjà, en Italie, les Lombards, et à leur tête le roi Luitprand. L’empereur Léon, irrité contre le Pape, s’adressa à ce roi pour obtenir qu'il châtiât le sujet infidèle et ses complices. Luitprand s'y décida et marcha contre Rome. Gré- *goire II, craignant d'être pris d’assaut, fit une démarche hardie et habile, qui eut un plein succès. Il se rendit au camp du roi, lui remontra qu’il avait, aussi bien que lui-même, intérêt à secouer le joug de l'empereur, qui « n’était qu'un hérétique. • Luitprand , prince dévot, fut séduit par le discours de l’évêque ; il déposa son épée, son manteau royal, et même sa couronne , assure-t-on , sur l'autel de l’églLse de Saint- Pierre. Après cela, il se retira dans ses États, satisfait d'avoir contracté une alliance intime avec le chef des Églises d'Occident, et ne s’occupa plus que de faire bâtir des couvents et de les enrichir. On a parlé d’un de ces établissements, situé hors des murs de Pavie, que sa munificence avait fait surnommer le ciel d’or.
Après son départ, les Romains, encouragés dans leur disposition à une révolte ouverte, se déclarèrent en république, et en offrirent le gouvernement au Pape Grégoire, qui l'accepta'. Voilà où devait aboutir, bien que ce ne fût encore qu’un premier essai du pouvoir temporel, la frauduleuse fiction d'un pouvoir divin universel dans le sacerdoce ; voilà où le parti catholique avait mis sa foi, au mépris de f Évangile ; voilà, en un mot, comment la Papauté temporelle fut faite! C’était vers l'an 726.
* Gianono, Sloria civile del regno de Napoli.
A partir de ce jour, nous verrons cette papauté personnifier l’absolutisme dans l'Église chrétienne, être cause des schismes qui l’ont divisée. Elle ne sera plus occupée que d’agrandir sa domination et d’augmenter .ses riche^^ses ; elle soulèvera dans ce but les princes les uns contre les autres par toutes sortes d’intrigues; elle favorisera leurs usurpations réciproques, et excitera les nations à des guerres interminables; elle interviendra ' dans les affaires publiques sans intelligence du gouvernement et dans l’unique but de ses intérêts. Elle fera souvent de crime vertu, sous le masque de la religion, et donnera au monde le spectacle d’une démoralisation telle qu’il n'en est pas d'exemple pareil dans l’bistoire des empires. Enfin elle arrêtera ainsi la formation de cette grande unité sociale, qui est dans l’aspiration des peuples et qui ne peut s’établir que sur la base de vrais principes chrétiens, avec le concours de la civilisation des peuples et de leurs gouvernements.
En terminant ce chapitre, tournons un instant nos i-egards vers ce qui s’était passé en Orient. Les patriarches de Constantinople, depuis Jean, avaient continué de se proclamer patriarches catholiques ou universels, et ceux de Rome, après saint Grégoire, avaient, de leur côté, accentué leurs prétentions au même titre. Ces deux chefs de l’Eglise vivaient en conséquence dans une jalousie peu chrétienne, et ce n’était pas sans peine que les évêques et personnages orthodoxes parvenaient à modérer les effets de leur haine réciproque. Les lumières allaient toujours diminuant; l’Évangile et les saints Pères cédaient insensiblement la place à la logomachie des théologiens. Rome et Constantinople étaient loin de pouvoir trouver dans leurs discussions stérilessur