CHAPITRE X
pauté. Le moine de Cluny souffle de toutes ses forces son ambition sur le Vatican. Secrétaire intime de deux Papes, et élevé au cardinalat par l'un d’eux, il fait, sous leur couvert, l’essai de la politique qui, dans son idée, doit soumettre au Saint-Siège l’univers entier. Il propage d’avance tous les principes nécessaires à sa réforme. Sa préoccupation première est de soustraire la nomination des évêques à l’autorisation des princes, et plus particulièrement celle du Pape à l'autorisation de l’empereur. A chaque élection nouvelle, il s’efforce de substituer un hommage insignifiant au droit formel de l’Empire, et chaque fois qu’il est parvenu à l’éluder, il en fait prendre acte, afin que la réserve lui serve de point de départ pour avancer une autre fois à l'émancipation définitive. C’est ainsi qu’il dicte, dès l’année 1059, à Nicolas II, le décret qui remet félection des Papes au collège des cardinaux, sans laisser au peuple romain d’autre droit que celui de consentir, et qui ne mentionne le droit de confirmation de l’empereur que comme un simple titre honorifique {salvo honore et reverentia dilecii filiij. Dès l’élection suivante, il invoquait ce décret comme une autorité sans réplique, et préludait ainsi à la terrible et interminable guerre des investitures, qu'il devait plus tard ouvrir contre l'empereur. Plein d’audace, du reste, aussi déloyal qu’habile, sans y voir mal, justifiant, par le but à atteindre, les plus condamnables expédients et possédé d’un immense orgueil, Hildebrand n’avait plus pour se manifester tout entier par des actes qu'à monter sur le trône pontifical.
Alexandre H étant mort (1073), le peuple entoure en foule le conclave aux i-ris répétés de : Hildebrand Pape! ce même peuple qu’il avait lui-même mis de côté par la
DU PAPK.
main de Nicolas 11, et qu'il allait bientôt exclure de toute participation à sa propre tdection ! Hildebrand est élu par les seuls cardinaux, en eflet, et prend le nom deGrégoire VII. Fort de la manifestation populaire dont il a été l’objet, il se passe du suftrage de l’empereur, mais ne se croit pas assez fort cependant pour se faire sacrer sans son autorisation, qu’il obtient en affectant la soumission.
Grégoire s'élait fort exercé à la correspondance dans le cabinet de ses deux prédécesseurs; il en avait contracté le goût et y trouvait un moyen commode pour l’essai de ses témérités. 11 n'est pas plus tôt installé qu’il annonce la prétention de réaliser au profit du Saint- Siéçe tous les bénéfices contenus dans la donation imaginaire de Constantin. « Vous n’ignorez pas, écrit-il aux comtes d'Espagne, que, depuis les temps les plus anciens, le royaume d'Espagne e.st une propriété de saint Pierre, et qu’il appartient encore au Saint-Siège et à nul autre, bien qu’il soit entre les mains des païens, car ce([ui est entré une fois dans la propriété de l'Église ne cesse jamais de lui appartenir... •
11 écrit avec la même assurance an roi de Hongrie ; « Comme vous avez pu l’apprendre de vos prédécesseurs, votre royaume est une propriété de la sainte Eglise romaine, depuis que le roi Etienne a remis tous les droits et toute la puissance de son Église ii saint Pierre. Néanmoins nous avons appris que vous avez reçu ce royaume comme un fief du roi Henri. S'il en est ainsi, vous devez savoir comment vous pourrez recouvrer notre bienveillance et la faveur de saint Pierre. Vous ne pourrez rester roi k moins que vous ne rétractiez votre erreur et ne