‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 101 sur 295 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Autres considérations sur le même sujet.

Je ne suis point obligé du tout de répondre aux objections qu’on pourrait élever contre les idées que je viens d’exposer ; car je n’entends nullement prêcher le droit indirect des Papes. Je dis seulement que ces idées n’ont rien d’absurde. J’argumente adhominem, ou, pour mieux dire, ad homines. Je prends la liberté de dire à mon siècle qu’il y a contradiction manifeste entre son enthousiasme constitutionnel et son déchaînement contre les Papes; je lui prouve, et rien n’est plus aisé, que, sur ce point important, il en sait moins ou n’en sait pas plus que le moyen âge.

Cessons de divaguer, et prenons enfin noire parti de bonne foi sur la grande question de l’obéissance passive ou de la non- résistance. Veut-on poser en principe « que pour une raison imaginable', il n’est permis de « résister à l’autorité; qu’il faut remercier Dieu des bons « princes, et souffrir patiemment les mauvais, en atten- « dant que le grand réparateur des torts, le temps, en « fasse justice; qu’il y a toujours plus de danger à ré- « sister qu’à souffrir, etc.?» J’y consens, et je suis prêt à signer pour l’avenir.

Mais s’il fallait absolument en venir à poser des bornes légales à la puissance souveraine, j’opinerais de tout mon cœur pour que les intérêts de l’humanité fussent confiés au Souverain Pontife.

Les défenseurs du droit de résistance sont trop sou-

I . Quand je dis aucune raison imaginable, il va bien sans dire que j’eiclus toujours le cas où le souverain commanderait le crime. Je ne serais pas même éloigné de croire qn’il est des circonslances, plus nombreuses peut-être qu'on ne le croit, où le mot de résistance n'est pas synonyme de celui de récolte; mais je ne puis et je n’aime pas même m’appesantir sur certains détails, d'autant plus que les principes généraux suffisent su bnt de cet ouvrage.

vent dispensés de poser la question de bonne foi. En effet, il ne s’agit nullement de savoir si, mais quand et comment, il est permis de résister. Le problème est tout pratique, et, posé de cette manière, il fait trembler. Mais si le droit de résister se changeait en droit d’empécher, et qu’au lieu de résider dans le sujet, il appartînt à une puissance d’un autre ordre, l’inconvénient ne serait plus le même, parce que cette hypothèse admet la résistance sans révolution et sans aucune violation de la souveraineté'.

De plus, ce droit d’opposition reposant sur une tête connue et unique, il pourrait être soumis à des règles, ^ et exercé avec toute la prudence et avec toutes les nuances imaginables; au lieu que, dans la résistance intérieure, il ne peut être exercé que par les sujets,' par la foule, par le peuple en un mot, et, par conséquent, parla voie seule de l’insurrection.

Ce n’est pas tout : le veto du Pape pourrait être exercé contre tous les souverains, et s’adapterait à toutes les constitutions et h tous les caractères nationaux. Ce mot de monarchie limitée est bientôt prononcé : en théorie, rien n’est plus aisé; mais quand on en vient à la pratique et à l’expérience, on ne trouve qu’un exemple équivoque par sa durée, et que le jugement de Tacite a proscrit d’avance *, sans parler d’une foule de circonstances qui permettent et forcent même de regarder ce gouvernement comme un phénomène purement local, et peutêtre passager.

La puissance pontificale, au contraire, est par essence la moins sujette aux caprices de la politique. Celui qui l’exerce est de plus toujours vieux, célibataire et prêtre; ce qui exclut les quatre-vingt-dix-neuf centièmes

t. La déposition absolue et sans retour d’un prince temporel, cas infiniment rare dans la supposition actuelle, ne serait pas plus une révolution que la mort de ce même souverain.

2. De lecla ex his et conslilula reipublicx forma laudari facilius q uam ertnirè, vel si erenerit haud diulurna esse polest. (Tacite, jlnn., III, 33.)

Page 1