LIVRE II, CHAPITRE V
plus incontestablement reconnu . Les peuples qui voyaien t excommunier un roi se disaient : Il faut que cette puissance soit bien haute, bien sublime, bien au-dessus de tout jugement humain, puisqu’elle ne peut être contrôlée que par le Vicaire de Jésus-Christ.
En réfléchissant sur cet objet, nous sommes sujets à une grande illusion. Trompés par les criailleries philosophiques, nous croyons que les Papes passaient leur temps à déposer les rois ; et parce que ces faits se touchent dans les brochures in-douze que nous lisons, nous croyons qu’ils se sont touchés de même dans la durée. Combien corapte-t-on de souverains héréditaires effectivement déposés par les Papes? Tout se réduisait à des menaces et à des transactions. Quant aux princes électifs, c’étaient des créatures humaines qu’on pouvait bien défaire, puisqu’on les avait faites ; et cependant tout se réduit encore à deux ou trois princes forcenés, qui, pour le bonheur du genre humain, trouvèrent un frein (faible même et très-insuffisant) dans la puissance spirn tuelle des Papes, Au reste, tout se passait à l’ordinaire dans le monde politique. Chaque roi était tranquille chez lui de la part de l’Église ; les Papes ne pensaient point à se mêler de leur administration ; et jusqu’à ce qu’il leur prît fantaisie de dépouiller le sacerdoce, de renvoyer leurs femmes ou d’en avoir deux à la fois, ils n’avaient rien à craindre de ce côté.
A cette solide théorie l’expérience vient ajouter sa démonstration. Quel a été le résultat de ces grandes secousses dont on fait tant de bruit? L’origine divine de la souveraineté, ce dogme conservateur des États, se trouva universellement établi en Europe, 11 forma en quelque sorte notre droit public , et domina dans toutes nos écoles jusqu’à la funeste scission du seizième siècle.
L’expérience se trouve donc parfaitement d’accord avec le raisonnement. Les excommunications des Papes n’ont fait aucun tort à la souveraineté dans l’esprit des