Montesquieu
3. Lettre de Leibnitz, citée dans le Journal historique, politique et littéraire, de l’abbé de Feller. Août 1774, p. 209.
4. Leibnitzii Epist. ad Koitholtam, dans ses œuvres iu-4, p. 323. — Pensées de Leibnitz, in- 8, t. I, p. 275.
« mes et de leurs richesses, la propagation de la reli- « gion chrétienne »
Sans doute ils le sont, et ils le sont d’autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu’aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes, ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime en sera infailliblement récompensé par de grands succès, par un long règne, par une immense réputation, ou par tous ces avantages réunis. Il n’y a point, il n’y aura jamais, il ne peut y avoir d’exception sur ce point. Constantin, Théodose, Alfred, Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, Louis XIV, etc., tous les grands protecteurs ou propagateurs du christianisme légitime marquent dans l’histoire par tous les caractères que je viens d’indiquer. Dès qu’un prince s’allie à l’œuvre divine et l’avance suivant ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d’imperfections et de malheurs à la triste humanité; mais il n’importe, son front sera marqué d’un certain signe que tous les siècles révéreront :
Ilium aget penna metuente solri Fama superstes.
Par la raison contraire, tout prince qui, né dans la lumière, la méprisera ou s’efforcera de l’éteindre, et qui surtout osera porter la main sur le Souverain Pontife ou l’affliger sans mesure, peut compter sur un châtiment temporel et visible. Règne court, désastres humiliants, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie et mémoire flétrie après sa mort, c’est le sort qui l’attend en plus ou en moins. De Julien à Philippe le Bel, les exemples anciens sont écrits partout, et quant aux exemples récents, l’homme sage, avant de les exposer dans leur véritable jour, fera bien
1. Bacon, dans le dialogue De Bello lacro. ( Christianisme de Bacon, t. H, p. *74.)