LIVRE II, CHAPITRE VI
arriver en France les ambassadeurs de l’empereur grec qui venaient se plaindre, et, « «T un air incivil, proposer k à Pépin de rendre ses conquêtes. » La cour de France se moqua d’eux, et avec grande raison. Le cardinal Orsi accumule ici les autorités les plus graves pour établir que les Papes se conduisirent dans cette occasion selon toutes les règles de la morale et du droit public. Je ne répéterai point ce qui a été dit par ce docte écrivain, qu’on est libre de consulter Il ne paraît pas, d’ailleurs, qu’il y ait des doutes sur ce point.
2Q Les savants que j’ai cités plus haut ont employé beaucoup d’érudition et de dialectique pour caractériser avec exactitude le genre de souveraineté que les empereurs français établirent à Rome après l’expulsion des Grecs et des Lombards. Les monuments semblent assez souvent se contrarier, et cela doit être. Tantôt c’est le Pape qui commande à Rome , et tantôt c’est l’empereur. C’est que la souveraineté conservait beaucoup de cette mine ambiguë que nous lui avons reconnue avant l’arrivée des Carlovingiens. L’empereur de Constantinople la possédait de droit; les Papes, loin de la leur disputer, les exhortaient à la défendre. Us prêchaient de la meilleure foi l’obéissance aux peuples, et cependant ils faisaient tout. Après le grand établissement opéré par les Français, le Pape et les Romains, accoutumés à cette espèce de gouvernement qui avait précédé, laissaient aller volontiers les affaires sur le même pied. Ils se prêtaient même d’autant plus aisément à cette forme d’administration, qu’elle était soutenue par la reconnaissance, par l’attachement et par la saine politique. Au milieu du bouleversement général qui marque cette triste mais intéressante époque de l’histoire, l’immense quantité de brigands que suppose un tel ordre de choses, le danger des Barbares, toujours aux portes de Rome, l’esprit républicain qui eommen-