I)L' PAPE
Le catholique sait qu’il ne peut se tromper; il sait de plus que s’il pouvait se tromper, il n’y aurait plus de vérité révélée, ni d’assurance pour l’homme sur la terre, puisque toute société divinement instituée suppose V infaillibilité. comme l’a dit excellemment l’illustre Malebranche.
La foi catholique n’a donc pas besoin, et c’est ici son caractère principal qui n’est pas assez remarqué, elle n’a pas besoin, dis-je, de se replier sur elle-même, de s’interroger sur sa croyance et de se demander pourquoi elle croit; elle n’a point cette inquiétude dissertatrice qui agite les sectes. C’est le doute qui enfante les livres : pourquoi écrirait-elle donc, elle qui ne doute jamais?
Mais si l’on vient à contester quelque dogme, elle sort de son état naturel, étranger à toute idée contentieuse; elle cherche les fondements du dogme mis en problème; elle interroge l’antiquité; elle crée des mots surtout, dont sa bonne foi n’avait nul besoin, mais qui sont devenus nécessaires pour caractériser le dogme et mettre entre les novateurs et nous une barrière éternelle.
J’en demande bien pardon à l’illustre Bossuet; mais lorsqu’il nous dit que la doctrine de Y infaillibilité a commencé au quatorzième siècle, il semble se rapprocher de ces mêmes hommes qu’il a tant et si bien combattus. Les protestants ne disaient-ils pas aussi que la doctrine de la transsubstantiation n’était pas plusancienne que le nom? Et les ariens n’argumentaient-ils pas de même contre la consubstantialité? Bossuet, qu’il me soit permis de le dire sans manquer de respect à un aussi grand homme, s’est évidemment trompé sur ce point important. 11 faut bien se garder de prendre un mot pour une chose, et le commencement d’une erreur pour le commencement d’un dogme. La vérité est précisément le contraire de ce qu’enseigne Fleury ; car ce fut vers l’époque qu’il assigne que l’on commença non pas