‹ Du PapeChapitre 8 sur 192 · CHAPITRE i’REMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE i’REMIER

« un honteux désir du gain , mais par une charité ■■ désintéressée; non en dominant sur l’héritage du « Seigneur, mais en vous rendant les modèles du trou- « peau, par une vertu qui naisse du fond du cœur*. » L’Apôtre ne se borne pas à défendre à ses néophytes la domination ; il leur prescrit particulièrement l’obéissance aux pouvoirs établis : « Soyez soumis, leur dit-il, « soit au roi, comme souverain, soit aux gouverneurs, « comme à ceux qui sont envoyés de sa part, pour « punir les gens qui font le mal, et traiter favorablc- « ment ceux qui font le bien. Rendez à tous rhonneur « qui leur est dù*. » Dans une circonstance seulement, où il s’agissait de la simple expression de ses convictions chrétiennes, Pierre répondit qu’il valait mieux, en cela, obéir à Dieu qu'aux hommes. C’était admirablement proclamer la liberté de conscience, très-compatible avec la soumission aux lois des pays civilisés.

Saint Paul qui, après Jésus-Christ, fut assurément la plus haute expression de la doctrine évangélique, insiste également sur le désintéressement des richesses et l’abstention de toute domination pour le prêtre ; et voici comment cet Apôtre s'exprime sur ce double sujet, dans une lettre à son disciple et collaborateur Timothée :

« Il en est qui s’imaginent que la piété doit leur » servir h s’enrichir. C’est une grande richesse que la « piété qui se contente de ce qui suffit. Ayant de quoi « nous nourrir, nous devons être contents. Ceux qui « veulent devenir riches tombent dans la tentation et ” les pièges du diable, et dans divers désirs inutiles et

* Saint Pierre, Ép. I, ch. v, v. i, i, 3.

’ Saint Pierre, Ep. I, ch. ii, v. t3, H, 17.

« pernicieux. L’amour des richesses est la racine de « tous les maux, et quelques-uns en étant possédés, se « sont égarés de la foi, et embarrassés dans une infi- « nité d’afflictions èt de maux. Mais vous, homme de « Dieu, fuyez ces choses, et suivez en tout Injustice, la « piété, la foi, la charité, la patience, la douceur... « Quiconque est au sernee de Dieu, évite de se mêler « aux affaires du siècle*. »

« Que toute personne, continue ailleurs saint Paul, « soit soumise aux puissances supérieures ; car il n’y a « point de puissance qui ne vienne de Dieu. Celui qui « résiste aux puissances, résiste à l’ordre de Dieu... Il « est nécessaire de vous soumettre, non-seulement par

• crainte, mais aussi par un devoir de conscience. C’est

• pour cette meme raison que vous devez payer le tri- « but aux princes. Rendez donc à chacun ce qui lui est « dû : le tribut à qui vous devez le tribut ; les impôts h « qui vous devez les impôts; la crainte à qui vous de- « vez la crainte ; les honneurs à qui vous devez les ■ honneurs*.

« Quant à nous, nous avons reçu l’apostolat pour « faire obéir les nations par la seule vertu du Sei- « gneur*... Les armes de notre milice ne sont point « terrestres et charnelles; elles tirent de Dieu toute « cette puissance avec laquelle nous soumettons les es- « prits à l’obéissance de Jésus-Christ-.. Le Seigneur « m’a dit ; Ma grâce te suffit, car ma puissance éclate

* Saint Paul, Ep. 1 à Timothée, ch. vi, v. 5 et suiv. — Ép. Il, th. Il, V. 4.

* Saint Paul , Ép. aux Romains, rh. xiii.

* Saint Paul, Ép. aux Romains, ch. i, v. b. — Ch. xm,v. I et 2.

CIIAIMTKK PREMIKK.

€ davantage dans la faiblesse... Quand je suis faible,

« c’est alors que je suis fort * ! »

Toutes ces prescriptions, on le voit, sont exactement les mêmes que Jésus-Christ avait données aux Apétres concernant la possession des richesses et l’exercice du pouvoir temporel, et qui se résument dans cette indélébile parole ; Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu ; mon royaume n'est pas de ce monde !

Telle est la doctrine de Jésns-Christ et des Apôtres, destinée particuliérement h la formation du sacerdoce. Elle n’a pas besoin de commentaires; chacun peut voir avec quel soin elle s’applique h prévenir les abus que la naturelle ambition de l’homme peut faire entrer dans son sein pour le corrompre. Ce n’est pas seulement la possession et, pour ainsi dire, le contact des biens matériels, mais encore tout ce qui constitue la prétention au gouvernement des hommes et des choses terrestres, que l’Évangile interdjt sévèrement b ses ministres. Jésus-Christ a voulu, par le principe absolu du désintéressement, créer un type spirituel, directement inverse des tendances matérialistes. C’est dans ce principe, dans ce mépris opposé à la convoitise naturelle, que la vocation vraie, comme la spécialité du prêtre, se manifeste. Cette abnégation le rend par l’exemple, comme il l’est par la parole, le type de la régénération perpétuelle de l’homme du monde, incessamment atteint du matérialisme au milieu duquel il se meut invinciblement pour l’œuvre de sa destinée terrestre.

* Saint Paul, Ép. au,\ Corinthiens, ch. x, v. 4 et Cli, xii, V. !) et tO.

Jésus-Christ et ses Apôtres ne se sont assurément trompés ni pour l’objet social ni pour les temps, en fondant le sacerdoce sur le désintéressement absolu des choses du monde. C’est par ce principe que la religion manifeste sa grandeur et sa vérité, et que, semblable à l’étoile polaire dans un ciel dépouillé de nuages, elle devient, par la confiance qu’elle inspire, le guide certain de l’homme et de la société à la recherche du vrai et du salut. Le désintéressement et, au besoin, le sacrifice, voilà pour le prêtre, en particulier, la règle fondamentale de l’Évangile ; voilà la loi stoïque faite au sacerdoce. Il ne doit se la dissimuler d’aucune manière ; car, comme le dit saint Jean, « Celui qui est ministre • de Jésus-Christ, doit marcher comme Jésus-Christ lui- « même a marché*. »

Hors d’une exacte observance de cette loi, on peut sans doute être honnête homme et bon chrétien , mais on n’est pas le prêtre ; on n’est pas ce type inverse de l’homme matérialiste, le ministre intact de lamorale évan-

gélique dont la société a besoin , pour contre-poids , dans sa marche. Il y a sur le navire un homme qui ne fait rien de ce que font les autres, qui ne peut s’écarter un instant de la place qu’il occupe, immobile, appliqué, quand tout le monde se remue et s’ébat autour de lui : c’est celui qui a la main au gouvernail et l’œil fixé sur la boussole. Si cet homme s’écarte un instant et se mêle aux occupations ou aux loisirs des autres, tout l’équipage est compromis , et le navire , déviant de sa route , peut s’abîmer dans les flots. Il en est de même du prêtre dans l’Eglise, du magistrat dans le sanctuaire des lois,

' Saint Jean, Ep., I, ch. ii, v. ti.

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