LIVRE II, CHAPITRE XII
de Frédéric , qui lui fut accordée dans l’entrevue si fameuse de Venise, en H 77.
On sait que le Pape eut à souffrir durant ce long intervalle et de la violence de Frédéric et des manœuvres de l’antipape. L’empereur poussa l’emportement au point de vouloir faire pendre les ambassadeurs du Pape à Crème, où ils se présentèrent à lui. On ne sait même ce qu’il en serait arrivé sans l’intervention des deux princes, Guelfe et Henri de Léon. Pendant ce temps, l’Italie était en feu; les factions la dévoraient. Chaque ville était devenue un foyer d’opposition contre l’ambition insatiable des empereurs. Sans doute que ces grands efforts ne furent pas assez purs pour mériter le succès; mais qui ne s’indignerait contre l’insupportable ignorance qui ose les nommer révoltes? Qui ne déplorerait le sort de Milan? Ce qu’il importe seulement d’observer ici, c’est que les Papes ne furent point la cause de ces guerres désastreuses; qu’ils en furent au contraire presque toujours les victimes, nommément dans celte occasion. Ils n’avaient pas même la puissance de faire la guerre, quand ils en auraient eu la volonté, puisque, indépendamment de l’immense infériorité de forces, leurs terres étaient presque toujours envahies, et que jamais ils n’étaient tranquillement maîtres chez eux, pas même à Home, où l’esprit républicain était aussi fort qu’aillcurs, sans avoir les mêmes excuses. Alexandre III, dont il s’agit ici, ne trouvant nulle part un lieu de sûreté en Italie, fut obligé enfin de se retirer en France, asile ordinaire des Papes persécutés '. Il avait résisté à l’empereur et fait justice suivant sa conscience.
I. Prese la risoluzione di passare nel regno di Francia, vsalo rifugio de’ Papi perseguilali. (Muratori, Âtm., t.YI, p. .149, ann. 1661.) Il est remarquable que, dans l'éclipse que la gloire française vient de subir, les oppresseurs de la nation lui avaient fait précisément changer de râle; ils allèrent chercher le Pontife pour l’exterminer. Il C6t permis de croire que le supplice auquel la France est condamnée en ce moment est la peine du crime qui fut commis en son nom. Jamais elle no reprendra sa place sans reprendre scs fondions. (J'écrivais celte note au mois d'août 1817.)
Il n’avait point allumé la guerre; il ne l’avait point faite; il ne pouvait la faire; il en était la victime. Voilà donc encore une époque qui se soustrait tout entière à cette lutte sanglante du sacerdoce et de l’Empire
En l’année 1198, nouveau schisme dans l’Empire. Les électeurs s’étant divisés, les uns élurent Philippe de Souabe, et les autres, Othon de Saxe, ce qui amena une guerre de dix ans. Pendant ce temps, Innocent III, qui s’était déclaré pour Othon, profita des circonstances pour se faire restituer la Romagne, le duché de Spolette et le patrimoine de la comtesse Mathilde, que les empereurs avaient injustement inféodés à quelques petits princes. En tout cela, pas l’ombre de spiritualité ni de puissance ecclésiastique. Le Pape agissait en bon prince, suivant les règles de la politique commune. Absolument forcé de se décider, devait-il donc protéger la postérité de Barberousse contre les prétentions non moins légitimes d’un prince appartenant à une maison qui avait bien mérité du Saint-Siège, et beaucoup souffert pour lui? Devait-il se laisser dépouiller tranquillement, de peur de faire du bruit ? En vérité, on condamne cés malheureux Pontifes à une singulière apathie !
En 1210, Othon IV, au mépris de toutes les lois de la prudence et contre la foi de ses propres serments, usurpe les terres du Pape et celles du roi de Sicile, allié et vassal du Saint-Siège. Le Pape innocent III l’excommunie et le prive de l’empire. On élit Frédéric. Il arrive ce qui arrivait toujours : les princes et les peuples se divisent. Othon continue contre Frédéric, empereur, la guerre commencée contre ce môme Frédéric, roi de Sicile.
I. Dans l'abrégé chronologique que je citais tout à l’heure, on lit sur l'année 1167: L’enipereur Frédéric défait plus de douze mille Romains, et s'empare de Rome ; le pape Alexandre est obligé de prendre la fuite. Qui ne croirait que le Pape faisait la guerre à l'empereur, taudis que les Humains la faisaient maigre le Pape, qui ne pouvait l’empécher? Ancorche si opponesse a tal risoluzione il prudentissimo Papa Alessandro III. (Jluraturi, An»., I. IV, p. 575.) Depuis trois siècles, l’ histoire culièrc semble u'ètre qu'uue grande conjuration contre la vérité.