CHAPITRE VIII
pas de cet hommage ingénu. Ce qui souffrait de l'acceptation de Grégoire U, c’était la religion chrétienne. Le Pontife avait désobéi à l’Évangile, abusé de la foi des fidèles et jeté l'Église dans une voie funeste. 11 y avait dans son fait bien autre chose que le crime de félonie et d’hypocrisie, dont le reproche a été prodigué à sa mémoire : c'était la prévarication ! La résistance de Grégoire h la destruction des images ne l’autorisait pas à franchir le sol du sanctuaire, pour s'élancer sur le terrain politique et h défendre, comme il le fit, par réciprocité, le payement des impôts, fia complicité dans la révolution (et c’est le moins que l’on puisse dire) ne se justifiait plus du moment où on le voyait ep recueillir personnellement le fruit, à la tête du nouveau gouvernement. S'il eût été aussi sincère qu'il fut babile dans sa conduite, Grégoire fût resté neutre au milieu de la transformation qpi s'opérait. Si ses conseils et sa haute influence pouvaient être utiles aux peuples après la déclaration d’indépendance, ne pouvait-il les donner avec désintéressement, se tenant au-dessus de la tourmente politique, sans y confondre la personne du prêtre et son ministère sacré ? En résistant à la tentation du gouvernement qui lui était offert par le peuple romain, dans son entrainement et son aS'ection pour son évêque, Grégoire U eut élevé encore le prestige et la dignité du sacerdoce, et eût honoré cette parole qu’il écrivait précédemment û l’empereur Léon ; « Hestons chacun à la place où Dieu mm a mis. » Aujourd’hui on est forcé de révoquer en doute la sincérité de cette parole, et de croire que la Papauté ne réclamait la distinction des pouvoirs qu' autant qu'elle ne pourrait pas parvenir à les cumuler pour son propre compte.
ÜL' PAPK.
On nous dira que les intentions du Pontife étaieiil bonnes, et qu'il pensait, par la possession du gouvernement temporel, ajouter h l’importance de l’Église, et protéger la religion des atteintes de toute nature qui pouvaient la menacer à cette époque. Rien de plus faux que ce prétexte ! La religion avait vu les invasions successives des Barbares tout renverser autour d’elle, et était restée debout ; même elle avait grandi au milieu de la destruction générale. Loin d’avoir besoin d’un appui de cette nature, elle était en position d’éti’e l’appui de tous les partis, comme elle venait de l’être durant les trois siècles de l’invasion où l’on avait vu les Attila, les Genséric et autres Sicambres baisser la tête devant des évêques, et recevoir, avec une humilité profonde, les conseils, presque les ordres de tout homme du clergé. Non, certes, le pouvoir temporel n’ajoutait rien à l’importance de la religion. Ce pouvoir, au contraire, en se mêlant directement aux affaires politiques, allait compromettre sa dignité, lui créer des rivalités princières , troubler son existence , abaisser son objet. Où sera désormais cet intermédiaire officieux et désintéressé qui apparaissait constamment entre les belligérants? Où sera le pacificateur des guerres et des querelles, dont saint Grégoire et nombre d’autres évêques avaient fourni l’éclatant exemple? Il n’y aura plus désormais de difl’érend dans lequel le Pontife n’ait un intérêt direct ; et de protecteurs qu’ils étaient, les Papes, à dater de Grégoire II, seront obligés constamment de se faire protéger.
Ce Pontife allait en faire l’expérience tout le premier, L’empereur Léon le menaçait de sa colère et avait même tenté de le faire périr. Pour prévenir des