LIVRE II, CHAPITRE VII
l’an 981 ? Il invite une grande quantité de seigneurs à un repas magnifique, pendant lequel un officier de l’empereur entre avec une liste de ceux que son maître a proscrits. On les conduit dans une chambre voisine, où ils sont égorgés. Tels étaient les princes à qui les Papes eurent affaire.
Et lorsque Frédéric, avec la plus abominable inhumanité, faisait pendre de sang-froid des parents du Pape, faits prisonniers dans une ville conquise1, il était permis apparemment de faire quelques efforts pour se soustraire à ce droit public.
Le plus grand malheur pour l’homme politique, c’est d’obéir à une puissance étrangère. Aucune humiliation, aucun tourment de cœur ne peut être comparé à celui-là. La nation sujette, à moins qu’elle ne soit protégée par quelque loi extraordinaire, ne croit point obéir au souverain, mais à la nation de ce souverain; or, nulle nation ne veut obéir à une autre, par la raison toute simple qu’aucune nation ne sait commander à une autre. Observez les peuples les plus sages et les mieux gouvernés chez eux, vous les verrez perdre absolument cette sagesse et ne ressembler plus à eux-mêmes lorsqu’il s’agira d’en gouverner d’autres*' La rage de la domination y étant innée dans l’homme, la rage de la faire sentir n’est peut-être pas moins naturelle; l’étranger qui vient commander chez une nation sujette au nom d’une souveraineté lointaine, au lieu de s’informer des idées nationales pour s’y conformer, ne semble trop souvent les étudier que pour les contrarier; il se croit plus maître à mesure qu’il appuie plus rudement la main. Il prend la morgue pour la dignité, et semble croire cette dignité mieux
I. En 1241. Maimbourg est bon à entendre sur ces gentillesses. (.4 tin., ann. 1250). • Les bonnes qualités de Frédéric furent obscurcies par plusieurs • autres très-mauvaises, et surtout par son immoralité, par son désir insatiable « de vengeance et par sa cruauté, qui lui firent commettre de grands crimes, que « Dieu néanmoins, à ce qu'on peut croire , lui lit la grâce d'effacer dans sa der- « nière maladie. > Ame».
attestée par l'indignation qu’il excite que par les bénédictions qu’il pourrait obtenir.
Aussi, tous les peuples sont convenus de placer au premier rang des grands hommes ces fortunés citoyens qui eurent l’honneur d’arracher leur pays au joug étranger: héros s’ils ont réussi, ou martyrs s’il ont échoué, leurs noms traverseront les siècles. La stupidité moderne voudrait seulement excepter les Papes de cette apothéose universelle, et les priver de l’immortelle gloire qui leur est due comme princes temporels, pour avoir travaillé sans relâche à l’affranchissement de leur patrie. Que certains écrivains français refusent de rendre justice à saint Grégoire VII, cela se conçoit. Ayant sur les yeux des préjugés protestants, philosophiques, jansénistes et parlementaires, que peuvent-ils voir à travers ce quadruple bandeau? Le despotisme parlementaire pourra même s’élever jusqu’à défendre à la liturgie nationale d’attacher une certaine célébrité à la fête de saint Grégoire; et le sacerdoce, pour éviter des chocs dangereux, se verra forcé de plier’, confessant ainsi l’humiliante sexv vitude de cette Église, dont on nous vantait les fabuleuses libertés. Mais vous, étrangers à tous ces préjugés, vous, habitants de ces belles contrées que saint Grégoire voulait affranchir, vous que la reconnaissance, au moins, devrait éclairer.
Vos <5
Pompilius sanguis! . . .
Harmonieux héritiers de la Grèce, vous à qui il ne
i. Ou célébrait en France Poflice de GrégoircVIJ, au commun des confesseurs , l’Fglise gallicane (si libre, comme on sait) n’ayant point osé lui décerner un office propre, de pcnr de se brouiller avec les parlements, qui avaient condamné la mémoire de ce Pape par arrêts du 20 juillet 1720 et du 23 février 1730. (Zaccaria, Anti-Frebonias vhulicalus, t. I, dissert. U, cap. v, p. 387, note 13.) Observez que ces même magistrats qui coudamueut la mémoire d’un Pape déclaré saint sc plaindront fort bien de la mukstrukvsb confusion que tel ou tel Pape a faite de iusnqe des deux puissances. (Lettres sur fliist. , t, Ul, UU. LXU, p. 2ïl.)