LIVRE I, CHAPITRE I
ayant jamais eu dans l’Église de corps qui ait eu la prétention de la régir sous aucune forme élective ou héréditaire, il s’ensuit que son gouvernement est nécessairement monarchique, toute autre forme se trouvant rigoureusement exclue.
La forme monarchique une fois établie, l’infaillibilité n’est plus qu’une conséquence nécessaire de la suprématie, ou plutôt, c’est la même chose absolument sous deux noms différents. Mais, quoique cette identité soit évidente, jamais on n’a vu ou voulu voir que toute la question dépend de cette vérité; et cette vérité dépendant à son tour de la nature même des choses, elle n’a nullement besoin de s’appuyer sur la théologie; de manière qu’en parlant de l’unité comme nécessaire, l’erreur ne pourrait être opposée au Souverain Pontife, quand même elle serait possible, comme elle ne peut être opposée aux souverains temporels, qui n’ont jamais prétendu à l’infaillibilité. C’est en effet absolument la môme chose, dans la pratique, de n’ôtre pas sujet è l’erreur, ou de ne pouvoir en être accusé. Ainsi, quand même on demeurerait d’accord qu’aucune promesse divine n’eût été faite au Pape, il ne serait pas moins infaillible, ou censé tel, comme dernier tribunal ; car tout jugement dont on ne peut appeler est et doit être tenu pour juste dans toute association humaine, sous toutes les formes de gouvernement imaginables ; et tout véri table homme d’État m’entendra bien, lorsque je dirai qu’il ne s’agit pas seulement de savoir si le Souverain Pontife est , mais s’il doit être infaillible.
Celui qui aurait le droit de dire au Pape qu’il s’est trompé aurait, par la même raison, le droit de lui désobéir, ce qui anéantirait la suprématie (ou l’infaillibilité); et cette idée fondamentale est si frappante, que l’un des plus savants protestants qui aient écrit dans notre siècle 1
1. Laur. Mosheimii ditsert. Dr appel. ad. concil. unir. Ecclttisc imitaient spectabilem tollentibut. ( Dans l’ouvrage du docteur Marchetti, t. Il, p. 108.)
a fait une dissertation pour établir que Yappel du Pape au futur concile détruit l’unité visible. Rien n’est plus Vrai; Car d’un gouvernement habituel, indispensable, sous peine de la dissolution du corps, il ne peut y avoir appel à un pouvoir intermittent.
Voilà donc d’un côté Mosheim, qui nous démontre par des raisons invincibles que l’appel ail futur concile détruit l’unité visible de f Église, c’est-à-dire le catholicisme d’abord, et bientôt après, le christianisme même; et de l’autre Fleüry, qui nous dit, en faisant l’énumération des libertés de son Église : Nous croyons quit est permis d'appeler du Pape au futur concile, nonobstant Les
BULLES DE PlE II ET DE JtLES II, QUI L’ONT DÉFENDU
C’est un étrange spectacle, il faut 1’avûuer, que celui de ces docteurs gallicans, conduits par des exagérations nationales à l’humiliation de se voir enfin réfutés par des théologiens protestants ; je voudrais bien au moins que ce Spectacle ft’eût été donné qu’une fois.
Les novateurs que Mosheim avait en vue ont soutenu a que le Pape avait seulement le droit de présider les « conciles, et que le gouvernement de l’Église est aris- « tocratiqtie. » Mais, dit Fleury, cette opinion est condamnée à Borne et en France.
Cette opinion a donc tout ce qu’il faut pour être condamnée; mais si le gouvernement de l’Église h’est pas aristocratique, il est dobc monarchique; et s’il est monarchique, comme il l’est certainement et invinciblement, quelle autorité recevra l’appel de scs décisions?
Essayez de diviser le monde chrétien en patriarcats, comme le veulent les Églises schismatiques d’Orient, chaque patriarche, dans cette supposition, aura les privilèges que nous 'attribuons ici au Pape, et l’on ne pourra de même appeler de leurs décisions; car il faut toujours qu’il y ait un point où l’on s’arrête. La souveraineté sera divisée, mais toujours on la retrouvera; il
1 . Fleury, sur les Libertés de l'Eglise gallicane. Nouv. Opusc. , Paris, { 807, iu-12, p. 30.