‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 9 sur 295 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De l'Infaillibilité.

Que n’a-l-on pas dit sur l’infaillibilité considérée sous le point de vue théologique ! Il serait difficile d’ajouter de nouveaux arguments à ceux que les défenseurs de cette haute prérogative ont accumulés pour l’appuyer sur des autorités inébranlables, et pour la débarrasser des fantômes dont les ennemis du christianisme et de l’unité se sont plu à l’environner, dans l’espoir de la rendre odieuse au moins, s’il n’y avait pas moyen de faire mieux.

Mais je ne sais si l’on a assez remarqué, sur cette grande question comme sur tant d’autres, que les vérités théologiques .ne sont que des vérités générales, manifestées et divinisées dans le cercle religieux, de manière qu’on ne saurait en attaquer une sans attaquer une loi du monde.

L’ infaillibilité dans l’ordre spirituel, et la souveraineté dans l’ordre temporel, sont deux mots parfaitement synonymes. L’un et l’autre expriment cette haute puissance qui les domine toutes, dont toutes les autres dérivent, qui gouverne et n’est pas gouvernée, qui juge et n’est pas jugée.

Quand nous disons que Y Église est infaillible , nous ne demandons pour elle, il est bien essentiel de l’observer, aucun privilège particulier; nous demandons seulement qu’elle jouisse du droit commun à toutes les souverainetés possibles qui toutes agissent nécessairement comme infaillibles; car tout gouvernement est absolu; et du moment où l’on peut lui résister sous prétexte d’erreur ou d’injustice, il n’existe plus.

La souveraineté a des formes différentes, sans doute. Elle ne parle pas à Constantinople comme à Londres; mais quand elle a parlé de part et d’autre à sa manière, le OUI est sans appel comme le fetfa.

11 en est de même de l’Église : d’une manière ou d’une autre, il faut qu’elle soit gouvernée, comme toute autre association quelconque; autrement il n’y aurait plus d’agrégation, plus d’ensemble, plus d’unité. Ce gouver- 'Bement est donc de sa pâture infaillible, c’est-à-dire absolu; autrement il ne gouvernera plus.

Dans l’ordre judiciaire, qui n’est qu’une pièce du gouvernement, ne vpit-on pas qu’il faut absolument en venir à une puissance qui juge et n’est pas jugée; précisément parce qu’elle prononce an nom de la puissance suprême, dont elle est censée n’être que l’organe et la voix? Qu’on s’y prenne comme on voudra, qu’on donne à ce haut pouvoir judiciaire le nom qu’on voudra , toujours il faudra qu’il y en ait un auquel on ne puisse dire : Vous avez erré . Bien entendu que celui qui est condamné est toujours mécontent de l’arrêt et ne doute jamais de l’iniquité du tribunal; mais le politique désintéressé, qui voit les choses d’en haut, se rit de ces vaines plaintes. Il sait qu’il est un point où il faut s’arrêter; il sait que les longueurs interminables, les appels sans fin et l’incertitude des propriétés, sont, s’il est permis de s’exprimer ainsi, plus injustes que l’injustice.

Il ne s’agit donc que de savoir où est la souveraineté dans l’Église; car dès qu’elle sera reconnue, il ne sera plus permis d’appeler de ses décisions.

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