CHAPITRE PREMIER
du général à la tête de son armée. Chacun, dans les fonctions importantes de la société , a des privations à s’imposer, des jouissances à retrancher, un rôle spécial à faire, et le chef de l’État lui-même n'est point exempt de ces sacrifices partiels, commandés par la position sociale.
Le savant et pieux abbé Fleury explique admirablement la raison du désintéressement des richesses et de la domination dans le sacerdoce chrétien ; « Ce n’est « pas sans grande raison , dit-il , que Jésu.s-Christ , la sa- « gesse même, a voulu naître pauvre et destitué de tous « les biens qui attirent la cupidité des hommes. Il fal- « lait que ses disciples ne fussent attachés à lui que par
• la force de la vérité et de la vertu ; il a voulu que ses « disciples lui fussent semblables, et qu’il n’y eût d’autre « attrait pour le suivre que le désir de devenir meilleur
• et l’espérance des biens éternels. Quiconque croit que « les biens temporels, quels qu’ils soient, richesses, « honneurs, puissance, faveur des grands, sont des « moyens propres à établir l’Évangile, se trompe, je le « dis hardiment, et n’a pas l’esprit de l’Évangile! La « raison en est évidente : si , en prêchant la religion , « vous avez des richesses et des honneurs à distribuer, « vous ne pouvez discerner par quel motif on vous « écoute , si c’est pour devenir plus riche ou meilleur ; « vous courez le hasard de ne faire que des hypocrites, « ou plutôt il est presque sûr que vous n’en ferez point « d’autres, puisque la plupart des hommes ne sont tou- « chés que de l’intérêt temporel. Et ne dites point qu’il « est bon de joindre l’un à l’autre, et d’attirer par toutes « sortes de moyens des hommes dont on connaît la fai- « blesse. Jésus-Christ s'y connaissait mieux que nous
€ et n’a jamais employé de tels moyens. C’est donc une « illusion de l’amour-propre; la vérité est que les ealé- * siastiques qui soutiennent cette fausse opinion sont bien « aises de jouir, en attendant, de ces richesses et de ces hon- « neurs dont ils prétendent se servir pour gagner les âmes \ »