ARTICLE II
Maintien des lois ecclesiastiques et des mœurs sacerdotales ■
On peut dire, au pied de la lettre, en demandant grâce pour une expression trop familière, que vers le dizième siècle le genre humain, en Europe, était devenu fou. Du mélange de la corruption romaine avec la férocité des Barbares qui avaient inondé l’empire il était enfin résulté un état de choses que, heureusement, peut-être on ne verra plus. La férocité et la débauche , l’anarchie et la pauvreté étaient dans tous les États. Jamais l’ignorance ne fut plus universelle' . Pour défendre l’Église contre le débordement aflreux de la corruption et de l'ignorance, il ne fallait pas moins qu’une puissance d’un ordre supérieur, et tout à fait nouvelle dans le monde. Ce fut celle des Papes. Eux -mêmes, dans ce malheureux siècle, payèrent un tribut fatal et passager au désordre général. La Chaire pontificale était opprimée , déshonorée et sanglante mais bientôt elle reprit son ancienne dignité; et c’est aux Papes que l’on dut le nouvel ordre qui s’établit1 2 3.
Il serait permis sans doute de s’irriter de la mauvaise foi qui insiste avec tant d’aigreur sur les vices de quelques Papes, sans dire un mot de l’etfroyable débordement qui régna de leur temps.
Je passe maintenant à la grande question qui a si fort retenti dans le monde : je veux parler de celle des investitures, agitée alors entre les deux puissances avec une chaleur que des hommes, même passablement instruits, ont peine à comprendre de nos jours.
Certes, ce n’était pas une vaine querelle que celle des
1. Voltaire. Essai sur l’Histoire générale , t. I, ch. xxxvut, p. S33.