CHAPITRE X
déclariez tenir votre fief non de la dignité royale niais de la dignité apostolique... »
Il offre un nouveau royaume à Suénon, roi de Danemark. « 11 y a près de nous, dit-il, une province trèsriche, occupée par de lâches hérétiques. Nous désirerions qu’un de vos fils vint s’y établir pour en être prince et s’y faire le défenseur de la religion, si toutefois, comme nous l’a promis l’évéque de votre pays, vous consentez à l’envoyer avec quelques troupes d’élite pour le service de la cour apostolique... <■
Il donne avec autant de facilité, à un mauvais fils qui l’a sollicité, le royaume de son père encore vivant. « Votre fils, ose écrire Grégoire au roi Démétrius de Russie, en visitant le tombeau des Apôtres, est venu à nous et nous a déclaré qu’il voulait recevoir votre royaume de nous, comme un don de saint Pierre, en nous prêtant serment de fidélité. 11 nous a.ssure (jiie vous approuverez sa demande. Comme elle nous a paru juste, nous lui avons donné votre royaume de la part de saint Pierre... »
L'ignorance et la crédulité dans lesquelles étaient les princes en général, aussi bien que les peuples, semblaient autoriser de pareilles hardiesses. Le Pape, cependant, n’o.se pas aborder aussi résolument le roi de France. Il le menace indirectement des foudres spirituelles, et lui fait pressentir qu’elles auraient pour lui les mêmes effets (ju’un coup d'Etat : « Si le roi ne renonce pas au crime de simonie, les Français, frappés de l’anathème, refuseront de lui obéir ! »
Écrivant à Philippe I", il s'enhardit à lui dire : « Main tenant que vous êtes avancé en âge, faites voir que ce n'est pas inutilement que nous vous avons pardonné les
DL’ PAPK.
taules (le votre jeunesse. Tâchez de vous rendre favorable le bienheureux saint Pierre, de qui vous dépendez pour le spirituel et pour le temporel!... »
Avec Orzoc, duc de Cagliari, prince peu redoutable, il prend un ton encore plus impérieux: « Tu dois savoir, lui écrit-il brutalement, que plusieurs nous demandent ton pays et nous promettent de grands avantages si nous voulons leur permettre de l'envahir. Nous n'avons pas voulu prendre de décision avant de connaître, la résolution par notre légal. Si tu persistes dans l'intention que tu as manifestée d'être dévoué au Saint-Siège, loin de permettre que lu sois attaqué, nous te défendrons avec les armes spirituelles et séculières contre toute agression... •
Grégoire se montre aussi souple que téméraire, selon les occasions. Après la comiuéle de Guillaume le Conquérant, qu'il s'est hâté de couvrir de la sanction pontificale, le roi refuse nettement de lui prêter le serment de fidélité. Le Pape, dans celle circonstance délicate, sait se contenter de la promesse du denier de Saint- Pierre, dans laquelle il voit encore une attache et une sorte de tribut. Le système d'ailleurs va son train. Grégoire, au milieu de tant de petits princes divisés, sait placer à propos son influence, pour la rendre profitable à la souveraineté pontificale. On le voit bientôt, avec un étonnement général, les dominer tous de son prestige spirituel et devenir l'arbitre absolu de leur sort. 11 distribue en peu de temps les couronnes de Hongrie et de Pologne, dépose l'empereur Nicéphore Boloniate, fait payer tribut à Wratislas, roi de Bohême, crée la principauté de Gaële en faveur du comte ^d'Aversa, pour se préparer un défenseur contre la révolte possible de