CHAPITRE VIII
éventualités redoutaliles , tant pour sa perscnine que pour la république, dont il était le chef, il eut l'idée de créer un rival à l’emperour, et s'adressa à cet elfet à Charles Martel , qui gouvernait la France comme maire du palais et venait de se rendre célèbre par sa victoire sur les Sarrasins. Dans une lettre qu’il lui écrivit, pour l’engager à entrer en Italie, il lui offrait le titre honorifique de patrice des Romains , titre qui était considéré comme équivalant au droit de protectorat. Le Pontife ajoutait : <> qu'à la vérité saint » Pierre était assez, fort pour se défendre lui-même « contre ses ennemis, mais que le grand saint était « bien aise d’éprouver l'afiiîction et le zèle de ses « sujets. i> 11 terminait en conjurant le puissant maire du palais de ne pas fermer l orcille à son invitation de peur que saint Pierre ne lui fermât un jour la porte du ciel'! Le Pape joignait à cette lettre l’envoi de plusieurs reliiiues. Charles Martel ne fut pas dupe, sans doute, de ce bizarre langage; cependant il reçut les reliques avec des témoignages de reconnaissance et lit quelques promesses en échange. Mais le Pape vint à mourir, et Charles lui-même descendait dans la tombe quand il reçut de nouvelles instances du nouveau Pape et du sénat romain. Ce nouveau Pape, ()ui était Grégoire 111, mourut sans que les négociations eussent abouti. La lettre de Grégoire 111 était accompagnée de magnifiques présents pour Charles Martel et portée par des ambassadeurs spécialement chargés de lui offrir, au nom du Pape, des seigneurs et du peu pie romain, cette dignité de patrice dont Grégoire 11
* VtTlol, Grandeur de la cour romaine.
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lui avait déjà eiivüvé un avant goùl, à (•undilion qu'il leur assurât sa protection. Le Pape disait au maire du palais : « qu’en conséquence d'un décret rendu par les seigneurs de Rome, le peuple romain renonçant à la domination de l’empereur , suppliait Charles de prendre sa défense, et avait recours à sa puissance invincible'!»
Pépin, fils de Charles Martel, ([ui lui succédait dans radministration, ayant en vue de s'empaier de la cou-ÿ, ronne des rois mérovingiens, ne perdit pas de vue les avances que Rome faisait à son père. J1 pensa que le Pape, comme chef de l'Eglise d'Occident, pourrait délier les sujets du roi de leur fidélité, seul obstacle à son dessein. Il envoya, en conséquence, au Pape Zacharie un évêque et un chapelain chargés de faire ressortii' à ses yeu.\ la gravité de la position où se trouvaient à Ja fois le Pape et la nouvelle république, par suite des événements qui avaient eu lieu ; les conséquences que pouvait avoir pour l'Église elle-même le ressentiment des empereurs de Constantinople. Les envoyés en concluaient que Rome avait besoin d'un puissant soutien. Ils ajoutaient que Pépin était brave et seul capable de porter dignement le sceptre qui chancelait dans les mains du roi son maître, et qu’en obligeant Pépin, le Pape s'assurait un allié (]ui le soutiendrait non-seidement contre rempereur grec, mais an besoin contre' tout autre ennemi. Zacharie goûta la proposition qui lui était faite d'un mutuel appui. 11 renvoya en conséquence les ambassadeurs de Pépin avec une lettre décrétale, portant « que celui-là avait le droit d'être rjd qili
’ Ànniil ilfleitKi’n, aii “il ; Heciieil de ttucliciaic. (Wt.
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en avait l'autorité; (ju il déliiiit les Fi'an(;ais du lion do Hdélité envers le roi Cliilpéric, qu’il déposait ce roi comme incapable de régner et ordonnait que Pépin, maire du palais, fût mis sur 1e trône à sa place. » Le Pape écrivit en même temps aux évéques de France et aux principaux seigneurs, et leur envoya d'avance l'absolution avec la promesse de la protection de saint Pierre'. Tout fut fait conformément ii la décision du Pape. Pépin fut proclamé par un certain nombre de nobles ses amis , et couronné par rarcbevéqiie de Mayence, tandis que le pauvre Ghilpéric était enfermé dans un couvent.
Pépin dès lors ne cessa d'exalter, dans ses discours, la puissance spirituelle du Pape pour donner de l’importance à la sienne ; tandis que de son côté, le Pape vantail à plaisir la puissance militaire de ce fils atné de l’Église, pour montrer qu'il avait en lui un puissant .soutien. 11 fulmina même, assure t-on, une excommuidcation contre quiconque voudrait, dans l’avenir, entreprendre d’imlever la couronne à la famille de Pépin. Le Pape n'avait pas songé sans doute qu’il pourrait se trouver un jour des ministres plus capables de tenir le pouvoir que leur maître et , pour ce motif, autoHsés à le supplanter! Et, de fait, par la suite Hugues Gapet et Conrad ne portèrent pas à son excommunication un bien grand respect.
Pépin était ignorant, mais aussi rusé qu'ambitieux, l'n de ses premiers titres à la couronne usurpée consistait dans une force de corps prodigieuse, bien qu'il fut bossu. On l'avait vu renverser d’un coup de poing
' Atilié Veriot.
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un taureau furieux, en disant aux courtisans qui formaient son parti:» Me croyez-vous capable, maintenant, de vous commander?... » C'était là le genre d'aptitude pour le règne que le Pape Zacharie venait d’ériger en principe et de consacrer.
Du reste, Zacharie imitant l'hypocrisie de Grégoire U, tandis qu’il nouait de pareilles intrigues, s’effaçait dans sa coopération, et s’efforçait de faire croire à l’empereur de Constantinople ([u’il n'avait d’autre but que de se metti c à l'ahri des dévastations des Lombards. Ces Lombards étaient, il est vrai, les envahisseurs les plus redoutables à cette époque, et les plus attentifs à s’emparer des dépouilles de l’Empire expirant. Zacharie cependant, au rapport d’Anastase, obtint d’eux la restitution de territoires considérables de l’exarchat dont ils s'étaient emparés, et que les Romains considéraient comme leur appartenant. Mais dans la demande que le Pape leur adressait, il ne faisait pas mention de l empereur ; c’est au nom et comme chef de la république romaine (ju’il réclamait. liC roi des Lombards lui-mème, cedant aux instances du Pape, accorda ces restitutions, non à l’empereur, mais au Saint-Siège et à la république romahie ; ce qui suppose clairement que la république romaine était
déjà icconnne par le roi des I.ombards, et le Pape
traité comme chef de son gouvernement'.
Pépin avait fait quelques démarches auprès des rois lombards pour qu'ils ménageassent le Pape et les Romains; mais il n'avait point encore jugé à propos de passer en Italie pour leurs (pierelles. Ceiiendant le Pape
' Xnnsln>c. f’ilii /.arhnrue.
CtlAPITKK VIII.
tlienne II étant monté sur le siège de Home el a|)|»elé en même temps au gouvernement, eut à se plaindre encore des Lombards , qui étaient revenus dans les villes de l'exarehat de Havenne, après avoir reconnu précédemment que ces villes faisaient parlie de la prise de possession romaine. Etienne, à l’exemple de ses trois prédécesseurs, ne vit rien de mieux à faire que d appeler l'étranger eti Italie, et, comme les négociaiioiis par lettres et ambassadeurs n avaient eu que des résultats incomplets, il ré.solut de se rendre de sa personne à la cour de France. Le rusé Pépin, qui l’avait engagé à faire celte démarche, raccueillit avec les plus grandes marques d’honneur et de respect. Jugeant l’occasion favorable pour donner à son usurpation la sanction suprême du chef de l'Eglise occidentale, il demanda au Pape de le sacrer publiquement. Le Pape ne demandait qu à cimenter l’alliance qu'avaient si magnitîquemoiil entreprise ses prédécesseurs; il acheva l’œuvre de Zacharie en sacrant h profusion, non-seulement Pépin, mais encore sa femme et ses deux lils, Charles et Carloman. Il donna en outre à Pépin, ainsi qu'à ses deux lils, le litre de patrice des Homains, qu ils portèrent jusqu’à ce que Charlemagne le changeât en celui d’empereur.
Pépin, après avoir été l objet de tant de générosité, ne pouvait plus rien refn>er an Pape. Dans une assemblée des seigneurs du rovaume, tenue à Quercy-surüise, il s’engagea à lui donner pleine satisfaction, et notamment à lui faire rendre, par les Lombards, l’exarchat de Havenne avec les autres villes el territoires envahis par eux. C’est probablement celte promesse solennelle (jue l’on a prise pour une donation, dont 1 acte
aurait été signé par l’epin et par les memlnes de rassemblée. Car il est peu probable (pie le roi et les seigneurs eussent ronsenti ii signer la donation expresse d'un territoire sur lequel ils n'avaient aucun droit, et qui était incontestablement une dépendance romaine.
En conséquence des promesses faites à Etienne II, et sur le refus du roi des Lombards, Astolphe, de restituer les villes et territoires enlevés par lui ou ses prédécesseurs à l'Eglise et à la république romaine', Lopin entra en Italie, en 754, avec une nombreuse armée, tailla en pièces celle des Lombards et poursuivit Astolphe jusque dans Pavie, où il le tint durant plusieurs jours assiégé. Enfin, le prince lombard, se voyant vaincu, offre d’entrer en accommodement et promet avec serment de rendre', sans délai à l'Eglise et à la république romaine la ville de Ravenne et autres (ju'il avait prises.
Mais, à peine le roi de France eut-il quitté l'Italie, ([ue le roi des Lombards, au lieu d’exécuter sa pro messe, recommença ses hostilités contre les Romains, leur enleva plusieurs places, et ravagea de tous c<jtés le.s environs de Rome, sans même épargner les églises. Dans cette nouvelle extrémité, le Pape eut de nouveau recours h Pépin, et c est à cette occasion qu’il lui (écrivit cette singulière et curieuse lettre dans laquelle il faisait parler, en nom propre, saint Pierre : < Moi,.
* Anastase le biblidihécaire emploie toujours celle douliie expre.'^sion : l'Église ou le Saint - Siège et la Hèpnblique romaine, eomiiie indl'piant deux rlioses Hisliticles. Nous pensons que cette tli.'^linction provenait de ce que l'Kglise avait des intérêts particuliers, consistant dans les doinaiiies qu’elle pos.-édait à litre de p.itrinioine des pauvres ou de saint l’ierre ilans les Ki.ils di' l.i république.