LIVRE I, CHAPITRE I
Or, s’il y a quelque chose d’évident pour la raison autant que pour la foi* c’est que l’Église universelle est une monarchie. L’idée seule de l’universalité suppose celte forme de gouvernement, dont l’absolue nécessité repose sur la double raison du nombre des sujets et de l’étendue géographique de l’empire.
Aussi, tous les écrivains catholiques et dignes de ce nomconviennentunanimement que le régime de l’Église est monarchique, mais suffisamment tempéré d’aristocratie, pour qu’il soit le meilleur et le plus parfait des gouvernements '.
Bellarmin l’entend ainsi, et il convient avec une candeur parfaitê que le gouvernement monarchique tempéré vaut mieux que la monarchie pure J.
On peut remarquer, à travers tous les siècles chrétiens , que cette forme monarchique n’a jamais été contestée ou déprimée que par les factieux qu’elle gênait.
Dans le seizième siècle, les révoltés attribuèrent la souveraineté à l’Église, c’est-à-dire au peuple. Le dix* huitième ne fit que transporter ces maximes dans la politique; c’est le môme système, la même théorie, jusque dans ses dernières conséquences. Quelle différence y a-t-il entre l’Église de Dieu , uniquement conduite pur sa parole , et la grande république une et indivisible , uniquement gouvernée par les lois et par les députés du peuple souverain? Aucune. C’est la môme folle, ayant seulement changé d’époque et de nom.
Qu’est-ce qu’une république, dès qu’elle excède certaines dimensions? C’est un pays plus ou moins vaste commandé par un certain nombre d’hommes, qui se # nomment la république. Mais toujours le gouvernement est un; car il n’y a pas, et même il ne peut y avoir de république disséminée.
1 . Certum est monarchicum iltud rei/imen esse nristnernlia aliqutt leinptratum. (I)uval, l>e stip. Voles I. Papas, part. I, quæst. 1.)
î. Bellarmin, De Summo Pontif ., cap. ni.
lit PAPE.
Ainsi, dans le temps de la république romaine, la souveraineté républicaine était dans le forum ;et les pays soumis, c’est-à-dire les deux tiers à peu près du monde connu, étaient une monarchie, dont le fortim était l’absolu et l’impitoyable souverain.
Que si vous ôtez cet état dominateur, il ne reste plus de lien ni de gouvernement commun, et toute unité disparaît.
C’est donc bien mal à propos que les Églises presbytériennes ont prétendu, à force de parler, nous faire accepter, comme une supposition possible, la forme républicaine, qui ne leur appartient nullement, excepté dans le sens divisé et particulier; c’est-à-dire que chaque pays a son Église, qui est républicaine; mais il n’y a point et il ne peut y avoir d 'Église chrétienne républicaine; en sorte que la forme presbytérienne eflaçe l’article du symbole, que les ministres de cette croyance sont cependant obligés de prononcer, au moins tous les dimanches : Je crois à l'Eglise , une, sainte, universelle et apostolique. Car dès qu’il n’y a plus de centre ni de gouvernement commun, il ne peut y avoir d’unité, ni par conséquent (V É glise universelle (ou catholique), puisqu’il n’y a pas d’Église particulière qui ait seulement, dans cette supposition, le moyen constitutionnel de savoir si elle est en communauté de foi avec les autres.
Soutenir qu’une foule d’Églises indépendantes forment une Église une et universelle, c’est soutenir, en d’autres termes, que tous les gouvernements politiques de l’Europe ne forment qu’un seul gouvernement un et universel. Ces deux idées sont identiques; il n’y a pas moyen de chicaner.
Si quelqu’un s’avisait de proposer un royaume de France sans roi de France, un empire de Russie sans empereur de Russie, etc., on croirait justement qu’il a perdu l’esprit; ce serait cependant rigoureusement la môme idée que celle d’une Église universelle sans chef.
Il serait superflu de parler de l’aristocratie; car n’y