‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 141 sur 295 · LIVRE II, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IX

« mer auprès du sultan l’ancien aréopage et les assem- « blées du peuple, qui s’appelaient églises »

Voltaire a parfaitement raison; mais lorsqu’il s’agira de juger les Papes, vous le verrez oublier ses propres maximes, et nous parler de Grégoire VII comme on parlerait aujourd’hui de Pie VU, s’il entreprenait les mêmes choses.

Cependant, toutes les formes possibles de gouvernement se sont présentées dans le monde , et toutes sont légitimes dès qu’elles sont établies, sans que jamais il soit permis de raisonner d’après des hypothèses entièrement séparées des faits.

Or, s’il est un fait incontestable attesté par tous les monuments de l’histoire, c’est que les Papes, dans le moyen âge et bien avant encore dans les derniers siècles, ont exercé une grande puissance sur les souverains temporels; qu’ils les ont jugés, excommuniés dans quelques grandes occasions, et que souvent même ils ont déclaré les sujets de ces princes déliés envers eux du serment de fidélité.

Lorsqu’on parle de despotisme et de gouvernement absolu, on sait rarement ce qu’on dit. Il n’y a point de gouvernement qui puisse tout. En vertu d’une loi divine, il y a toujours à côté de toute souveraineté une force quelconque qui lui sert de frein. C’est une loi, c’est une coutume, c’est la conscience, c’est une tiare, c’est un poignard; mais c’est toujours quelque chose.

Louis XIV s’étant permis un jour de dire devant quelques hommes de sa cour, qu’tï ne voyait jjas dé plus beau gouvernement que celui du sophi ; l’un d’eux, c’était le maréchal d’Estrées, si je ne me trompe, eut le noble courage de lui répondre : Mais, sire, j’en ai vu étrangler trois dans ma vie.

Malheur aux princes s’ils pouvaient toutl Pour leur

I. Voltaire, Essai, etc., t. III, ch. lxxxvi. C'est-à-dire que les assemblées du peuple s'appelaient des assemblées. Toutes les œuvres philosophiques et historiques de Voltaire sont remplies de ces traits d’une érodition éblouissante.

«y pape,

bonheur et pour le nôtre, la toute-puissance réelle n’^st pas possible.

Or, l’autorité des Papes fut la puissance choisie et constituée dans le moyen âge pour faire équilibre à la souveraineté temporelle, et la rendre supportable aux hommes.

Et ceci n’est encore qu’une de ces lois générales du monde qu’on ne veut pas observer, et qui sont cependant d’une évidence incontestable.

Toutes les nations de l’univers ont accordé au sacerdoce plus ou moins d’influence dans les affaires politiques; et il a été prouvé jusqu’à l’évidence que, de toutes les nations policées, il n’en est aucune qui ait attribué moins de pouvoir et de privilèges à leurs prêtres que les juifs et les chrétiens 1 .

Jamais les nations barbares n’ont été mûries et civilisées que par la religion, et toujours la religion s’est occupée principalement de la souveraineté.

a L’intérôt du genre humain demande un frein qui « retienne les souverains, et qui mette à couvert la vie « des peuples : ce frein de la religion aurait pu être, « par une convention iiniverselle, dans la main des Pa- « pes. Ces premiers Pontifes, en ne se mêlant des que- « relies temporelles que pour les apaiser, en avertissant « les rois et les peuples de leurs devoirs, en reprenant « leurs crimes, en réservant les excommunications pour « les grands attentats, auraient toujours été regardés « comme des images de Dieu sur la terre. Mais les « hommes sont réduits à n’avoir pour leur défense que o les lois et les mœurs de leur pays : lois souvent méu prisées, mœurs souvent corrompues 2. »

Je ne crois pas que jamais on ait mieux raisonné en faveur des Papes. Les peuples, dans le moyen âge, n’avaient chez eux que des lois nulles ou méprisées, et des

1. Histoire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, in- 12, t. XV, p. 143. — Traité hist. et doym. de la Jteliy., par l’iibbt Uergier, t. VI, p, ISO.

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