CHAPITRE IX
de prévenances. Il lui écrivit une lettre fort louangeuse sur ses victoires; et en même temps il invitait Charlemagne « à imiter la libéralité du Grand Constantin (jiii, ■ en se retirant à Constantinople, avait abandonné aux « Pontifes de Rome, dans la personne du Pape Sil- « vestre, l'entière et perpétuelle souveraineté de r>ome, « de l’Italie et des provinces d' Occident !... • C'était la première fois que l'on entendait parler d'un fait aussi extraordinaire et d'une prétention de cette nature.
Le moment est venu de parler de la fourberie la plus audacieuse et la plus grossière qu'ait jamais enregistrée l'histoire. Depuis le pontificat d’Etienne II, qui faisait écrire des lettres par saint Pierre, comme nous l’avons vu, le palais de Latran était devenu un arsenal où l’on fabriquait à toute occasion de faux actes jiour les intérêts du Saint-Siège. C’est là que des scribes imaginèrent les fausses décrétales qui avaient pour objet de faire croire qu’aux temps primitifs du christianisme, à partir de saint Pierre, les Papes avaient été de grands seigneurs. Ces fausses décrétales antidatées de plusieurs siècles, avec les prétendues donations de Constantin, de Pépin et de Charlemagne, ont été considérées comme les bases du pouvoir temporel du Saint- Siège, et invoquées par les Papes jusqu’au xv' siècle. La donation de Constantin était de toutes les pièces la plus importante et la plus curieuse. La légende disait que le Pape Silve.stre avait guéri de la lèpre et purifié par les eaux du baptême, le premier des empereurs chrétiens, dans un voyage qu’il fit à Rome quelque temps après la translation du siège de l’empire en Orient, et que c’était en échange d’un tel service qu’avait eu lieu la concession. Voici un extrait textuel de cette curieuse pièce:
« Au nom de lu sainte et indivisible Trinité, etc., moi, César-Flavius Constantin, empereur fidèle, tranquille, bienfaisant, allemand, gothique, sarmatique, germanique, britannique, bunnique, pieux, heureux, vainqueur, triomphateur, toujours auguste, au trèssaint et bienheureux père des pères Silvestrc, évêque et Pape de la grande ville de Rome, et à tous ses successeurs souverains Pontifes qui , jusqu’à la fin du monde, siégeront sur la chaire du bienheureux Pierre, et à tous les vénérables, pieux et catholiques évêques qui, eu vertu de notre présente constitution impériale', sont soumis à la susdite sacrée et sainte Église romaine.
« 11 est clairement prouvé que tous les dieux des nations que j’honorai jadis sont des démons, ouvrages de la main des hommes. L'excellent père Silvestre nous a exposé clairement quelle grande autorité , dans le ciel et sur la terre, a été donnée par notre Sauveur au bienheureux Pierre, quand il lui dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Parole étonnantel Oracle admirable l!... Après avoir appris les choses de Sylvestre, et me sentant guéri de ma lèpre personnelle par le bienfait du bienheureux Pierre , nous avons , de l'avis de tous nos satrapes , jugé convenable que le bienheureux Pierre, apant été établi en terre, vicaire du Fils de Dieu, de même aussi ceux qui, dans notre empire , tie/'droiit la place du prince des Apôtres , jouissent d'une puissance plus grande que celle dont Notre Sérénité se montre partout investie. Nous choisissons
' Celle clause porte à croire que les rédacteurs de la pièce ne pi'éleiiduieut pas établir la [U'iinaulé du siège ponlincal aulieinent que sur un décret de reiiipereiir Constnuiin.
CIIAPITHK 1\. ^61
1« prince des Apjlres et ses successeurs j)üur nos propres patrons auprès de Dieu ; et, comme notre autorité impériale est réservée sur la terre, ainsi doit être ivspectueusement honorée la sacréi' et sainte Église de Rome. Nous devons même glorifier et exalter la trèssainte chaire du bienheureux Pierre au-dessus de notre trône impérial et terrestre, rendre ii cette chaire autorité, gloire, dignité, force, puissance et honneurs impériaux-
« En outre, nous statuons et décrétons que l’Église romaine dominera sur les quatre trônes patriarcaux d’Antioche, d’Alexandrie, de Constantinople et de Jérusalem, aussi bien que sur toutes les autres Églises de Dieu ; que celui qui , à chaque époque , sera le pontife de ladite Église de Rome, sera le supérieur, le prince de tous les évêques; que tous les soins qu’on doit prendre pour maintenir le culte divin ou pour confirmer et fortifier la foi, seront dirigés par ses jugements et par ses sentences suprêmes. Car il est juste d’établir une si sainte prééminence dans le lieu oü notre Sauveur, l’auteur des lois saintes, a voulu que le bienheureux Pierre occup&t la chaire de l'Église apostolique, et oü Pierre, soutirant le supplice de la croix, a bu le calice de la mort bienheureuse, à l’imitation de celui dont il était le disciple et le serviteur, il faut qu’à jamais, que jusqu’à la fin des siècles on cherche un mattn dans l'endroit oà le corps de notre maître saint repose ; que les nations viennent confesser le nom du Christ et baisser leur tètes au lieu même oü leur docteur, le bienheureux Apôtre Paul, a présenté la sienne et obtenu, en rendant hommage à Jésus-Christ, la couronne du rnarlyre.
DU PAPK.
« A ces causes, nous voulons que tous les peuples de l’univers sachent comment dans notre palais de Latran, nous avons fondé, élevé un temple avec un baptistère en l’honneur de notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ. Sachez particulièrement que , chargeant nos propres épaules, nous avons nous-même extrait de ce lieu douze bottées de terre, douze, c’est-à-dire autant qu'il y a d’Apôtres. Nous avons aussi bâti des églises aux bienheureux Pierre et Paul, princes des Apôtres, églises que nous avons fait décorer en argent et en or, et embellir magnifiquement Pour l’enlretieti des luminaires, nous avons attribué auxdites églises des possessions et des terres : notre décret impérial et divin a signalé notre respect pour l’Église par des libéralités et des immunités en Orient et en Occident, au nord et au midi; savoir, en Judée, en Asie, Thrace, Grèce, Afrique, Italie et îUs diverses ; en sorte que tout soit à la disposition de notre bienheureux père le Souverain-Pontife Silvestrc et ses successeurs. Que tout le peuple se réjouisse donc avec nous ! Nous exhortons toutes les nations dont ce globe terrestre est peuplé, à rendre avec nous à Dieu, à notre Sauveur Jésus-Christ, d'interminables actions de grâces, de ce que Dieu lui-méme, qui habite en haut le ciel, en bas la terre, nous a visité par ses saints Apôtres, et nous a rendu digne de recevoir le saint sacrement de baptême et la santé du corps. Pour lesquels bienfaits nous avons donné et, par ces présentes, DONNONS aux saints Apôtres Pierre et Paul, et par eux au bienheureux Silvestre, notre père, Souverain-Pontife, Pape universel de la ville de Rome, et à tous ses suecesseurs Souverains-Pontifes qui, jusqu'à la fin du monde, siégeront dans la chaire du bien-