‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 167 sur 295 · LIVRE II, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XII

Tout homme de bonne foi, versé dans l’histoire de ces temps malheureux, sait que, dans un tel état de choses, le repos était impossible. Il n’y a rien de si injuste et rien à la fois de si déraisonnable que d’attribuer aux Papes des tempêtes politiques absolument inévitables, et dont ils atténuèrent au contraire assez souvent les effets par l’ascendant de leur autorité.

Il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’assigner, dans l’histoire de ces temps malheureux, une seule guerre directement et exclusivement produite par une excommunication. Ce mal venait le plus souvent s’ajouter à un autre, lorsqu’au milieu d’une guerre allumée déjà par la politique, les Papes se croyaient par quelque raison obligés de sévir.

L’époque de Henri IV et celle de Frédéric H sont les deux époques où l’on pourrait dire avec plus de fondement que l’excommunication enfanta la guerre; et cependant encore que de circonstances atténuantes tirées ou de l’inévitable force de circonstances , ou des plus insupportables provocations, ou de l’indispensable nécessité de défendre l’Église, ou des précautions dont ils s’environnaient pour diminuer le mal ’I Qu’on retranche d’ailleurs de cette période que nous examinons, les temps où les Papes et les empereurs vécurent en bonne intelligence; ceux où leurs querelles demeurèrent de simples querelles; ceux où l’Empire se trouvait dépourvu de chefs dans ces interrègnes qui ne furent ni courts ni rares pendant cette époque; ceux où les excom-

1 . On Toit, par exemple, que Grégaire VII ne »e détermina contre Henri IV que loraque le danger et les maux de l'Eglise lui parurent intolérables. On volt, de plus, qu’au lieu de le déclarer déchu, il se contenta de le soumettre au jugement des électeurs allemands, et de leur mander de nommer un autre empereur s'ils le jugeaient à propos. En quoi, certes, il montrait de la modération, en partaut des idées de ce siècle. Que si les électeurs venaient à se diviser et à produire une guerre, ce n’était point du tout ce que voulait le Pape. On dira : Qui veut la cause «eut l'effet. Point du tout , si le premier moteur n’a pas le choix, et si l’effet dépend d’un agent libre qui fait mal en pouvant faire bien, ie consens, au surplus, que tout ceci ne soit considéré que comme moyeu d'atténuation. le n’aime pas mieux les raisonnements que les prétentions exagérées,

fit! PAPE.

municaliotts n'eurent aucune suile politique; ceux où le schisme de l’Empire n’ayant pris son origine que dans la volonté des électeurs, sans aueune participation de la puissance spirituelle, les guerres lui demeuraient parfaitement étrangères ; ceux enfin où, n’ayant pu se dispenser de résister, les Papes ne répondaient plus de rien, nulle puissance ne devant répondre des suites coupables d’un acte légitime, et l’on verra à quoi se réduisent ces quatre siècles de sang et de fanatisme imperturbablement cités à la charge des Souverains Pontiles.

Page 1