‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 153 sur 295 · LIVRE II, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE X

« servé, dit-il, à ce funeste traité (la ligue de Cambrai) « de renfermer tous les vices. Le droit d’excommunica- « tion, en matière temporelle, y fut reconnu par deux « souverains; et il fut stipulé que Jules fulminerait un « interdit sur Venise, si dans quarante jours elle ne ren- « dait pas ses usurpations '. »

«Voilà, dirait Montesquieu, I’éponge qu’il faut passer « sur toutes les objections faites contre les anciennes « excommunications. » Combien le préjugé est aveugle, môme chez les hommes les plus clairvoyants! C’est la première fois peut-être qu’on argumente de l’universalité d’un usage contre sa légitimité. Et qu’y a-t-il donc de sûr parmi les hommes, si la coutume, non contredite surtout, n’est pas la mère de la légitimité? Le plus grand de tous les sophismes, c’est celui de transporter un système moderne dans les temps passés, et déjuger sur cette règle les choses et les hommes de ces époques plus ou moins reculées. Avec ce principe on bouleverserait l’univers; car il n’y a pas d’institution établie qu’on ne pût renverser par le môme moyen, en la jugeant sur une théorie abstraite. Dès que les peuples et les rois étaient d’accord sur l’autorité des Papes, tous les raisonnements modernes tombent, d’autant plus que la théorie la plus certaine vient à l’appui des usages anciens.

En portant un œil philosophique sur le pouvoir jadis exercé par les Papes, on peut se demander pourquoi il s’ést déployé si tard dans le monde. Il y a deux réponses à cette question.

En premier lieu, le pouvoir pontifical, à raison de son caractère et de son importance, était sujet plus qu’un autre à la loi universelle du développement; or, si l’on réfléchit qu’il devait durer autant que la religion même, on ne trouvera pas que sa maturité ait été retardée. La plante est une image naturelle des pouvoirs légitimes. Considérez l’arbre ; la durée de sa croissance est toujours

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