‹ Du PapeChapitre 94 sur 192 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

voiler tout eiuière celte théocratie qui , depuis trois siècles, n'avait régné que dans l’ombre, et qui déjà cependant avait pu élever et briser alternativement des rois et des dynasties. 11 ne s'agissait plus pour Hildebrand de la protection des princes, la Papauté n’en avait nul besoin ; elle devait régner par son seul prestige : les moines et le peuple étaient là pour la soutenir! On sut enfin ce que le parti politique qui s'était introduit dès les premiers siècles dans l’Eglise , le parti catholique, entendait par la distinction du spirituel el du temporel , si vague encore du temps des saints Pères. Le spirituel était tout simplement la souveraineté par droit divin , principe qui n’admet ni partage ni limite, llildebrand entendait que la Papauté donnât seule des lois à l’humanité, lois paternelles, du reste, puisées par l'inspiration théologique au foyer divin.

Avec cette idée, faite à la fois pour captiver les âmes honnêtes et flatter les ambitieux du clergé , Hildebrand fut reçu à Rome les bras ouverts. Modeste, en apparence, un peu chétif et souffreteux, de mœurs irréprochables et consacrant tout son esprit à l’exaltation du Saint-Siège et de fÉglise, il ne portait aucun ombrage. S’il avait conçu la pensée de s’élever au pontificat, il ne se pressait pas d'en rechercher la réalisation. Caressant une idée qui contrastait avec la grossièreté élémentaire des gouvernements d’alors, et dont pour ce motif il devinait la puissance, il s'appliqua à la faire passer sur le Saint-Siège avant de désirer y monter. Hildebrand aspire, avant tout, à rendre la nomination des Pontifes et des prélats indépendante de l'autorisation de l’empereur et des princes. Une fois ce but atteint, il entend que le Pape les domine sans conteste, et que. Jusqu'au

DU PAPK.

dernier des clercs, tout membre du clergé soit, par la seule vertu du sacerdoce , supérieur au premier des laïques : après le prêtre viendra le roi ! Des droits publics, des libertés publiques, inhérents à l'humanité et dépendant d’elle, il s’inquiète peu. La cité sainte du clergé une fois constituée, les sociétés vont graviter dans son orbite et trouver leur bonheur dans la contemplation de ce phénomène. Rêve doré, presque sublime, qui se complétait par la pensée de dérober à Dieu le secret de gouverner les hommes et les choses, non pas dans leur direction naturelle et selon les aspirations de leurs tendances, mais contre ces a.spirations et ces tendances mêmes, et de conduire absiractivement l'humanité à son unique fin, qui est le salut! La foi était le fondement de la politique d'Hildebrand, non pas la foi évangélique, mais un certain mélange de christianisme et de théologie ascétique, auquel se joignait un amour passionné de la domination. Cette théorie dessinait clairement les essais de théocratie jusque-là purement empiriques, dont les Pontifes avaient fait usage depuis trois siècles déjà , et qui , après avoir apparu à travers de subtiles distinctions à Gélase et à S\mmaque, avaient pris consistance dans l'esprit de Léon 111. Dans ce système préconçu, le Pape devait régnér comme représentant et au nom de Dieu, avec une autorité absolue et infaillible devant laquelle, de proche en proche, tout fléchirait à perpétuité. Voilà donc l'univers pacifié; les hommes n’auront plus qu’à se livrer à des contemplations mystiques, et à endormir leur vie dans les bras du clergé, absolument maître de leur ouvrir et de leur fermer les portes de l’éternité!...

C'était élever jusqu'au ciel, et de bien bas, la Pa-

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