‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 190 sur 295 · LIVRE III, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE I

« sans être envoyés mais qui diffèrent d’opinion entre « eux d’une manière aussi étrange que des calvinistes « et des arminiens, des épiscopaux et des prcsbyté- « riens, des pédo-baptisles et des antipédo-baptisles. » Les rédacteurs soufflent ensuite sur le frôle système des dogmes essentiels , puis ils ajoutent : « Parmi des mis- « sionnaires aussi hérétogènes, les disputes sont inévi- « tables, et leurs travaux, au lieu d’éclairer les gentils, « ne sont propres qu’à éclairer leurs préjugés contre la « foi, si jamais elle leur est annoncée d’une manière plus « régulière a. En un mot, la société des missions ne peut « faire aucun bien , et peut faire beaucoup de mal.

« Nous croyons cependant que c’est un devoir de l’É- « glise de prêcher l’Évangile aux infidèles s. »

Ces aveux sont exprès et n’ont pas besoin de commentaires. Quant aux Églises orientales et à toutes celles qui en dépendent ou qui font cause commune avec elles, il serait inutile de s’en occuper. Elles-mêmes se rendent justice. Pénétrées de leur impuissance, elles ont fini par se faire de leur apathie une espèce de devoir. Elles se croiraient ridicules si elles se laissaient aborder par l’idée d’avancer les conquêtes de l’Évangile, et par elles la civilisation des peuples.

L’Église a donc seule l’honneur, la puissance et le

Not on/y running onsiîCT, ex pression très- remarquable. Le mot de missionnaire étant précisément synonyme de celui d’enroyé, tout missionnaire agissant bors de l’unité est obligé de dire : Je suis un envoyé no» envoyé. Quand la société des missions serait approuvée par l’Eglise anglicane, la même difficulté subsisterait toujours; car celle-ci n'étant pas envoyée n’a pas droit d’envoyer. Uksiut est le caractère général, flétrissant et indélébile de toute Eglise séparée.

2. Que veulent donc dire les journalistes avec cette expression d’une manière plus régulière ? Peut-il y avoir quelque chose de régulier hors de la règle ? On peut sans doute être plus ou moins près d’une barque, mais plus ou moins dedans, U n'y a pas moyen. L'Eglise d’Angleterre a même quelque désavantage sur les autres Églises séparées; car, comme elle est évidemment seule , elle est évidemment nulle. ( Yid. Montlily political and litterary Censor or anti jacobin. March., 1803, t. XIV, n® 9, p. 280-281.) Mais peut-être que ces mots d’une manière plus régulière cachent quelque mystère, comme j’en ai observé souvent dans les ouvrages des écrivains anglais.

3. Ibid. Ceci est un'grand mot. L’Eouss seule a le droit, et, par conséquent, le devoir de prêcher l’Evangile aux infidèles. Si les rédacteurs avaient souligné le mot Eglise, ils auraient précis une vérité très-profonde auv infidèles.

droit des missions; et sans le Souverain Pontife, il n'y a point d’Église. N’est-ce pas lui qui a civilisé l’Europe et créé cet esprit général, ce génie fraternel qui nous distingue? A peine le Saint-Siège est affermi, que la sollicitude universelle transporte les Souverains Pontifes. Déjà, dans le cinquième siècle, ils envoient saint Séverin dans la Norique, et d’autres ouvriers apostoliques parcourent les Espagnes, comme on le voit par la fameuse lettre d’innocent I" à Décentius. Dans le même siècle, saint Pallade et saint Patrice paraissent en Irlande et dans le nord de l’Écosse. Au sixième, saint Grégoire le Grand envoie saint Augustin en Angleterre. Au septième, saint Kilian prêche en Franconie, et saint Amand aux Flamands, aux Corinthiens, aux Esclavons, à tous les Barbares qui habitaient le long du Danube. Ëluff de Verden se transporte en Saxe dans le huitième siècle, saint Willbrod et saint Swidbert dans la Frise, et saint Boniface remplit l’Allemagne de ses travaux et de scs succès. Mais le neuvième siècle semble se distinguer de tous les autres, comme si la Providence avait voulu, par de grandes conquêtes, consoler l’Église des malheurs qui étaient sur le point de l’affliger. Durant ce siècle, saint Siffroi fut envoyé aux Suédois, Anehaire de Hambourg prêche à ces mêmes Suédois, aux Vandales et aux Esclavons, Rembert de Brême, les frères Cyrille et Methodius, aux Bulgares, aux Chazares ou Turcs du Danube, aux Moraves, aux Bohémiens, à l’immense lamille des Slaves; tous ces hommes apostoliques ensemble pouvaient dire à juste titre :

Hic tandem stetimus nobis ubi defuit orbis.

Mais lorsque l’univers s’agrandit par les mémorables entreprises des navigateurs modernes, les missionnaires du Pontife ne s’élancèrent-ils pas à la suite de ces hardis aventuriers? N’allèrent-ils pas chercher le martyre comme l’avarice cherchait l’or et les diamants? Leurs

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