‹ Du PapeChapitre 70 sur 192 · CHAPITRE VIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIH

l’Eglise, car rÊglise était une institution vigoureuse et grande, soit par l’autorité morale du christianisme, soit par les lumières et la constitution du clergé, soit par les domaines de l’Église qui couvraient déjà une partie considérable du sol. L’Église enfin s’étendait au loin sur le monde qu’avait autrefois soumis l’Empire. Pourquoi ne pas l’investir du pouvoir politique, soit directement en lui mettant à la main le septre de César, soit indirectement, en assujettissant, comme un instrument docile, le pouvoir à une théocratie qui gouvernerait doctrinalement les âmes des souverains, et produirait, par ce mode ingénieux, les résultats du gouvernement de fait? Oui, cette double conception était naturelle, et la dernière surtout avait une apparence de grandeur qui a bien pu séduire d’excellents esprits. Mais de quelque manière que l’on envisage une semblable question, il n’en est pas moins vrai que l'exercice du pouvoir politique, soit direct, soit indirect, dans les mains de l’Église, dérangeait l’ordre du sacerdoce évangéUque, ramenait la confusion fatale qui avait existé dans l’antiquité, et à laquelle Jésus-Christ était venu mettre fin par la séparation absolue du sacerdoce et du gouvernement.

Le sacerdoce a sa constitution propre et intérieure pour former et diriger l’Église officielle ; son concile universel pour donner l’expression la plus élevée à la doctrine et à la foi; mais l'Église n’est pas un pouvoir proprement dit, car il n'y a pas d’autre pouvoir que celui de la société se gouvernant elle-même par son institution politique. L’Église est la prière, l'enseignement de la morale, le culte, la tradition, l’administration des sacrements, la surveillance des mœurs et du mouvement social, l’exemple de la modestie et des

vertus. De pouvoir défini, s’exerçant en dehors d’elietnéme, sur la conscience, elle ii’ett a pas plus que le frouvernenionl politique. liâ conscience s’éclaire des lumières de l’Église, mais elle ne relève que de Dieu. Dieu seul est assez grand pour régner sur les âmes.

Une grande autorité morale cependant naît de l’exepcice des hautes fonctions de l’Eglise et de soh enseignementj et par cette autorité qui est celle de la religion , parlant aux liommes de Dieu , elle entretient l’activité spirituelle dans les esprits ei conc(«irt puissamment à l’harmonie comme à la conservation de la société.

Appelez si vous le voulez cette imposante autorité dé l'Eglise enseignante et cérémoniaie, pouvoir spiritnel i mais gardez-vous de voir en elle la délégation d’uil pouvoir divin défini, devenant par l’extension logique, dans les mains de riioinmej un gouvernement de fait et d’empire; autrement vous déviez du principe abstrait du christianisme, voüs changez sa nature et son objet, et vous troublez l’ordi e social.

.Nous tenons à démontrer la non réalité d’uh pouvoir spirituel donné au sacerdoce dans le sens théologique, pour régner à la place et comme représentant de Dieu, parce (ju’une erreur accréditée ajant la même fbrce qu’une vérité j sans en avoir la vertu > devient une cause de perturbationi Le pouvoir spirittiel ou divin réside en Dieu seul qui est toujours présent et n’a, par conséquent, jamais besoin d'étre représenté. Ce que nous appelons figurativement de ce nom est seulement l’ascendant moral de lu puissance suprême mis en action par des appels correspondant au sentiment de ia conscience. La puissance de Dieu s’enseigrte et se dé-

Page 1