CHAPITRE X
leurs caduvres. Benoit VI lui succédait pour servir bientôt de marche-pied ii Bonilace Ferruci, qui, après l’avoir égorgé, montait au Saint-Siège. Crescencius se rend au Latran avec ses vassaux, ef Roniface, épouvanté à son approche, sc sauve à Constantinople, mais non pas les mains vides ; il emportait le trésor pontifical et tous les vases sacrés de la basilique de Saiut-l'ierre.
Sous le gouvernement de Cencius, Rome jouit de onze années de calme. 11 avait rétabli le gouvernement sénatorial, et le présidait en qualité de consul. La discorde recommence en 984. Boniface arrive à l’improvisle à Rome, tue le pape Jean XIV et prend audacieusement sa place, qu'il occupe quatre mois. Au bout de ce court espace de temps, on le trouve mort d’un coup de poignard, et le peuple, dont il était abhorré, traîne son cadavre dans les rues et le jette ensuite aux pieds de la statue de Marc Aurèle, oü le clergé vient le prendre pour lui donner la sépulture. Crescencius avait laissé passer successivement les coups d'orage, qui n’avaient pas effleuré son gouvernement. Il supporta durant trois années un autre Pape du nom de Grégoire V. Celui-ci, s'inspirant de la politique du Vatican, se mit à conspirer contre la république. 11 offrit à Othon III la couronne impériale qu’avait portée son a'ieul, à condition qu’il rendrait le gouvernement au Saint-Siège. Ce prince prit, en conséquence, le chemin de Rome, et Crescencius fut obligé, devant des forces supérieures, de s’enfermer sur le môle .Adrien ou château Saint-Ange, avec le désespoir de voir rentrer les Allemands en Italie. Retiré dans cette forteresse, il ne perdait pas l’espoir de rendre encore sa patrie indépendante. A cet effet, il avait sollicité l’appui de l’empereur grec, et, s’il eût réussi dans son projet, le
sort de l'Ilalie et de l'Europe entière était peut-être changé; car, maître de Rome, il pouvait, pour réaliser l'union italienne, ce que les autres princes italiens n’avaient pu faire : il pouvait tenir tête aux Papes et les chasser. Mais Crescencius fit une faute dont son expérience et son âge auraient dû le préserver. Olhon étant entré dans la ville, feignit de vouloir négocier avec lui. H s’engagea sur sa parole royale à respecter la vie du consul et l'institution de la république. Mais aussitôt que Cencius fut en son pouvoir, il lui fit trancher la tête. Le peuple, accouru en foule à son secours, n’eut que le triste spectacle de sa tête suspendue aux créneaux de la forteresse. Stéphanie, veuve de Crescencius, le vengea, il est vrai ; car ayant réussi à éblouir Üthon par ses charmes, elle l’empoisonna. Mais l’indépendance et l'unité de l'Italie avaient échoué, une fois de plus, pur les intrigues pontificales , et le x' siècle se fermait sur ce tourbillon d’événements.
Les Papes, depuis deux siècles qu’ils s'étaient mélés aux affaires politiques, n'y avaient apporté que le trouble et le scandale. Aucune institution n'était sortie pour Rome et pour l’Italie des mains de ce parti soi-disant religieux, qui aspirait à la souveraineté du monde entier avec l’institution de la Papauté. Il n'avait répandu autour de lui que les ténèbres de l’ignorance et des exemples d’immoralité.
Le peuple romain, qui sous Crescencius avait joui de la liberté, s’était cru retourné aux jours de l’antiquité. Otbon III mort, le fils de Cencius fut porté en triomphe au château Saint-Ange, d’où il gouverna Rome jusqu'à l’année 1014. Vers celte époque, il se fait dans toute l’Italie un saouvement en faveur de la nationalité. C’est