LIVKE II, CHAPITRE VU
nant parti pour l’Italie, puisqu’ils ne pouvaient ni favoriser les empereurs sans se déshonorer, ni essayer môme la neutralité sans se perdre.
Henri VI, roi de Sicile et empereur, étant mort à Messine, en 1197, la guerre s’alluma en Allemagne pour la succession entre Philippe, duc de Souabe, et Othon, fils de Henri-Léon, duc de Saxe et de Bavière. Celui-ci descendait de la maison des princes d 'Este Guelfes , et Philippe, des princes Gibelins La rivalité de ces deux princes donna naissance aux deux factions trop fameuses qui désolèrent l’Italie pendant si longtemps; mais rien n’est plus étranger au Pape et au sacerdoce. La guerre civile une fois allumée, il fallait bien prendre parti et se battre. Par leur caractère si respecté et par l’immense autorité dont ils jouissaient, les Papes se trouvèrent naturellement placés à la tête du noble parti des convenances, de la justice et de l’indépendance nationale. L’imagination s’accoutuma donc à ne voir que le Pape au lieu de l’Italie; mais, dans le fond, il s’agissait d’elle et nullement de lu religion , ce qu’on ne saurait trop ni même assez répéter.
Le venin de ces deux factions avait pénétré si avant dans les cœurs italiens, qu’en se divisant, il finit par laisser échapper son acception primordiale, et que ces mots de Guelfes et de Gibelins ne signifièrent plus que des gens qui se haïssaient. Pendant cette fièvre épouvantable, le clergé fit ce qu’il fera toujours. Il n’oublia rien de ce qui était en son pouvoir pour rétablir la paix, et plus d’une fois on vit des évêques, accompagnés de leur clergé, se jeter, avec les croix et les reliques des saints, entre deux armées prêtes à se charger, et les
I. Muratori, Antich. liai., in-4°. Monaco, 1766, t. III, dissert. tl, p. II!. Il est remarquable que quoique ces deux factions fussent nées eu Allemagne et venues depuis en Italie, pour ainsi dire toutes faites, cependant les princes Guelfes, avant de régner sur la Bavière et sur la Saxe, étaient Italiens ; en sorte que là
faction de ce nom, en arrivant eu Italie, sembla remonter à sa source. Tras-
sero quesle due diabolivhe fasioni la loto origine délia Germania. etc. Ild. ibid.) ' 1
MJ PAPE.
conjurer, au nom de la religion, d’éviter l’effusion du sang humain . Ils firent beaucoup de bien sans pouvoir étouffer le mal
« Il n’y a point de Pape, c’est encore l’aveu exprès « d’un censeur sévère du Saint-Siège, il n’y a point de « Pape qui ne doive craindre en Italie l’agrandissement
« des empereurs, Les anciennes prétentions seront
« bonnes le jour où on les fera valoir avec avantage1 2 3 4. »
Donc, il n'y a point de Pape qui ne dût s’y opposer. Où est la charte qui avait donné l’Italie aux empereurs allemands ? Où a-t-on pris que le Pape ne doive point agir comme prince temporel, qu’il doive être purement passif, se laisser battre, dépouiller, etc. ? Jamais on ne prouvera cela.
A l’époque de Rodolphe (en 1274), « les anciens droits « de l’Empire étaient perdus... et la nouvelle maison ne « pouvait les revendiquer sans injustice...; rien n’est « plus incohérent que de vouloir, pour soutenir les pré- « tentions de l’Empire, raisonner d’après ce qu’il était « sous Charlemagne*. »
Donc les Papes, comme chefs naturels de l’association italienne, et protecteurs-nés des peuples qui la composaient, avaient toutes les raisons imaginables de s’opposer de toutes leurs forces à la renaissance en Italie de ce pouvoir nominal, qui, malgré les titres affichés à la tête de ses édits, n’était cependant ni saint, ni empire, ni romain.
Le sac de Milan, l’un des événements les plus horribles de l’histoire, suffirait seul, au jugement de Voltaire, pour justifier tout ce que firent les Papes *,
Que dirons-nous d’OthonlI et de son fameux repas de
1. Muratori, ibid., p. HO. — Lettres sur l'Histoire, t. III, lettre LXIII, p. 230.
2. Lettres sur l'Histoire, t. III, lett. LXII, p. 230. — Autres aveux du même auteur, t. II, lett. LXIII, p. 437; et lett. XXXIV, p. 316.