‹ Du PapeChapitre 75 sur 192 · CHAPITRE VIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIH

el le fait d'une protection marquée, dés cette époque, de la Franco, et de la reconnaissance par elle du gouvernement de Rome tel qu’il s’était organisé. N’avousnous pas vu plus haut, d’ailleurs, et au rapport même de l'historien .\nastase, que les territoires en question avaient été constamment réclamés soit au roi des Francs, soit au roi des Lombards, comme étant des [irovi lices usurpées par ces derniers sur la république romaine? C'est aussi à ce titre ([u'elles furent rendues, et il n'est pas possible, de bonne foi, de le voir autrement. Des auteurs peu prudents ont cru servir la cause du Saint-Siège en insistant pour que la donation de Pépin fût une vérité, et en disant qu'elle avait été faite particuliérement au Saint-Siège. Pour que cette version fût adoptée, il faudrait supposer que Pepiii avait commencé par se rendre complice des Lombards dans la spoliation portant sur la république romaine, et que le Pape lui-même était de connivence dans une semblable intrigue. La supposition est mal fondée, car les Papes y mirent quehjue prudence, et nous les verrons longtemps encore marcher en bon accord avec le peuple romain sans aucune usurpation intérieure , et parfaitement unis dans une constitution ayant pour base le peuple avec son sénat, et le Pontife publiquement élu chef à la fois de l'Église et de l'État. .\u reste, eu parlant de la remise que lit Pepiii au Pape du terriloinï récupéré par lui sur les Lombards, tous les auteurs se servent des expressions: Erepla llomanis restituil.

Les circonstances que nous venons de rapporter suggèrent naturellement une réflexion sur l’état d’inertie dans lequel nous voyons les Romains en présence des Lombards, el lors<[ue par deux fois ces derniers bnir

enlèvent les villes et dépendances de lu province de Ravenne. C’est à peine, en effet, s'ils leur résistent, dans la dernière excursion d'Astolplie, enfermés dans les murs de Rome en attendani l’armée libératrice de Pépin .

Les historiens ne nous font pas connaître <[u'ils aient /r livré des combats. Qu êtait donc devenu ce peuple dont i/ les aïeux, après s’être établis en petit nombre au bord du Tibre, avaient successivement conquis toute fltalie et ensuite toutes les nations du monde? Quoi! le peuple. 4 romain avait eu l’audace de braver les empereurs de Constantinople par la déclaration d'indépendance,, et' une fois dans cette position, maître de lui-méme, SOT audace était tombée au-dessous de la plus léi'itime:^ sislance ! Il est vrai qu'à cette époque Rome aviit énormément souffert de diverses invasions des Barbares. Mais il est certain aussi qu'il y avait encore dans cette capitale, dans l’exarchat, ainsi qu'au cwati’e de l'Italie et le long de la Méditerrannée, jusqu’à la Ligurie, d<‘s provinces qui se considéraient comme dépendantes de la nouvelle république, et <]ui avaiwit besoin de faire corps avec elle pour ne pas rester 'exposées aux excursions de divers aventuriers. Ces jirovinces étaient depuis longtemps sous la dépendance particulière des Romains. Elles leur avaient été 'tédées en propre, après la complète, par les rois goths .\thalaric et Théodat. De plus, l'mnpereur .lustillien avait donné son adhésion à cette cession, par une constitution ou pragmatique'. En sorte (|u'on peut raisonnablement dire que les Romains, lorsqu’ils se l’Ufetit constitués en Elut indépendant, po.ssédaient (Ollfe fltalie,

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moins le royaume de Naples, resté alors encore sous la dépendance directe des empereurs grecs, et le royaume des Lombards. D’oii venait donc l incroyable atonie de ce peuple romain au milieu des dangers auxquels il se voyait incessamment exposé? Comment se faisait-il que les chefs de ce nouvel Etat se considérassent incontinent comme obligés de recourir à l’appui de la protection étrangère? l’n tel fait est assiirénient unique dans ridslüire des peuples d Europe, et a besoin d’explication.

' L explication est, en premier lieu, dans l’association toméiliate au gouvernement de deux principes essentièllement antagonistes; de deux types inverses, faits pour se féconder à une distance parallèle, mais qui se neutralisent mutuellement par lu confusion: le pouvoir jkToprement dit et la religion. C'est déjà cette association du spirituel et du temporel (jui avait énervé l’empire bysanlin et l’avait livré sans résistance aux liarbares, en même temps ([u’il portait par son mélange la corrajrtion an christianisme. On a cherché lu cause de la de cet immen.se empire partout, excepté on

elle véritablement. Après la faute que lit Constantin d'en déphuM'r le siège, cette chute n’a plus d'autre cause féodamen laie que la confusion qui eut lien sous son règne.et celui de ses successeurs, du spirituel et du teidgorel ; deux éléments faits pour s équilibrer, à la distaace .des plateaux de la balance. C’est à la condition dfl équilibre, plus ou moins parfait, que ces deux élénaeBits se communi(pienl la vie et le mouvement, paf^'ü'Çe émulation salutaire. Ils se fécondent comme touté^ '1'*' <^^1 dans la création, par 1 attraction allernalive^t^da répulsion de deux types opposés. ]jP.

jjouvpriipmpiit ost une foire el le christ ianisme est un principe négatif de la force. Elément d’opposition bien plus que de lègue, le principi' chrétien, tenu à distance, modère, corrige le gouvernement et le préserve de 80 détruire lui-méme par excès. En contact immédiat avec lui, au contraire, il l’énerve, le brise, l'anéantit pour s'affranchir de la forme. Qu’on nous montre un seul gouvernement théocratique qui ait progressé et prospéré ? En Europe aussi bien qu'en Asie, dans les temps modernes comme dans l'antiquité, ce genre de gouvernement s'est constamment montré incapable de diriger à leur fin terrestre les sociétés; il les a vues languir dans son sein durant de longs siècles, comme frappées de fatalité.

Telle était, disons-nous, la cause fondamentale de rincapacité d’action et de résistance dans laquelle se montre à nous le peuple romain, après un effort fait pour la déclaration de son indépendance. Cette incapacité était radicale, et dans toute son histoire, sous la domiiiution des l’apes, nous n'aurons pas du peuple romain un seul fuit glorieux de courage militaire, bien qu il ait souvent secoué convulsivement le joug du pontificat. Durant quatre siècles les Italiens de Florence, <le Venise, de Milan, de Bologne, de Cènes, de toutes les principales cités s'illustrèrent par les armes comme par les sciences et le commerce ; les Romains seuls restèrent dans une complète inaction.

Mais il y avait une autre raison, qui faisait ([uc dès leur début au ])Ouvoir temporel, les Papes avaient tourné leurs regards el placé leurs espérances à l’étranger. !>eur dessi'in était, dès le principe, d étouffer l'esprit politique che/ les Homains, au profit de l'autorité du

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Saint-Siéj'p ; ils vouluienl, sur cetlf forme de {joiiveriieuieiil qui leur donnait l’appui d’un peuple, établir la iiioimrchie théocraliiiue ; puis conquérir à cette monarchie d’abord ritalie, et ensuite le monde entier, à l’imitutiou des Césars. Mais, comme la théocratie se trouvait frappée de l’impuissance radicale que nous avons démontrée, il arrivait que la Papauté n’avait que des vélléités stériles. Elle ne pouvait réaliser par elle-même la domination de l ltalie; et ne pouvant la l'aiiger sous le domaine du Saint-Siège, elle ne voulait pas qu’elle pût se former en nation sous un autre sceptre que celui de la Papauté. Elle pressentait qu’une nation italienne serait la puissance même, dans la contrée où elle projetait depaiis longtemps de fonder son empire, et que Rome, naturellement, en deviendrait la capitale. C’est dans l’espérance et dans l’impossibilité tout à la fois de réaliser leur chimère, que les Papes employèi’cnt leur influence religieuse à faire combattre les liOmbards par les Francs, dès le principe, comme plus tard, et après l’extermination des Lombards, ils firent battre les Français par les Allemands, et ces derniers par les Espagnols , et alternativement toutes les nations les unes contre les autres; lutte incessante qui fit de l’Italie, durant tout le moyen âge, le champ de bataille de l’Europe. Ce fut là, disons'nous, la politique du Vatican depuis l’introduction du pontificat dans le domaine temporel, pi cette politique, Machiavel l’a bien remarqué, fut La cause matérielle pour laquelle l’Italie ne put venir à bout de se constituer en nation et resta constamment sous le joug de l’étranger.

Sans les Papes , disons mieux : si les évéques de Rome fussent restés à distance de la politique, occupés

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(le leur ministère spirituel, au milieu des querelles, du reste peu nombreuses, du vin' siècle, les Romains auraient certainement trouvé dans la nécessité de leur position une énergie qui leur manqua , paralysée qu’elle était par la domination ecclésiastique. Et alors, ou les Romains auraient vaincu les Lombards et constitué l'unilé italienne, ou bien cette unité eût été constituée par les Lombards vainqueurs des Romains, qui avaient déjà fondé une nionarcbie de quelque importance au pied des .\lp(“S, depuis deux siècles. L'unité italienne se serait donc faite infailliblement, aussitôt après la cbulc de l’empire, comme se faisaient celles de la Erance, de r.\llemagne, de l'Espagne et des autres nations. Le mallieur de l ltalie, dès le vin' siècle, fut dans le Pape, et le Pape lui est resté.

Tandis que les Pontifes romains redoublaient d'intrigues pour s'établir fermement en pouvoir temporel, ils ne négligeaient jias les moyens de dominer arbitrairement l Eglise. Les évéïpies de ce temps-là, en Occident, ne se jdiaient pas volontiers à la suprématie du siégt! de Rome, et beaucoup d’entre eux entendaient gouverner leurs Eglises avec l'indépendance apostolique dont b‘s conciles les avaient investis. Mais les Papes, qui nourrissaient le dessein de tout dominer dans l’Eglis<% et de lui imposer leur chimérique universalité, aussi bien qu aux Etats, trouvèrent dans les moines d'alors des auxiliaires contre l’épiscopat et s’en servirent sans égard pour l’ordre établi. Les moines de\enns immensément riches, malgré leurs vœux de pauvreté, aspiraient à devenir une puissance et à secouer la dépendance des évêques. Les Papes s’empressèrent de favoriser cette disposition, pour se les rendre

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