‹ Du PapeChapitre 79 sur 192 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

heureux Pierre : primo, notre palai* de Lalran, qui, de tous les palais de la terre, est le plus honoré et le plus excellent; en second lieu, notre diadème, c’est-à-dire la couronne de notre tête; pareillement l’ornement phrygien qui la couvre, c’est-à-dire notre mitre ; de plus, l’ornement qui couvre nos épaules et environne notre col impérial ; itèm, notre ehlamyde de pourpre et notre veste d'éçarlate ; en un mot, tous nos habillements impèriaus. A quoi nous ajoutons sceptre, escorte, courriers et cavaliers, tous les ornements et tous les honneurs de l'empire; de telle sorte que dans les processions le Saint-Père marphe environné de la gloire et de la puisr sauce d’un empereur.

« En même temps nous décrétons que les révércndissimes clercs de différents ordres, qui desservent la sacrée et sainte Église des Romains, soient élevés à tin degré de puissance, d’excellence et de gloire qui les tieime au niveau de notre très honoré sénat, c'est-à-dire des patriciens et des consuls. Nous voulons, de plus, que Icsdits clercs soient revêtus des autres dignités de l’empire ; que le clergé de la sainte Église romaine soit décoré comme l'armée impériale ; que l’autorité de la sainte Eglise romaine s’annonce, comme celle des empereurs, par le nombre et la diversité des officiers, chambellans, huissiers et gardes; que le Souverain-Pontife brille au loin par la pompe de sa représentation ; que les chevaux des clercs de ladite Eglise romaine soient ornés de harnais et de caparaçons blancs ; que les susdits clercs chevauchent avec magnificence, qu’ils portent aux pieds des chaussons pareils à ceux dont se sert notre sénat, en sorte que toutes choses célestes et terrestres soient parées pour la gloire de Dieu. Surtout nous déclarons

que notre père Sylvestre , évêque de noire ville de Rome, et tous ses successeurs dans les temps futurs, ont, pour la plus grande gloire de Notre-Seigneur Jésus- Christ, la liberté d’agréger par honneur au corps des vénérables clercs tout membre de notre sénat illustre, sans qu'il soit permis à aucun de ceux qui auront été ainsi appelés de refuser par orgueil l’ordre ecclésiastique. Voulons, en outre, que notre père Sylvestre, Souverain-Pontife, digne de tout hommage, et dans la suite tous les prélats ses successeurs, fassent usage du diadème et de la couronne que nous avons ôtée de notre propre tète pour la donner audit Pape, couroniie formée de l’or le plus pur, de pierres précieuses et de perles, et qu’ils la portent sur leur télé pour la gloire de Dieu, en l’honneur du bienheureux Pierre. Et parce que ledit bienheureux Pape, à cause do' la couronne cléricale qu’il a sur le chef pour l'honneur du bienheu-

reux Pierre, n’a pas voulu se servir d’une couronne d’or, nous lui avons nous-méine, de nos propres mains, imposé sur sa très-sainte léte une mitre ou coiffure phrygienne, dont la blancheur représente la résurreclion du Sauveur ; et tenant la bride de son cheval en l’honneur de saint Pierre, nous avons rempli auprès de lui l’office d’écuyer, ordonnant que tous ses successeurs se servent de la même coiffure dans les processions, à l imitation de notre empire.

« Et, afin que le chef du Souverain-Pontife ne semble jamais d’un vil prix, afin qu’il soit au contraire environné de plus de dignité, de puissance et de gloire (ju’un empire terrestre, voilà que nous lui donnons, comme il a déjà été dit, notre palais. Et en outre, livrant et cédant à notre hienheurenx ikt»' Sylvestre,

CHAPITKE IX

déjà tant de fois nommé, et à ses successeurs, la VILLE DE ROME, TOUTE L ITALIE, les PROVINCES, LIEUX ET VILLES DES RÉGIONS OCCIDENTALES', nous statuons par notre présent décret qu’elles seront administrées par l’autorité et le jugement dudit Pape et de ses successeurs, Souverains-Pontifes; qu’elles seront et demeureront soumises au droit de la sainte Église des Romains. Én conséijuence, avons jugé convenable de transférer dans les provinces orientales notre empire et sa gloire, de bâtir une ville de notre nom sur l’excellent territoire de Byzance, et d’y établir notre dit empire. Car, où le Roi céleste a placé la principauté sacerdotale et le faite de la religion chrétienne, là ne doit plus, en bonne justice, demeurer la puissance d’un gouvernement terrestre.

« Voulons que toutes les dispositions énoncées cl confirmées en notre présent écrit et en d’autres décrets divins, demeurent intactes et immobiles jusqu’à la consommation du monde. S’il se trouve, ce que nous ne présumons point, quelque arrogant qui ose mépriser notre loi, qu'il soit dévoué à des malédictions et ü des tortures éternelles ; que les saints Apôtres de Dieu, Pierre et Paul, princes des Apôtres, lui soient contraires dans la vie présente et dans la vie future, et qu'au fond de l’enfer, au milieu des supplices, il périsse avec le diable et avec tous les impies ! Pour donner à notre présent décret impérial plus d’autorité. rioiwCauen* muni de l’écriture de notre main propre, et de nos propres mains aussi,

nous l’avons déposé sur le corps vénérable du bienheureux

' K'c>l-à-dirc loiil (•(• qui L(iiii|ii>sa plus tard IVmpirr d'Octilient.

Pierre, prince des Apôtres ; là , nous avons promis à l'Apôtre de Dieu de maintenir inviolablement tous les articles ci-dessus, et de les transmettre aux empereurs nos successeurs, pour être par eux conservés au profit du bienheureux Sylvestre, notre père. Pape universel, et, après lui, de tous les Souverains-Pontifes ses successeurs ; afin que, sous le bon plaisir du Seigneur Dieu notre Sauveur Jésus-Christ, la possession des susdits droits demeure à jamais tranquille et heureuse. •

Telle était la fameuse donation de Constantin. Nous n'avons pas besoin de faire un rapprochement entre le style de cette pièce et celui de la lettre que faisait écrire à saint Pierre le Pape Etienne II. La fausseté en fut démontrée au xv* siècle seulement , par Laurent Valla, romain érudit pour son temps, qui dut se sauver de Rome, après avoir dit ce qu’il en pensait. Tout le monde sait en effet, aujourd’hui, que Constantin ne revint jamais à Rome ; qu’il ne fut baptisé qu’au lit de la mort, à Nicomédie où il finit ses jours. Saint Antonin et le cardinal de Cusa disent qu’on fourra la prétendue donation dans le décret de Gratien, et le fait n’est plus contesté aujourd’hui. Du temps d’Arioste on s on moquait si hautement que ce poêle s’est plu à la mettre au nombre des merveilles que son Astolphe rencontra dans la lune. Mais elle avait été pendant huit siècles parole d’Évangile aussi bien que les fausses décrétales et le siège de saint Pierre; et des hommes furent encore brûlés vifs à Strasbourg, en 1478, pour avoir nié son authenticité.

Charlemagne ne fut point dupe de l’effronterie du Pape Adrien. Cependant il put juger à tant d’audace que les prétentions de l’Eglise de Rome, en s’accrédi-

CHAPITUE IX.

tant facilement, lui faisaient une nécessité de compter avec son influence sur les esprits. Il ne répondit rien au sujet de la prétendue souveraineté du Pape sur la ville de Rome et sur les provinces d’üccident ; mais il ne voulut pas rester en arrière d’égards envers le Saint- Siège. Il y eut entre l'empereur et la cour de Rome, disent les auteurs, un combat obstiné à qui l’emporterait par la libéralité et la politesse. D’un côté on se répandait en prodigalités spirituelles et de l'autre en prodigalités temporelles. Charlemagne rendit au Pape les provinces envahies par les Lombards, comme avait fait précédemment Pépin, son père. 11 fit, dit-on, dresser l’acte d'une donation par lequel il assurait pour toujours à l'Église romaine l'exarchat de Ravenne, Plie de Corse, l’ile de Sardaigne, les provinces de Parme, de Mantoue , de Venise et d’Istrie , avec les duchés de Spolette et de Bénévent. C’est là le fait, tel du moins que le rapporte l'historien du Saint-Siège, .\nastasc, et nous ne faisons pas de difficulté de l'admettre de préférence à ses contradicteurs, parce que l'unique intérêt de la question consiste, pour nous, à faire observer que ce qui appartenait à l’Etat romain, dont le Pape était gouverneur, ne pouvait pas fain> l’objet d’une donation au Saint-Siège, pour son compte particulier. Au reste, tous les anciens auteurs, et Anastase lui-méme, ainsi que Paul Diacre, en employant ce terme le Saint-Siège pour désigner le gouvernement romain, se servent aussi du mot restitution, pour ce qui a rapport à la remise des appartenances romaines, faite dans les mains du Pape par Charlemagne comme par Pépin '. En sorte qu’il est impossible d'admettre qu’il y

' l)ps liisl‘11 icti!i SP sont |ilii à dire que Pppin et (iharleinagnc

2ti8

«lit dans la délivrance opérée par Charlemagne du territoire romain, autre chose qu'une restitution: Erepta Romanis restituit. Au reste, le titre de la donation de Charlemagne n’a pas plus été conservé par le Vatican que celui de la donation de Pépin ; et le Saint-Siège avait sans doute trouvé dans le contenu de ces deux pièces des motifs sérieux de ne pas les conserver ou les produire au grand jour. N'est-il pas probable, en effet, que ces souverains y avaient inclus des dispositions propres à mettre un frein à l’ambition, déjà trèsmarquée, qui entraînait les Pontifes à l’envahissement du pouvoir temporel?

Cette courtoisie de haut parage que se faisaient mutuellement le Pape et le roi, fut portée à son comble dans un second voyage que Charlemagne fit en Italie, l’an 800. Le Pape, à cette date, était Léon III. Ce qui se passa entre le roi franc et lui, à celte occasion, est digne d’attention. Charlemagne n’avait pas paru au Pape d'un caractère à être mené facilement. La nature énergique du monarque, son intelligence, le haut prestige que ses armes lui avaient acquis dans toute l'Europe, disaient assez que le Pape ne trouverait pas en lui un instrument propre à réaliser les rêves de domination du Saint-Siège soit sur l'Italie, soit sur l’Occident. La plus hardie des conceptions entra dans la tète de Léon. S'il réussissait à la faire accepter au monarque, les Papes seraient sur la voie de la monarchie universelle, sans avoir la sollicitude qui s'attache d’or-

uvaiüiit fait tour donation pro renia delictorum ; cl tiicu sait s'il > avait malièi'c. licite olifcrvalion prouviTait loulofois l'importance i|'.ra\ail la rclieion, coitinic inoliilc, dans les rléinaii lic* de ces (leux rois.

CIIAHITHK IX.

dinaire aux lèlcs couronnées. Il ne s’agissait que de grandir encore Charlemagne dont la puissance était déjà sans égale, et, en le grandissant, de lui superposer, au nom de la religion et avec l’appui de la nation romaine, l’autorité spirituelle des Papes, le droit divin en un mot.

Le Pape clamait que les Pontifes romains avaient le droit de disposer de la couronne impériale , et de la mettre sur le front du roi avec l'assentiment du peuple romain. On conçoit la portée de cette théorie et de ce projet. Le Pape, tout en régnant sur le peuple romain, se créait un droit, au nom de la religion, par ce titre d’empereur, sur celui qui le recevait. Charlemagne dans sa mâle fierté répugnait à cette intrigue digne du sérail II ne voyait pas ce que le titre d'empereur ajouterait d'importance à sa couronne, et il comprenait vaguement que, loin d’accroUre sa puissance, il lui liait les bras, pour ce qui était de la ville de Rome tout au moins, à laquelle il lui faudrait décemment renoncer pour faire honneur à son titre de protecteur du Saint-Siège et de l’Etat romain. Son bon sens aussi lui disait qu’en reconnaissant au Pape la faculté qu'il voulait s'arroger de disposer de la couronne impériale, il s’inféodait moralement à ces prêtres dont il connaissait l'ambition. Mais aussi, il ne pouvait se dissimuler qu’il y avait un puissant prestige dans le pontificat, résultant des croyances religieuses. Charlemagne était donc fort indécis au sujet de l'honneur que le Pape voulait lui décerner. Sou historien et secrétaire Eginhard assure qu’il ne se doutait pas d’une initiative décisive qu allait prendre à son égard le Pape dans les circonstances suivanUîs.

Page 1