CHAPITRE VIII
montre; mais elle ne s’exerce pas par des èréatures mortelles. Quand le sacerdoce a entretenu l’homme et la société de la grandeur et de la justice de Dieu, de.s préceptes de l'Évangile, il a accompli sa tâche et épuisé son droit ; une tâche et un droit incessamment renouvelables, il est vrai, car le besoin dii suprême idéal est lui-même incessant pour riiuinanité.
C’est détruire le prestige du sacerdoce, me dira-ton f... Mais il en est un bien plus grand pour le prêtre dans la vérité ! L'homme qui ose revètii'i même avec une conviction sincère, le pouvoir divin, le compromet et fait toujours très-mal les choses, pour une raison bien simple : c’est qu'il ne connaît qii'iraparfaitement une si grande autorité^, et qu’il applique à une fraction sociale une loi universelle et absolue, faite pour régir l’ensemble des mondes, line telle loi étant infinie et éternelle j n'est applicable au gouvernement ni pour le temps, ni pour le lieu. La religion chrétienne, d'ailleurs, ne peut être gouvernement ; elle n’en a pas les conditions organiques; elle ne possède pas la force, par exemple, qui lui est indispensable, et elle ne peut se l’approprier sans détruire son principe j essentiellement négatif de la force. Que si elle le fait, tout est corrompu ; le mouvement social s’arrête ; vous êtes en plein moyen âge, en pleines Indes. Dieu disparaît pour faire place au prêtre, à l'idole, au fétiche; le matérialisme et la superstition débordent ; l’homme et la société n’en méritent plus les noms.
Laisses donc la religion former dans sa pureté et dans son indépendante l'atmosphère seulement des institutions civiles. Placée à distanée, comme celle du jour, sa lumière éclaire le gouvernement sans menacer
DU PAPK.
son existence. Elle agira sur lui, comme elle agit sur l’homme et<sur la société, par voie d’intuition et de correctif, et sera, bien qu'insensiblement, la meilleure des oppositions, le contre-poids le plus régulier, car la morale chrétienne qu’elle enseigne est un principe à la fois conservateur et libre.
La théocratie était donc un système radicalement faux. Elle soumettait à des dogmes immuables et absolus des sociétés appelées par la Providence à se mouvoir librement, et supprimait le travail expérimental de ces sociétés sur elles-mêmes ; travail qui pouvait seul leur découvrir les lois de leur existence terrestre et les moyens d’y pourvoir. Et non-seulement la théocratie du Pape était une fausse conception dans son application soit directe, soit indirecte au gouvernement, mais elle était encore une usurpation flagrante de l’autorité divine ou théocratie vraie, qui règne sur les consciences, nullâ mturâ interpositâ , comme dit saint Augustin, et qui du berceau jusqu’à la tombe, verse incessamment dans l’homme (cette racine du grand arbre-humanité) la sève qui le fait grandir et porter des fruits. Elle était en même temps une usurpation de la souveraineté des peuples, à qui Dieu a dévolu le libre arbitre, comme à l’homme lui-méme, et les facultés nécessaires pour se gouverner. Enfin, la théocratie de l’Église était une déviation funeste de la fondation chrétienne, car Jésus-Christ avait établi .son sacerdoce pour cultiver sans cesse et servir perpétuellement aux hommes les vérités déposées dans l’Évangile, et non point pour dominer dans le monde comme les chefs de nations.
Revenons à l’élévation de Grégoire II à la tête de la
CHAMTBF, VIII.
nouvelle république romaine. On a beaucoup discuté de part et d’autre îi savoir s’il avait poussé le peuple à la révolte et commis lui-même le crime de rébellion contre l’empereur. Les historiens grecs et latins en ont parlé avec une divergence d’opinion qui caractérise l’ardente rivalité qu’il y avait alors entre l’Orient et l’Occident. Quant à nous, nous n’avons aucun intérêt à rechercher les détails de ce point ; il nous suffit que nous trouvions le Pontife investi du gouvernement, pour asseoir le jugement que nous avons à porter sur son fait. Dès les premiers temps, dit-on, Grégoire, pour éviter, s’il était possible, d’étre reconnu pour le chef de la révolte, e.vhortait publiquement le peuple à garder fidélité à l'empereur, tandis qu’en secret il prenait toutes les mesures pour ne lui eu laisser que le nom. Mais une fois compromis au point de ne pouvoir plus dissimuler sa connivence dans les événements, il ne garda plus de mesure. L’empereur Léon lui ayant écrit avec menace de le faire enlever et exiler, il lui fit réponse que • la puissance des empereurs avait des bornes ; qu’il était un ignorant, un stupide, un insensé'! • Quelques auteurs ont même avoué que Grégoire avait pris sur lui d’excommunier l’empereur et de délier les dons de la fidélité. Mais la fidélité des nobles d’Italie, à cette époque, n’était pas telle qu’ils eussent besoin de semblables précautions pour s’émanciper. L’exemple des Romains, d’ailleurs, était bien fait poulies entraîner et ils ne s’en firent pas faute ; car dès ce temps-là les empereurs perdirent à peu près toute leur autorité sur l’Italie et sur l’Occident.
‘ L'ahbé Verlol , Entai *ur la grandeur de la cour romaine.
La critique s'est exercée aussi à savoir si les torts qui avaient amené la rupture de Rome appartenaient au peuple ou à l'empereur? Il ne serait pas difficile de faire remonter au delà de la circonstance la cause d'un pareil événement. Le premier tort était assurément dans l'habitude qui s'était introduite, dès le règne de Constantin, de mêler le gouvernement aux choses de la religion, et réciproquement les choses de la religion à l’empire. Si l'Église n’avait pas habitué les empereurs à intervenir pour l’exécution des prescriptions canoniques et à les confondre avec les lois de l’État, ils ne se seraient pas crus obligés, en dernier lieu, de prendre intérêt à la question des iipages, heurtant sur ce point la croyance des peuples de l'Occident, déjà disposés à secouer une autorité qui n’avait pu les protéger contre les invasions des Bai'barcs, qui laissait dépérir toutes leurs administrations et leur devenait de jour en jour plus étrangère. Mais les empereurs eurent le tort de se mêler avec obstination d’une chose qui ne les regardait pas, et de blesser la conscience des gens qui avaient foi au culte des images. Ce tort, joint à celui d’abandonner le soin des provinces occidentales à des gouverneurs qui semblaient n’y être envoyés que > pour lever des impôts, justifiait la déclaration d’indépendance du peuple romain, et celle des seigneurs qui, avec leurs vassaux, imitèrent son exemple en Italie. On ne pouvait pas non plus reprocher au peuple romain de s'être donné un gouvernement de son choix ; ce fut là, dès la plus haute antiquité, le droit reconnu de tout peuple libre. Même le peuple pouvait offrir, comme il le fit, le gouvernement à l’évêque de sa ville; la moralité politique ne souffrait