‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 140 sur 295 · LIVRE II, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IX

Ainsi de nos aïeux les augustes decrets Au rang de Charlemagno ont placé les Çapets.

(Chant VII.)

Charlatan ! où donc a-t-il vu toutes ces belles choses? Dans quel livre a-t-il lu les droits du peuple, ou de quels faits les a-t-il dérivés? On dirait que les dynasties changent en France dans une période réglée, comme les jeux olympiques. Deux mutations en treize cents ans , voilà certes un usage bien constant ! Et ce qu’il y a de plaisant, c’est qu’à l’une et à l’autre époque,

La source de ce sang, si cher & la patrie ,

Dans ses derniers canaux no s'était point tarie.

Il était, au contraire, en pleine circulation lorsqu’il fut exclu par un grand homme évidemment mûri à côté du trône pour y monter

On raisonne sur les Papes comme Voltaire vient de raisonner. On pose en fait, expressément ou tacitement, que l’autorité du sacerdoce ne peut s’unir d’aucune manière à celle de l’Empire; que dans le système de l’Église catholique, un souverain ne peut être excommunié; que le temps n’apporte aucun changement aux constitutions politiques ; que tout devait aller autrefois comme de nos jours, etc.; et sur ces belles maximes, prises pour des axiomes, on décide que les anciens Papes avaient perdu l’esprit.

Les plus simples lumières du bon sens enseignent cependant une marche toute différente : Voltaire lui-même ne l’a-t-il pas dit? On a tant d’exemples, dam l’histoire ,

I . Il est bon d’entendre Voltaire raisonner comme historien sur le même événement. ■ On sait, dit-il, comment Hugues Capet enleva la couronne à l'oncle du

* dernier roi. Si les suffrages eussent été libres , Charles aurait été élu roi de

* France. Ce ne (ut point un parlement de la nation qui le priva du droit de ses « ancêtres, comme l'ont dit tant d’historiens, ce (ut ce qui (ait et ce qui dé(ait les

* rois, la (orce aidee de la prudence. » (Voltaire, Essai , etc., t. It, ch. xiiix) Il n’y a point ici d’aiigustes decrets, comme ou voit. II écrit à la marge : Hugues Capet s'empara du royaume à force ouverte ,

de l’union du sacerdoce et de l'Empire dans d'autres rtJi„ gions 1 ! Or, il n’est pas nécessaire, je pense , de prouvei que cette union est infiniment plus naturelle sous l’empire d’une religion vraie que sous celui de toutes les autres, qui sont fausses puisqu’elles sont autres.

Il faut partir d’ailleurs d’un principe général et incontestable , savoir , que tout gouvernement est bon lorsqu’il est établi et qu’il subsiste depuis longtemps sans contestation.

Les lois générales seules sont éternelles. Tout le reste varie, et jamais un temps ne ressemble à l’autre. Toujours, sans doute, l’homme sera gouverné, mais jamais de la même manière. D’autres mœurs, d’autres connaissances, d’autres croyances, amèneront nécessairement d’autres lois. Les noms aussi trompent sur ce point comme sur tant d’autres, parce qu’ils sont sujets à exprimer tantôt les ressemblances des choses contemporaines, sans exprimer leurs différences, et tantôt à représenter des choses que le temps a changées, tandis que les noms sont demeurés les mêmes. Le mot de monarchie, par exemple, peut représenter deux gouvernements ou contemporains ou séparés par le temps, plus ou moins différents sous la même dénomination; en sorte qu’on ne pourra point affirmer de l’un tout ce qu’on affirme justement de l’autre.

« C’est donc une idée bien vaine, un travail bien in- « grat, de vouloir tout rappeler aux usages antiques, et « de vouloir fixer cette roue que le temps fait tourner « d’un mouvement irrésistible. A quelle époque fau- « drait-il avoir recours?... A quel siècle, à quelles lois « faudrait- il remonter? A quel usage s’en tenir? Un « bourgeois de Rome serait aussi bien fondé à deman- « der au Pape des consuls, des trihuns, un sénat, des « comices et le rétablissement entier de la république « romaine ; et un bourgeois d’Athènes pourrait récla-

i. Voltaire, Essai, etc. t. 1. ch. xm.

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