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peuples ; au contraire , en la réprimant sur certains points, en la rendant moins féroce et moins écrasante, en l'effrayant pour son propre bien qu’elle ignorait, ils l’ont rendue plus vénérable ; ils ont fait disparaître de son front l’antique caractère de la bôte pour y substituer celui de la régénération ; ils l’ont rendue sainte pour la rendre inviolable : nouvelle et grande preuve , entre mille, que le pouvoir pontifical a toujours été un pouvoir conservateur. Tout le monde, je crois, peut s’en convaincre ; mais c’est un devoir particulier pour tout enfant de l’Église, de reconnaître que l’esprit divin qui l’anime, et magno se corpore miscet , ne saurait enfanter rien de mal en résultat, malgré le mélange humain qui se fait trop et trop souvent apercevoir au milieu des tempêtes politiques. 1
A ceux qui s’arrêtent aux faits particuliers, aux torts accidentels, aux erreurs de tel ou tel homme, qui s’appesantissent sur certaines phrases, qui découpent chaque ligne de l’histoire pour la considérer à part, il n’y a qu’une chose à dire : Du point où il faut s’élever pour embrasser l’ensemble , on ne voit 'plus rien de ce que vous voyez, partant , il n’y a pas moyen de vous répondre , à moins que vous ne vouliez prendre ceci pour une réponse.
On peut observer que les philosophes modernes ont suivi, à l’égard des souverains, une route diamétralement opposée à celle que les Papes avaient tracée. Ceux-ci avaient consacré le caractère en frappant sur les personnes; les autres, au contraire, ont flatté souvent, même assez bassement, la personne qui donne les emplois et les pensions ; et ils ont détruit, autant qu’il était en eux, le caractère, en rendant la souveraineté odieuse ou ridicule, en la faisant dériver du peuple, en cherchant toujours à la restreindre par le peuple.
Il y a tant d’analogie, tant de fraternité, tant de dépendance entre le pouvoir pontifical et celui des rois, que jamais on n’a ébranlé le premier sans toucher au second, et que les novateurs de notre siècle n’ont cessé
LIVItE II, CHAPITHE V, 149
de montrer aux rois le plus grand ennemi de l’autorité royale dans le sacerdoce , incroyable contradiction, phénomène inouï, qui serait unique s’il n’y avait pas quelque chose de plus extraordinaire encore , c’est qu’ils aient pu se faire croire par les peuples et par les rois.
Le chef des réformateurs a fait en peu de lignes sa profession de foi sur les souverains :
« Les princes, dit-il, sont communément les plus « grands fous et les plus fieffés coquins de la terre ; on « n’en saurait attendre rien de bon ; ils ne sont dans ce « monde que les bourreaux de Dieu, dont il se sert pour « nous châtier »
Les glaces du scepticisme ont calmé la fièvre du seizième siècle, et le style s’est adouci avec les mœurs ; mais les principes sont toujours les mêmes. La secte qui abhorre le Souverain Pontife va réciter ses dogmes.
Quo l’univers se luise et l'écoute parier!
« De quelque manière que le prince soit revêtu de « son autorité, il la tient toujours uniquement du peu- « pie, et le peuple ne dépend jamais d’aucun homme « mortel qu’en vertu de son propre consentement »
« Du peuple dépendent le bien-être, la sécurité et la « permanence de tout gouvernement légal. Dans le « peuple doit résider nécessairement l’essence de tout « pouvoir; et tous ceux dont les connaissances ou la « capacité ont engagé le peuple à leur accorder une con-
1. Luther, dans ses œuvres, in-fol., tome II, p. 182, cité dans le livre allemand très-remarquable et très-connu, intitule : lier Triumph der Philosophie in Achtzhnten Jahrhunderte, in-8, tom. I, p. 52. Luther s’était même fait, à cet égard, une sorte de proverbe qui disait : Principem esse et non esse latronem Dix possibile est ; c’est-à-dire : Être prince et u’ètre pas brigand, c’est ce qui me parait à peine possible. (Ibid.)
2. Noodt, sur lè Pouvoir des souverains. — Hecueil de discours sur diverses matières importantes, traduites ou composées par Jean Barbeyrac. T. 1, p. 41.
« fiance quelquefois sage et quelquefois imprudente, « sont responsables envers lui de l’usage qu’ils ont fait « du pouvoir qui leur a été confié pour un temps » Aujourd’hui, c’est aux princes à faire leurs réilexions. On leur a fait peur de cette puissance qui gêna quelquefois leurs devanciers il y a mille ans, mais qui avait divinisé le caractère souverain. Ils se sont laissé ramener sur la terre. — Ils ne sont plus que des hommes.