‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 107 sur 295 · LIVKE II, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVKE II, CHAPITRE VI

cette suzeraineté universelle, qu’une opinion non moins universelle ne leur disputait point. Ils ont pu exiger des hommages, imposer des taxes trop arbitrairement, si l’on veut; je n’ai nul intérêt d’examiner ici ces différents points. Mais toujours il demeurera vrai qu’ils n’ont jamais cherché ni saisi l’occasion d’augmenter leurs États aux dépens de la justice , tandis qu’aucune autre souveraineté temporelle n'échappa à cet anathème, et que, dans ce moment même, avec toute notre philosophie, notre civilisation et nos beaux livres, il n’y a peutêtre pas une puissance européenne en état de justifier toutes ses possessions devant Dieu et la raison.

Je lis, dans les Lettres sur l'Histoire, que les Papes ont quelquefois profité de leur puissance temporelle pour augmenter leurs propriétés' .

Mais le terme de quelquefois est vague; celui de puissance temporelle l’est aussi, et celui de propriété encore davantage; j’attends donc qu’il me soit expliqué quand et comment les Papes ont employé leur puissauce spirituelle ou leurs moyens politiques pour étendre leurs États aux dépens d’un propriétaire légitime.

En attendant que ce propriétaire dépouillé se présente, nous n’observons point sans admiration que parmi tous les Papes qui ont régné, dans le temps de leur iniluence, il n’y ait pas eu un usurpateur, et qu’alors même qu’ils faisaient valoir leur suzeraineté sur tel ou tel État, ils s’en soient toujours prévalus pour le donner, non pour le retenir.

Considérés même comme simples souverains, les Papes sont encore remarquables sous ce point de vue. Jules II, par exemple, fit sans doute une guerre mortelle aux Vénitiens; mais c’était pour avoir les villes usurpées par la république.

Ce point est un de ceux sur lesquels j’invoquerai avec confiance ce coup d’œil général qui doit déterminer le

4. Esprit de l’hietoire, Uttre XL. Paris, Nyuu, IÏÜ3, iii-8,4. 11, p. 3149.

jugement des hommes sensés. Les Papes régnent depuis le neuvième siècle au moins : or, à compter de ce temps, on ne trouvera dans aucune dynastie souveraine plus de respect pour le territoire d’autrui , et moins d’envie d’augmenter le sien.

Comme princes temporels les Papes égalent ou surpassent en puissance plusieurs têtes couronnées d’Europe. Qu’on examine les histoires des différents pays, on verra en général une politique toute différente de celle des Papes. Pourquoi ceux-ci n’auraient-ils pas agi politiquement comme les autres ? Cependant on ne voit point de leur côté cette tendance à s’agrandir qui forme le caractère distinctif et général de toute souveraineté.

Jules II, que je citais tout à l’heure, est, si ma mémoire ne me trompe point, le seul Pape qui ait acquis un territoire par les règles ordinaires du droit public, en vertu d’un traité qui terminait une guerre. Il se fit céder ainsi le duché de Parme; mais cette acquisition quoique non coupable, choquait cependant le caractère pontifical : elle échappa bientôt au Saint-Siège. A lui seul est réservé l’honneur de ne posséder aujourd’hui que ce qu’il possédait il y a dix siècles. On ne trouve ici ni traités, ni combats, ni intrigues, ni usurpations ; en remontant on arrive toujours à une donation. Pépin, Charlemagne, Louis, Lolhaire, Henri Olton, la comtesse Mathilde, formèrent cet État temporel des Papes si précieux pour le christianisme ; mais la force des choses l’avait commencé, et cette opération cachée est un des spectacles les plus curieux de l’histoire.

Il n’y a pas en Europe de souveraineté plus justifiable, s’il est permis de s’exprimer ainsi, que celle des Souverains Pontifes. Elle est comme la loi divine, justificata in semetipsa. Mais ce qu’il y a de véritablement étonnant, c’est de voir les Papes devenir souverains sans s’en apercevoir, et même, à parler exactement, malgré eux. Une loi invisible élevait le siège de Home, et l’on

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