‹ Du PapeChapitre 81 sur 192 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

démarches, surtout de la part des princes ; se portait arbitre et juge, et rendait des sentences tant en matière d’État que de prélature. Il remplit ainsi le monde de ses décrets, dont le recueil fut pour ses successeurs une mine abondante de points de droit propres à étaver diverses prétentions et institutions qui concouraient, avec les fausses décrétales et les fausses donations, h élever l’édifice de la monarchie pontificale. Aussi longtemps que Léon occupa le siège épiscopal, la cour de Rome fut, par le seul ascendant de ses lumières en procédure et de son habileté, le tribunal devant lequel venaient se vider les querelles des petits princes d’Italie, ainsi que celles qui s’élevaient entre les évêques et les abbés. Le courant d’opinions qui en résulta fut tellement avantageux à l’Église de Rome que des rois briguèrent sa protection. C’est ainsi qu’Alphonse d’Aragon voulut rendre son royaume tributaire du Saint-Siège et être couronné par le Pontife*.

La position du Saint-Siège était dès lors d'autant plus avantageuse que, bien qu’il y eût par-delà les monts une ombre d'empire, les petites principautés et les royaumes même n’avaient point de tranquillité. Les princes, sans cesse en querelle pour les questions de règne et de succession, et errant à l’aventure dans ce chaos nocturne qui couvrait le monde des intelligences au moyen âge, éprouvaient le besoin de rechercher, l’un contre l’autre, l’appui et la protection du Pontife. L’influence religieuse que celui-ci exerçait sur les peuples s’accroissait de la sujétion de leurs souverains, et la puis-

' r.ianone, Sloria rit Nap.

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sauce morale de Koiiie arrivail ainsi à tout dominer sans contrepoids ou résistance possible.

11 eût été difficile aux descendants de Charlemagne de ne pas succomber h rascendanl (lu'avail universellement acquis le clergé au ix' siècle. L’importance que donnait au Pape le droit, tacitement reconnu, de disposer de la couronne impériale, ne pouvait avoir pour conséquence que d’en faire les jouets de l’ambition et de l’orgueil de la cour romaine. C’est vainement que Charlemagne avait cru éviter cette conséquence en se disant, selon l'expression d'Eginhard, couronné de Dieu el du peuple. Le peuple alors avait peu de consistance, ainsi (jue nous l’avons vu, et Dieu n’était point antre que le Pape. .Mais si le règne de la race carlovingienne eut peu de gloire politique, il est juste el consolant île reconnaitre qu’à l'exemple de leur illustre aïeul les desamdanls do Charlemagne eurent le mérite de faire plus d’une tentative, en vue de dissijier les profondes ténèbres répandues sur l’Occident. La littérature y était absolument morte. Les langues latine et grecque ne s'y parlaient plus. Les moines seuls savaient lire et écrire, el faisaient un peu monopole de la chose. Charlemagne lui-méine manquait totalement d’instruction lors de son expédition en Italie. Mais il avait le sentiment des grandes choses, el éprouvait une ardente curiosité d apprendre ce qu’il ignorait concernant le gouvernemiml. Il rencontra en Italie un diacre, nommé l’ierre de Pise, qui lui apprit la grammaire cl plusieurs choses ipi il désirait savoir. Il y trouva encore un ex-coniïisan des rois lombards, nommé Paul. Il I honora, l'attacha à sa personne et lui fil composer nue histoire des Lombards. La science est débitrice à ce lettré des principes par les-

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